Ute Weinmann : L’Autriche n’est pas aussi eurosceptique que les législatives le laissent penser

Rencontre avec Ute Weinmann, membre du comité de rédaction de Austriaca

, par Guillaume Amigues

Ute Weinmann : L'Autriche n'est pas aussi eurosceptique que les législatives le laissent penser

Ute Weinmann, universitaire autrichienne engagée, nous présente son activité, ses expériences en France et nous livre son analyse critique de la politique autrichienne.

Taurillon : Vous appartenez au comité de rédaction de Austriaca. Pouvez vous nous présenter cette revue ?

Ute Weinmann : La revue semestrielle Austriaca. Cahiers universitaires sur l’Autriche a été fondée en 1975 par Félix Kreissler et d’autres germanistes, historiens, politologues, et philosophes. De caractère universitaire, exigeante du point de vue scientifique, elle ne s’adresse néanmoins non seulement à un public universitaire, mais est accessible à tous ceux qui désirent approfondir leurs connaissances sur l’Autriche.

L’élan et l’orientation engagée et exigeante d’Austriaca furent portés pendant plus de 30 ans par son fondateur, Félix Kreissler, personnage remarquable qui en tant que lycéen communiste a du fuir devant l’austrofascisme, s’est engagé ensuite dans la résistance en France et a pu sauver sa vie de justesse de la terreur nazie. Après la guerre, Félix Kreissler, en tant que germaniste et historien, a fait sur le tard une carrière universitaire en France (Rouen) et n’a cessé de s’activer comme médiateur et passeur entre les deux pays, les deux cultures, entre l’Autriche et la France, entre autres par le biais de « sa » revue.

Austriaca a pu s’établir comme revue de références dans la recherche sur l’Autriche en France, voire devenir une des revues les plus renommées dans les études autrichiennes à l’extérieur de l’Autriche. Au delà de l’exigence scientifique, Austriaca veille à son indépendance : depuis la formation du gouvernement ÖVP/FPÖ en 2000, la revue ne reçoit aucun soutien de la part de l’État autrichien. Malgré une situation financière assez précaire, Austriaca existe comme revue assez dynamique pour un cadre universitaire, depuis presque 35 ans et a encore des beaux jours devant elle.

Taurillon : comment en êtes vous arrivé à travailler pour Austriaca ? Racontez nous votre expérience en France

Ute Weinmann : Je suis entrée au comité de rédaction en 2000, par cooptation et sur proposition de mon ancien directeur de thèse et à l’époque rédacteur en chef d’Austriaca, le Professeur Gerald Stieg, et Felix Kreissler lui-même avec qui j’ai travaillé de 2000 à 2004 au sein de la SFA (Société franco-autrichienne pour la coopération culturelle et scientifique).

En ce qui concerne mes expériences personnelles en tant que Autrichienne en France, je ne peux que dire : vive l’Europe ! A la fin des années 70, début des années 80, lorsque j’ai passé une année universitaire à Aix-en-Provence il n’existait ni programme d’échange, ni reconnaissance, voire équivalence des examens passés à une université étrangère. C’était une initiative toute à fait privée, il fallait traduire tout les documents, il y avait aucun encadrement au sein de l’université et à la fin, de retour à mon université autrichienne (Graz), on m’a péniblement reconnu deux des huit examens que j’avais réussis à Aix !

S’y ajoutait le problème des papiers, de carte de séjour. Lorsque je me suis installée à Paris au milieu des années 80, j’ai passé chaque années des journées entières à la préfecture pour la carte de séjour, sur laquelle était toujours indiqué « visiteur », bien que j’ai payé depuis cinq ans des impôts en France. Personnellement j’ai énormément profité de l’intégration européenne et de l’entrée de l’Autriche dans l’Union Européenne. J’ai la nationalité autrichienne tout en étant fonctionnaire française, c’est un peu particulier... Si l’accès à la double nationalité se libéralisait, je serais la première intéressée.

Entre mon enthousiasme sans retenue pour la France et ma critique de l’Autriche, j’ai entre temps trouvé une certaine distance plus réfléchie, un juste milieu. Néanmoins, je suis contente d’être « Autrichienne à l’étranger », de vivre et travailler à Paris, et je suis parfois très concernée, voire choquée de ce qui se passe – au niveau politique - dans mon pays d’origine (je suis originaire de Carinthie). Par ailleurs, le contact professionnel, personnel et émotionnel avec l’Autriche m’est indispensable, je reste très liée à ce pays, ce paysage, et j’y séjourne au moins deux mois par ans.

Taurillon : Les élections européennes ont lieu en 2009. Que doit-on attendre de la campagne en Autriche, où l’eurosceptiscisme est fort ?

Ute Weinmann : Je ne pense pas que les électeurs autrichiens fassent « bande à part » parmi les autres pays membres lors des prochaines élections au Parlement européen, si et seulement si entre temps un gouvernement commence sérieusement à travailler et arrive à communiquer aux citoyens une politique européenne avec des axes clairs. La proposition du référendum lors de modifications importantes des traités européens, un facteur qui a mené à des élections anticipées et à la fin de coalition gouvernementale en Autriche, devait être discutée sans tabou, à mon avis.

Mon pronostic pour les élections en Autriche : peu de participation, probablement un gain de voix chez les verts et les sociaux-démocrates qui sont clairement européens, mais parfois très critique vis-à-vis de Bruxelles, des pertes d’électeurs pour les populistes (ÖVP) trop et sans réserve pour l’intégration européenne, et un déclin des partis d’extrême droite, car anti-européens et sans véritable leader. Car je suis certaine que les Autrichiens ne sont pas aussi eurosceptiques que les résultats des dernières législatives laissent penser.

Taurillon : Voterez vous en France ou en Autriche ?

Ute Weinmann : J’ai la possibilité de choisir, de voter en France ou en Autriche. Je continuerai à voter en Autriche, où il me semble que ma voix est plus importante ; pèse plus sur la balance.

Illustration :couverture du n°63 de Austriaca, édité par Ute Weinmann. Source : le comptoir des presses d’université

Bonus : les conseils de Ute Weinmann pour approfondir votre connaissance de l’Autriche...

"Dans le cadre du Taurillon je voudrais indiquer quelques numéros qui me semblent particulièrement intéressants : „Deux fois l’Autriche : 1918 et 1945“ (n° spécial 1982), „l’Austromarxisme : nostalgie et/ou renaissance“ (n° 15), « Relations franco-autrichiennes : 1870 – 1970 » (n° spécial 1986), „L’Autriche et l’Europe„ (n°32), „Le fédéralisme“ (n° 24), „L’Autriche et l’intégration européenne“ (n° 38), mais également „Vienne 1900. Réalité et/ou mythe » (n° 50) ou encore « Autriche/France. Transferts d’idées – Histoires parallèles » (n° 63). Le numéro qui vient de paraître porte sur le cinéma autrichien (n°64). Le numéro sur lequel pour lequel je suis en train de réunir les contributions, est un numéro spécial en hommage à son fondateur Felix Kreissler, particulièrement intéressant sur la question de l’identité autrichienne, mais également sur les relations littéraires entre l’Autriche et la France. Je vous en recommande vivement la lecture."

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