Autour d’un café avec un ambassadeur US à Bruxelles, M. Herman Von Rompuy a déclaré : « 2010 est la dernière chance que nous donnons à l’Afghanistan. Plus personne n’y croit ». Sans aucun doute, il s’agit d’un coup porté au politiquement correct inhérent à la diplomatie. Autrement, M. Van Rompuy a exprimé en peu de mots ce que les européens se demandent depuis des mois : que fait l’UE en Afghanistan ? Certains pourraient même se demander pourquoi l’UE a accepté de s’y impliquer.

Cette question doit être posée après le vote des parlementaires européens à Strasbourg sur le rapport de M. Arlacchi portant sur l’Afghanistan. L’hémicycle a soutenu, à une grande majorité, la proposition du rapport de repenser, dans son intégralité, la stratégie en Afghanistan.

Comme l’a montré Van Rompuy, la mission « pacifique » n’a pas eu le succès escompté. Malgré les milliards d’euros dépensés et les centaines de vie perdues, la pacification du pays est loin d’être acquise.

Les parlementaires européens sont tombés d’accord sur le fait que l’intervention militaire a échoué et que la sécurité n’est pas assurée. Actuellement, quelques 150 000 soldats sont sur place, dont presque 32 000 envoyés par des pays membres de l’Union, après avoir accepté de contribuer à la mission qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.

Aujourd’hui, c’est à dire 9 ans après, les auteurs n’ont pas été appréhendés et la sécurité en Afghanistan toujours précaire.

Le rapport de M. Arlacchi, accueilli haut la main par les parlementaires, condamne l’intervention et préconise une stratégie de retrait rapide, de concert avec les autorités afghanes. En résumé, la stratégie américaine menée jusque ici a reçu un accueil négatif des parlementaires qui sont opposés à un engagement plus en profondeur. Les pertes civiles et le bouleversement dont souffre le pays ont détérioré les relations de l’UE avec la région et lui ont fait perdre de la légitimité dans ses missions de maintien de la paix.

Selon les câbles Wikileaks, Van Rompuy semble partager ce point de vue. Ces documents pointent en effet son scepticisme quant à un prolongement de la mission. Malheureusement, la diplomatie proscrit le franc-parler chez les politiques.

En parlant de sincérité, des questions se posent aussi l’argent public européen dépensé en Afghanistan. Le rapport Arlacchi dénonce les dépenses mal allouées provenant de l’aide internationale, dont celles fournies par l’UE, et administrée par des organisations non lucratives. Toujours selon le rapport, seulement 20% des fonds parviennent à ceux à qui ils étaient destinés.

La majorité de cet argent se perd en corruption, surtaxation et gaspis. C’est pourquoi, M. Arlacchi qui a précédemment travaillé, avec les Nations Unies en Afghanistan, suggère que les autorités afghanes soient plus impliquées dans la gestion de ces fonds afin d’éviter des intermédiaires inutiles et réduire les coûts de sécurité. La guerre des seigneurs locaux est une réalité, ces derniers ayant pris l’avantage et dispersant l’argent venant de l’aide internationale.

Mais encore ? Le rapport révèle que la culture de l’opium n’est guère affectée par l’intervention en cours, et que les afghans comptent toujours sur l’argent en résultant pour survivre. Des mesures visant à promouvoir des cultures alternatives sont plus que nécessaires pour résoudre efficacement le problème de la drogue dans l’économie de la région.

Malheureusement, simple initiative, le rapport soutenu par le Parlement européen n’a aucun pouvoir législatif. De toutes façons, il montre la voie à suivre pour sortir de cette situation morose dans laquelle l’UE s’est plongée seule. Les espoirs reposent désormais sur M. Van Rompuy, s’il parvient à concrétiser ses propos révélés par Wikileaks et sortir l’UE d’une situation embarrassante. C’est seulement en traduisant les mots en actes que l’UE peut mettre en place correctement l’intervention militaire qui ne l’a jamais été.