“An Alpenhöh’n” : histoire du drapeau du Liechtenstein

, par Samuel Touron

“An Alpenhöh'n” : histoire du drapeau du Liechtenstein
Source Pixabay

“Sur le sommet des Alpes”, petit pays alpin coincé entre la Suisse et l’Autriche, la principauté du Liechtenstein est très largement méconnue. S’étendant sur 160 kilomètres carrés pour une population d’environ 38 000 habitants soit autant que la ville de Franconville dans le Val d’Oise, le Liechtenstein célèbre le 15 août sa fête nationale, en commémoration de son indépendance, obtenue en 1806, de l’effondrement du Saint-Empire romain germanique. Son drapeau, composé de deux bandes horizontales rouge et bleue et de la couronne princière dans son coin gauche, témoigne de l’union du peuple, de la patrie et de son prince.

Une indépendance accidentelle

L’histoire du Liechtenstein n’est pas des plus passionnantes. Province romaine durant l’Antiquité, aux portes de la Germanie, elle forme alors une petite partie de la province de Rhétie, l’un des territoires les moins développés de l’Empire Romain. Rattachée au duché de Bavière puis au Saint-Empire, jusqu’en 1806, son histoire est liée à celle des Habsbourg. Ce petit bout de terre passe en 1719 sous la domination de la maison de Liechtenstein, du nom d’un château autrichien près de Vienne dans lequel vivaient les Liechtenstein. Cette famille noble, soucieuse d’accroître sa puissance, souhaitait en effet obtenir un siège à la Diète, pour cela elle devait être suzeraine sur deux territoires n’ayant d’autres suzerains que l’Empereur du Saint-Empire lui-même. En 1699 et en 1712, les Liechtenstein achètent à l’Empereur les comtés de Schellenberg et de Vaduz. Ils deviennent membres de la Diète, conseil impérial du Saint-Empire dans lequel les États confédérés discutent des affaires de l’Empire. Les bases de ce qui deviendra la principauté du Liechtenstein sont posées.

En 1806, le Saint-Empire est balayé par les troupes napoléoniennes. Un vent nouveau souffle sur l’Europe, celui des États-nations et des valeurs de liberté de la Révolution française. Le 6 août 1806, l’Empereur François II abdique, n’étant plus souverain que de l’Empire d’Autriche. Le Saint-Empire disparaît définitivement de l’Histoire après 884 ans d’existence. La carte de l’Europe moderne se dessine. Cependant, une principauté de l’ancien Saint-Empire parvient à se faire oublier et à maintenir son indépendance : le Liechtenstein. Restant habilement neutre dans chaque conflit majeur, ce petit bout des Alpes sans grand intérêt reste oublié par les grandes puissances. Le Liechtenstein se contenta alors d’aligner ses intérêts sur ceux de l’Autriche voisine sans froisser aucune puissance frontalière. Elle échappe ainsi à l’unification allemande et aux ambitions territoriales de l’Empire d’Autriche.

La fin de la Première Guerre mondiale marque l’acte de naissance véritable du Liechtenstein bien que l’indépendance existe de fait depuis le 15 août 1806. Étant restée neutre mais soutenant secrètement l’Autriche-Hongrie, le Liechtenstein se retrouve orphelin de l’Empire d’Autriche à la suite de sa dislocation lors du traité de Versailles. De plus, la famille princière, traumatisée par la Révolution russe et le bolchévisme, fait le choix de se retrancher dans la principauté du Liechtenstein dans laquelle elle ne vivait tout simplement pas. En effet, la famille régnante préférait aux fermes et châteaux médiévaux du Liechtenstein, le faste des palais viennois.

La devise nationale du Liechtenstein : le prince, la patrie et l’anti-communisme

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’identité nationale liechtensteinoise s’exprime pleinement et des symboles nationaux sont enfin adoptés. Restée neutre pendant la guerre, le pays accueille les soldats ayant combattu face à l’URSS, fidèle à son fort sentiment anti-communiste. Le Liechtenstein se distingue en ne reconnaissant aucun régime communiste fondé après-guerre. Les décrets Beneš exproprient la maison Liechtenstein de ses biens en Tchécoslovaquie en même temps qu’ils poussent sur les routes des millions d’allemands d’Europe centrale. Jusqu’en 2009, le Liechtenstein n’entretient aucune relation diplomatique avec la Tchéquie et la Slovaquie.

Faisant de l’anti-communisme une valeur nationale, le pays accueille des soldats russes antisoviétiques ayant combattu sur le front de l’est aux côtés de la Wehrmacht. Malgré les pressions soviétiques et les accords de Yalta - qui disposent que tout russe ayant combattu l’URSS doit être remis à Moscou peu importe le pays dans lequel celui-ci se trouve - le Liechtenstein ne cède pas. Les 12 000 habitants du pays (en 1945) logent, nourrissent, paient la traversée et le déménagement des soldats russes vers l’Argentine où leur sécurité est garantie. En même temps que le Liechtenstein se forge une image et une renommée pendant la Guerre froide, il se développe rapidement pour devenir l’un des États les plus riches de la planète.

Le miracle économique aidant, la famille princière est de plus en plus appréciée de la population. Résidant désormais sur place, à l’abri du danger communiste, la population apprend à connaître son prince. Il devient vite un symbole de la principauté et de son indépendance. En 1937, déjà, l’ajout de la couronne princière sur le drapeau national visait à montrer que : “le peuple, la patrie et la famille princière sont unis dans leur cœur et dans leur esprit” [1]]. En 1987, une couronne redessinée et modernisée vient raffermir ces liens qui font le Liechtenstein. En outre, bien qu’étant une monarchie parlementaire, le prince dispose, au Liechtenstein, de réels pouvoirs. Hans-Adam II possède un droit de veto sur chaque décision du peuple. Le peuple, également, en possède de nombreux, le Liechtenstein étant un modèle de démocratie directe. Le référendum est très régulièrement utilisé comme moyen de vote et cela pour chaque décision : en 2012, 76% d’entre eux acceptent la modification de la Constitution renforçant les pouvoirs princiers ; la même année, 52,3% des Liechtensteinois refusent d’autoriser l’avortement. Rien d’étonnant dans un pays où les femmes ne peuvent voter que depuis 1984. L’unité de l’État et de la nation repose ainsi sur ce lien fragile entre le prince et son peuple. Hans-Adam II n’hésite d’ailleurs pas à menacer son peuple de quitter le pays pour l’Autriche en cas de vote qui ne lui convient pas, des menaces qui ont toujours fait preuve d’efficacité.

Étendard de l’unité et de l’harmonie nationale

Le drapeau du Liechtenstein, adopté en 1937, plus de cent ans après que le pays ait acquis son indépendance, témoigne de la volonté de faire unité. La tardive adoption du drapeau s’explique également par sa similarité avec celui d’Haïti : les deux pays se sont rendus compte de celle-ci lors des Jeux olympiques de 1936 pendant des épreuves communes. L’équilibre du Liechtenstein, petit pays alpin, est nécessaire pour garantir sa souveraineté. La menace ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur même du pays. Garantir l’équilibre des droits entre le prince, les communes et son peuple voilà d’où le Liechtenstein tient son indépendance. Cette harmonie se retrouve dans le drapeau national : la bande bleue représente le ciel radieux des Alpes tandis que la bande rouge symbolise les braises des feux qui éclairent le pays.

Tout est en parfaite harmonie : le ciel - d’aucuns pourraient y voir l’allégorie de Dieu - protège et veille sur les habitants du Liechtenstein qui, par les braises, montrent qu’ils font société. La couronne montre la tutelle du prince qui guide le peuple dont il tient aussi son pouvoir, l’équilibre est respecté, l’harmonie préservée et assurée. Cette idée qui fait le Liechtenstein conclut l’hymne son hymne , Oben am Jungen Rhein (Au-dessus du jeune Rhin) adopté en 1953 : “Hoch leb der Fürst vom Land / Hoch unser Vaterland / Durch Bruderliebe Band / Vereint und frei” [2]]

Mots-clés

Notes

[1[ Fürstentum Liechtenstein : https://www.liechtenstein.li/

[2[ Longue vie au Prince de ce pays / Longue vie à notre patrie / Par les liens de l’amour et de la fraternité / Unis et libres

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