Antisémitisme à Auschwitz : l’Europe (encore une fois) au bord d’un précipice

, par Frédérik Lachaise

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Antisémitisme à Auschwitz : l'Europe (encore une fois) au bord d'un précipice
Source : Pixabay

Le 27 janvier 2019 restera à jamais un jour historique en Pologne. Lors de la commémoration du 74ème anniversaire de la libération de l’ancien camp de concentration d’Auschwitz, des anciens organisateurs de « happenings » consistant à brûler des marionnettes de Juifs dans les centres-villes sont venus « manifester ».

Leur but : convaincre le public que ce sont surtout les Polonais et non les Juifs qui ont péri dans les camps de concentration nazis (ce qui équivaut à l’affirmation selon laquelle les statistiques officielles ont été fondées sur des données erronées). Depuis des années, le nombre croissant de nouvelles limites de la décence franchies en Pologne et dans d’autres pays de la région est alarmant. En témoigne cette citation des manifestants, digne d’un soldat de la Wehrmacht : « Et les papillotes, vous les avez mises où ? Montrez-nous vos prépuces ! ».

Un laxisme préoccupant

Les événements récents sont d’autant plus inquiétants que, selon l’historien Michael Wolffsohn, 40% des jeunes Allemands ne savent pas ce qu’était le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Si des actions massives de sensibilisation ne sont pas menées, il faut être conscient que la hausse actuelle des tensions sociales pourrait produire des effets semblables aux événements des années 1930.

« Je vois de faux patriotes qui profanent le drapeau américain en l’agitant, tout en enfreignant la loi. » (“I see pretended patriots who desecrate the American flag by waving it while waiving the law”), écrit Bertram Myron Gross, sociologue américain, dans son livre « Friendly Fascism ». Ce livre mérite une attention particulière. En effet, bien qu’il ait été publié en 1980, il semble présager la présidence de Donald Trump, dont la pratique politique est largement controversée. Le « caractère unique » de son mandat se révèle notamment par l’augmentation historique du taux de corruption (dernier rapport de Transparency International) et par la dégradation constante de la position des Etats-Unis dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières.

Mais quel est le rapport avec les événements qui agitent l’Europe ? La réponse est simple : des tendances similaires, d’intensités variables, touchent actuellement une très grande partie des pays du vieux continent.

Entre fierté nationale et démagogie

Depuis plusieurs années, les partis d’extrême droite (comme le Rassemblement national ou le Parti de la liberté en Autriche) se renforcent dans toute l’Union européenne, tandis que les partis de droite traditionnelle, à l’instar de l’Union chrétienne-sociale en Bavière, se radicalisent par stratégie électorale. On assisterait alors à une dédiabolisation de ces mouvements, qui ont autrefois pourtant causer l’effondrement de notre continent.

En plus d’être eurosceptiques et populistes, cette extrême droite se caractérise par son hypocrisie. Le gouvernement du PiS (Parti Droit et Justice, qui a démantelé toutes les garanties démocratiques en Pologne), par exemple, a autorisé l’installation d’un nombre considérable d’immigrés provenant de pays musulmans (notamment du Pakistan), mais refusé le quota des six mille réfugiés syriens et irakiens exigé par la Commission européenne. Un quota pourtant dérisoire si l’on considère l’ensemble de la population polonaise (38 millions d’habitants).

Parallèlement à cela, la pénurie de main d’œuvre force les autorités à introduire des réglementations facilitant l’emploi de travailleurs originaires d’Ukraine, et même des Philippines. Or, le discours gouvernemental ne mentionne que rarement ce fait, et lorsque c’est le cas, l’argument est peu convaincant : de manière arbitraire (car les critères de sélection n’ont jamais été précisés), le gouvernement choisirait uniquement des migrants de cultures proches de la culture polonaise.

Pour une Europe forte et unie

Les récents phénomènes socio-politiques en Pologne s’inscrivent dans les tendances qui existent pratiquement partout en Europe d’aujourd’hui. Face à la mondialisation et aux différentes crises qui y sont liées, les sociétés européennes ont souvent recours au protectionnisme, aux valeurs conservatrices et nationales.

Cependant, l’Europe des États-nations, c’est l’Europe des XIXe et XXe siècles. Si les Européens veulent pouvoir peser sur la scène internationale, il n’y a pas d’autre solution que de rester unis. Alors que d’autres puissances émergent ou se renforcent, les nationalistes du vieux continent s’obstinent à vouloir le passé, refusant de reconnaître le simple fait que nous, Européens, avons beaucoup plus de similitudes que de divergences. Nous ne pourrons défendre nos valeurs (et tout particulièrement les droits de l’homme, loin d’être évidents pour d’autres cultures politiques), que par l’harmonie et l’unité. Nous devons comprendre et tolérer l’autre, mais aussi éduquer la société. Tout cela non plus dans un esprit de vengeance, mais de partage, pour un avenir meilleur.

N’oublions pas, enfin, que chacun d’entre nous est responsable de l’avenir de l’Europe, notamment par son vote. Les élections européennes du mois de mai seront en ce sens cruciales. Malgré un début d’année difficile, il n’est pas trop tard pour contrer le populisme eurosceptique et bâtir une Union européenne forte et à la hauteur de nos valeurs.

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