L’Arménie cherche progressivement à s’émanciper de la Russie, menant aujourd’hui à un basculement historique alors que le Premier Ministre évalue l’intérêt d’une candidature pour rejoindre l’Union Européenne au détriment de la Russie.
Le 24 août 2026, Nikol Pashinyan annonçait aux députés arméniens que son pays allait préparer une candidature d’adhésion à l’Union Européenne, marquant un tournant géopolitique majeur dans ce petit pays du Caucase du Sud d’un peu moins de 3 millions d’habitants.
Ce basculement vers l’Europe est particulièrement notable dans un pays membre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective et de l’Union économique eurasiatique, traditionnellement associé à la sphère d’influence russe. La Russie et ses alliés font ainsi pression pour qu’Erevan clarifie sa position, demandant alors un référendum pour choisir entre l’UE et l’Union économique eurasiatique.
Cette réorientation géopolitique redéfinit encore les limites de la politique d’élargissement de l’UE, ouvrant un peu plus la porte vers l’Est après les candidatures validées de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie en 2022.
Pashinyan : un agenda de réformes et de désescalade avec l’Azerbaïdjan
Nikol Pashinyan a été porté au pouvoir comme réformateur par des manifestations anti-corruption en 2018, lors desquelles le Premier ministre sortant avait été poussé à la démission après 3 semaines de manifestations contre la dérive oligarchique et la corruption du régime.
Pashinyan a ensuite enduré les tensions avec l’Azerbaïdjan et une guerre au Haut-Karabakh, où Moscou a refusé de s’interposer et de mettre fin au conflit, trop occupé par sa propre invasion en Ukraine. Après des attaques azéris et le blocus du corridor de Latchine, qui reliait l’Arménie au Haut-Karabakh , Pashinyan avait alors accusé Vladimir Poutine d’être soit “incapable de maintenir le contrôle sur le corridor de Latchine, soit de ne pas en avoir la volonté”.
Cet échec a largement entamé la réputation de la Russie comme protectrice de la paix dans le pays et a encouragé une émancipation de la sphère d’influence russe alors même que l’Europe multiple les signaux d’ouverture vers l’Arménie et que l’Occident est devenu un médiateur privilégié.
La Russie a depuis imposé des sanctions commerciales contre Erevan, limitant les exportations arméniennes, particulièrement dans l’agriculture et les produits de la pêche. Ces mesures avaient déjà été précédées par des sanctions sur l’eau minérale Jermuk et les fleurs alors que Moscou cherchait à peser sur le scrutin législatif du 7 juin 2026. La Russie a été jusqu’à les menacer d’un “scénario ukrainien” rappelant que les premières tensions entre l’Ukraine et la Russie remontent au rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne.
Pour l’UE : une fenêtre d’opportunité pour renforcer sa présence en Arménie
Ce soutien vers l’Arménie s’est ainsi exprimé avec la 8ème édition de la Communauté Politique Européenne qui s’est tenue à Erevan le 4 mai 2026, accueillant des dizaines de dirigeants européens et le Premier ministre Canadien Mark Carney, affichant un signal fort à l’approche des élections arméniennes de juin 2026.
En réponse aux sanctions russes à l’égard de l’Arménie, l’UE a annoncé un plan d’urgence de soutien à l’Arménie à hauteur de 52 millions d’euros en addition du plan de résilience et de croissance pour l’Arménie qui prévoit 270 millions d’euros d’aides européennes et plus de 2.5 milliards d’euros d’investissements après une visite d’Ursula von der Leyen et de Marta Kos, Commissaire à l’Élargissement, le 2 juillet 2026 à Erevan.
L’UE a également proposé d’exempter de droits de douane 80% des produits arméniens et a envoyé des experts pour aider les entreprises arméniennes à se conformer aux normes européennes. Des négociations sont également en cours depuis 2024 pour libéraliser la remise des visas entre l’Arménie et l’Union Européenne.
Un basculement économique et stratégique
Cette réorientation économique est particulièrement importante alors qu’en 2024, la Russie représentait 55% des importations arméniennes et 24% des exportations arméniennes, en comparaison avec seulement 9,4% des importations venant de l’UE et 4,7% des exportations se rendant sur le marché européen d’après l’Organisation Mondiale du Commerce.
Ce rapprochement cherche aussi à garantir la stabilité et la sécurité de l’Arménie dans la région alors qu’un projet d’accord de paix a été trouvé avec l’Azerbaïdjan, un développement salué par l’UE. Cela permet alors de trouver des nouveaux partenaires pour garantir son indépendance, expliquant ainsi les exercices militaires conjoints tenus avec les Etats-Unis, la France et la Grèce en juin avec l’exercice multilatéral Eagle Partner 2026.
Ce basculement vers l’Europe se traduit aussi dans le cadre d’une stratégie plus globale de diversification des partenariats. L’Arménie a forgé un partenariat privilégié avec l’Iran pour diversifier ses approvisionnements de gaz et ses relations commerciales. En parallèle, l’Arménie renforce également ses liens avec les Etats-Unis avec des investissements et la création d’un corridor économique pour relier l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Menaces contre l’Etat de droit
Le rapprochement avec l’Arménie ne se fait pas controverse alors que des organismes de la société civile dénonce un recul démocratique avec une justice sélective, des arrestations politiques et au sein de l’Eglise arménienne, qui font peser des craintes sur l’intégrité des élections tenues en juin. Des observateurs internationaux regrettent alors que l’UE ne reste que trop silencieuse par opportunisme géopolitique face à ces dérives, ayant peur de froisser un potentiel futur partenaire et allié, et reprochant également d’ignorer les liens de Pashinyan avec les réseaux russes.
Dans le cadre du processus d’adhésion à l’Union Européenne, des réformes importantes pour garantir l’Etat de droit, l’indépendance de la Justice seront alors nécessaires pour se conformer aux exigences européennes. Les réformes seront difficiles mais nécessaires pour garantir leur durabilité et application.
D’après un sondage de EU Neighbours East paru plus tôt cette année, les Arméniens seraient favorables à l’adhésion à l’Union Européenne avec 54% pour et 23% contre. Nikol Pashinyan a déjà annoncé qu’un référendum serait tenu en fonction de la réponse des États membres sur une candidature arménienne à l’adhésion.
Cette potentielle candidature arménienne à l’adhésion à l’Union européenne reflète tout de même l’attraction de l’Union européenne, faisant concurrence à la Russie dans sa zone d’influence historique et renforce la perception géopolitique de l’élargissement de l’Union européenne depuis la guerre en Ukraine.
Cette candidature possible à l’Union Européenne pourrait aussi réveiller les ambitions de Moscou en Arménie. Pour conserver l’Arménie dans le giron russe, Moscou pourrait être tenté par une nouvelle intervention militaire, sur le modèle de la guerre déclenchée en Ukraine en 2014 dans le Donbass puis à grande échelle en 2022. Autre possibilité, le scénario de la Géorgie avec la dérive du parti au pouvoir Rêve géorgien : la Russie cherche à soutenir par le biais d’ingérences hybrides l’opposition pro-russe pour renverser la démocratie et les partis politiques pro-démocratie.
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