Ce n’est pas à Bruxelles qu’a été dessinée la future politique transmanche, mais sur la scène d’un congrès partisan à Birmingham. En signant un protocole d’accord migratoire, Jordan Bardella et Nigel Farage ont fait bien plus qu’un coup médiatique : ils ont théorisé l’avènement d’une « diplomatie parallèle » qui affiche clairement la volonté de contourner les institutions européennes au nom de la priorité nationale.
Le vendredi 4 septembre 2026, le président du Rassemblement National (RN), Jordan Bardella, s’est rendu à Birmingham pour participer au congrès de Reform UK, la formation britannique d’extrême droite menée par Nigel Farage, figure clé du Brexit. Les deux dirigeants y ont signé, devant les caméras, un protocole d’accord destiné à organiser leur coopération migratoire en cas d’accession au pouvoir dans leurs pays respectifs. Alors que l’Union européenne tente de déployer son Pacte sur l’asile et la migration, entré en vigueur le 12 juin 2026, pour rationaliser la gestion des frontières extérieures, l’initiative transpartisane envoie un signal de défiance direct aux institutions communautaires.
L’avènement de la « diplomatie d’opposition »
A l’approche de l’élection présidentielle française de 2027 et des élections législatives britanniques prévues pour 2029, l’heure est à la crédibilité et à la légitimité internationale pour les deux formations en tête des sondages dans leur pays respectif. Il devient alors crucial pour le RN, tout comme Reform UK de s’imposer comme des interlocuteurs souverainistes de premier plan à l’échelle européenne.
Mais les relations entre les deux partis n’ont pas toujours été des plus amicales. Longtemps, Nigel Farage a fermé la porte à toute alliance avec le Front national, estimant que « les préjugés et l’antisémitisme font partie de l’ADN du parti », « malgré les efforts de modernisation » de Marine Le Pen.
Alors qu’une décennie plus tôt le FN et le UK Independence Party (UKIP) se critiquaient plus qu’ils ne collaboraient, il s’agit dorénavant d’afficher une alliance sérieuse entre acteurs politiques crédibles prêts à exercer le pouvoir. A cet effet, Farage a présenté le protocole co-signé comme un accord anticipé entre deux futurs gouvernements : « Nous l’espérons et croyons que nos deux prochains gouvernements réaffirmeront notre engagement à stopper l’immigration illégale ».
Un tel accord montre une véritable aspiration souverainiste unifiée : mener une politique idéologiquement similaire au nom des intérêts nationaux distincts. Dès 2019, Marine Le Pen la défendait en affirmant que « l’Europe n’est forte que de nations fortes ». Ce modèle rejetait déjà la configuration communautaire actuelle de l’Europe, en prônant des liens moins contraignants et moins interdépendants.
Ce discours, inaudible il y a quelques années, gagne en lisibilité. Le RN comme Reform UK ne se considèrent plus comme des forces de protestation, mais comme des partis susceptibles de prendre les commandes. Ces partis se sont normalisés à mesure qu’ils se sont renforcés, et que de nouveaux concurrents encore plus radicaux sont apparus à leur droite, à l’instar de Reconquête ou Restore Britain. Le curseur de la radicalité s’est alors mécaniquement déplacé, laissant une plus grande marge de manœuvre dans le débat public.
Le contournement délibéré du cadre institutionnel européen
En affirmant à Birmingham qu’« être souverain ne signifie pas rejeter les alliances, mais rejeter la dépendance », Jordan Bardella cherche d’abord à légitimer le contournement des institutions européennes, jugées trop conciliantes quant à l’immigration. Pour justifier cette diplomatie parallèle, le président du RN opère une distinction stratégique entre le continent et son appareil politique. Quitter l’Union européenne ou ignorer ses règles ne signifie pas rompre avec la « civilisation européenne », mais s’affranchir de la « bureaucratie bruxelloise ». L’Europe est avant tout « une histoire, une culture et une civilisation » avant d’être une structure institutionnelle.
Pourtant, la politique migratoire de l’Union repose sur le principe de la compétence partagée (article 4 du Traité sur le fonctionnement de l’UE, TFUE) : si les États peuvent légiférer, les règles européennes priment dès leur adoption. Ce mémorandum d’entente matérialise donc une rupture frontale avec l’architecture juridique communautaire. En signant un accord transpartisan hors des canaux étatiques officiels, Jordan Bardella et Nigel Farage s’approprient une prérogative régalienne et qui court-circuite le Quai d’Orsay, le FCDO (Foreign, Commonwealth & Development Office, ministère des affaires étrangères du Royaume-Uni) comme la Commission européenne.
Sur le plan législatif, la promesse d’un refoulement automatique des small boats (pneumatiques de fortune utilisés par les passeurs de migrant pour franchir La Manche) prend le contre-pied exact du Pacte européen sur l’asile et la migration entré en vigueur le 12 juin 2026. Présenté par Ursula von der Leyen comme une réponse européenne globale, il vise à durcir et sécuriser la gestion migratoire grâce à des contrôles renforcés, un équilibre entre solidarité et responsabilité entre pays membres, et des procédures de retour plus rapides et encadrées.
Cette mécanique de contournement s’oppose sciemment aux normes internationales fondamentales : elle viole le principe de non-refoulement de la Convention de Genève de 1951 (article 78 du TFUE) en refusant tout examen individuel des dossiers, et s’expose aux sanctions de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
Cet accord se heurte à un autre obstacle, hérité du Brexit : le Royaume-Uni n’a plus aucun traité légal lui permettant de renvoyer automatiquement un migrant vers un pays de l’UE. Avant cette rupture, la France ainsi que le Royaume-Uni partageaient le même cadre juridique européen, fondé sur le règlement de Dublin. Une réalité aujourd’hui révolue : en prétendant réinventer unilatéralement le droit de renvoyer des migrants vers les côtes françaises, le pacte de Birmingham fait l’impasse sur cette réalité juridique.
Une stratégie avant tout médiatique et symbolique
En paraphant un document aux allures de traité international devant les caméras à Birmingham, Bardella et Farage réussissent une opération médiatique en donnant l’illusion qu’ils agissent déjà comme des chefs de gouvernement. En se comportant en dirigeants potentiels, les deux leaders d’opposition n’attendent pas l’épreuve des urnes pour acter leur légitimité sur la scène internationale.
À travers cette conférence, l’objectif de ces deux partis est d’orienter les discussions et d’encadrer l’agenda politique en imposant eux-mêmes ce qui fera l’actualité. Le RN et Reform UK se font les horlogers du débat politique et incitent implicitement les autres acteurs à réagir à leurs propres sujets de prédilection.
Mais le revers a été rude pour le RN. Vivement critiqué par ses adversaires, le parti s’est attiré les foudres, accusé d’avoir cédé aux exigences britanniques. Dans la foulée, Gabriel Attal, candidat centriste à l’élection présidentielle, a fustigé : « Une capitulation totale de la souveraineté française et des intérêts de la France ».
Si la diplomatie parallèle est désormais la nouvelle arme des souverainistes pour court-circuiter Bruxelles et dicter le tempo du débat public, le pacte de Birmingham en révèle le talon d’Achille : faute de base légale, l’illusion d’autorité s’efface rapidement face à la réalité du droit européen. Cet épisode témoigne néanmoins de l’ascension des coopérations transpartisanes qui entendent contourner tant les canaux diplomatiques régaliens que les instances communautaires.
1. Le 24 septembre à 21:14, par Hardy
En réponse à : Bardella, Farage et le pacte de Birmingham : la diplomatie parallèle, nouvelle arme des souverainistes
Au final si c’est pour aller a contre courant de la politique européenne, serait il pas plus simple de sortir de l’europe directement et de recréer une alliance avec moins de pays, Mais des pays Fort ?
Car l’Europe réagirait forcément avec des restrictions si un telle accord vois le jours après les élections. Au fi la ce sont les bases de l’Europe qu’il faudrait changer. L’Europe empêche la souveraineté individuelle de chaque pays.
Je me trompe peut être, mais quand on chercher a faire un « coup bas » dans le dos, de quelqu’un ou d’un groupe (l’Europe) c’est qu’il est peut être temps d’en sortir pour créer un nouveau groupe, pas comme si l’Europe sans la france n’as plus de protection Nucléaire, c’est dommage d’en être devenu son esclave alors qu’on devrait la diriger.
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