Biélorussie : des fissures dans la dernière dictature d’Europe

, par Alexis Vannier

Biélorussie : des fissures dans la dernière dictature d'Europe
Le Président Loukashenko. Crédit : Présidence russe

Le 9 août 2020, le président Alexandre Loukashenko s’est présenté pour la sixième fois devant les Biélorusses pour la mandature suprême. Plus vieux détenteur du pouvoir en Europe (26 ans de règne à l’heure actuelle), ce dinosaure se nourrit principalement d’opposition politique, d’outrage à la démocratie, à la liberté et à l’État de droit et de limitation du nombre de mandats.

Le dernier « salaud » de l’Europe

Alexandre Grégoriévicth Loukashenko est souvent désigné comme le dernier dictateur d’Europe, même s’il est talonné par de sérieux prétendants. L’État de droit et les libertés ne respectent pas vraiment les standards occidentaux, la Biélorussie et le Vatican sont les seuls États d’Europe à ne pas adhérer à la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH). La Biélorussie est en outre le dernier pays d’Europe à continuer de pratiquer la peine de mort en Europe.

Alexandre Loukashenko n’aime ni les manifestations d’opposition, ni les journalistes, ni les « pédés », ni les « parasites » ces individus qui osent travailler moins de six mois par an. Le régime de Loukashenko est souvent présenté comme un gouvernement fantoche, à la botte de Poutine, dont le projet d’union entre Russie et Biélorussie en est une belle illustration, malgré les obstacles persistants.

Sa politique liberticide dictatoriale se reflète dans des élections fermées et anti-démocratiques, remportées depuis 1994 par Loukashenko avec des taux avoisinant les 80%, pour autant de participation. Il est d’ailleurs interdit de séjour dans l’Union européenne et aux États-Unis d’Amérique.

Une répression à la hauteur des ambitions de l’opposition

Depuis deux mois, les Biélorusses sont redescendus dans les rues pour manifester leur opposition au président-dictateur. La gestion désastreuse du président de la crise de la Covid-19 est l’une des raisons de la colère des habitants, qui n’ont pas connu de confinement. C’est ce Président qui leur recommandait de continuer de jouer au hockey sur glace, l’utilisation du tracteur ou, à défaut d’engins agricoles, de boire de la vodka pour se prémunir efficacement du coronavirus. Le « pays aux yeux bleus » compte actuellement environ 470 morts pour plus de 65 000 cas.

Le manque de liberté, une justice fantoche et une qualité de vie médiocre justifient également ces ressentiments. Symbole de la résistance face à la dictature Loukashenko, le drapeau blanc à la bande horizontale rouge, issu de la République populaire biélorusse érigée en 2018 avant d’être envahie par les soviétiques, et durant la brève période démocratique du pays à l’indépendance entre 1991 et 1995.

L’opposition politique, qui était parvenue miraculeusement à faire élire deux députés (sur 110) en 2016, a décidé de changer de stratégie, d’abandonner le boycott d’une élection antidémocratique pour se lancer pleinement dans la campagne et utiliser les quelques armes constitutionnelles contre Loukashenko. La réponse présidentielle ne s’est pas faite attendre. Comme d’habitude, le régime a préféré les interpellations et les jugements rapides et sans bavures au débat démocratique. Ainsi, plusieurs figures de l’opposition ont été écartées. C’est le cas de Valery Tsepkalo qui, fort de son expérience en tant qu’ancien diplomate et chef d’entreprise dans la technologie de pointe, représentait une menace sérieuse pour le régime. Finalement, c’est sa femme qui a repris le flambeau et qui se présente devant les Biélorusses.

Sergueï Tsikhanovski est un blogueur qui s’était fait une bonne réputation populaire en étrennant les routes de la Russie blanche pour recueillir les témoignages d’habitants dénonçant les politiques désastreuses, liberticides et appauvrissantes du Président. Il a été violemment interpellé et placé en détention pour « trouble à l’ordre public ». Dans ce genre de pays, le motif d’interpellation n’est guère pertinent compte tenu de l’état lamentable de la justice.

Troisième figure de l’opposition qui espérait rassembler les envies démocratiques d’une partie de la population, Viktor Babaryko. Cet ancien banquier d’affaire avait recueilli 400 000 signatures populaires sur les 100 000 exigées pour se présenter à l’élection présidentielle. Sa bonne gestion des affaires et sa gouaille médiatique l’a propulsé sur le devant de la scène à tel point que, alors que Loukashenko l’avait fait emprisonner le 18 juin dernier, la commission électorale a fait invalider sa candidature à trois semaines du scrutin. Cette décision ubuesque a réveillé les manifestations et les interpellations musclées.

Dans une démarche inédite, trois candidates de l’opposition ont décidé de retirer leur candidature au profit de Svetlana Tsikhanovskaya, la femme du célèbre blogueur détenu, alors même que les deux prétendants sérieux à Loukashenko, le banquier Babaryko et le diplomate Tsepkalo lui ont également apporté leur soutien.

L’arrestation récente d’une trentaine de Russes présentés par le régime comme des « combattants » vient au mieux refroidir un peu plus les relations avec Moscou, au pire montrer aux Biélorusses –et aux Occidentaux– que le Président Loukashenko veille à la sécurité du pays et de ses citoyens.

Une victoire de l’opposition est encore aujourd’hui illusoire, les résultats le montrent bien (près de 80% dès le premier tour pour Loukashenko) : le régime est encore solidement harnaché au corps du dictateur. Les manifestations de l’opposition qui ont éclaté à l’annonce de résultats douteux (aucun observateur internatiobal n’était présent sur le territoire) montrent que ce n’est pas terminé. Néanmoins, le Printemps arabe ou encore les cas arménien ou soudanais nous ont montré, avec plus ou moins de réussite, que les dictateurs de tout poil peuvent perdre des fois face à une contestation populaire forte et déterminée. « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Puissent ces paroles d’Étienne de la Boétie inspirer encore mille révoltes.

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