Bienvenue au Berlaymont, madame la Présidente ?

, par Chloé Lourenço

Bienvenue au Berlaymont, madame la Présidente ?

2019 approchant, les rumeurs les plus folles concernant le renouvellement des dirigeants européens circulent dans toute l’Europe. Celle qui affole le plus la toile ces derniers temps est sans doute le remplacement de Jean-Claude Juncker, actuellement président de la Commission européenne. Le Luxembourgeois a déjà expliqué ne pas vouloir briguer un second mandat, mais qui pour lui succéder ? Dans les couloirs du Berlaymont et à Copenhague, on parle déjà de Margrethe Vestager, la Commissaire à la Concurrence. Fantasme ou réalité ?

Une star de la Commission Juncker

La commissaire danoise brille dans l’équipe Juncker. A Bruxelles – et sans doute ailleurs aussi – beaucoup le disent : une Commission dirigée par une femme pareille aurait sacrément de la gueule ! Pour certains chefs d’Etat européens - Emmanuel Macron en tête selon Politico et The Economist - Margrethe Vestager serait une candidate parfaite. Comme le Français, elle pense qu’il faut sans cesse réformer le secteur public, et comme lui encore, elle préfère trouver des solutions européennes aux grands problèmes dont souffrent les Etats membres.

Lorsqu’on regarde d’un peu plus près son parcours, il n’est d’ailleurs pas impossible de croire qu’elle pourrait un jour diriger la Commission. Le portefeuille dont elle a hérité en 2014 est l’un des plus importants, et grâce à lui, elle est devenue la femme la plus puissante d’Europe. Effectivement, la concurrence est la seule compétence pour laquelle le titulaire dispose d’une totale indépendance pour exercer son contrôle et d’une autorité juridictionnelle uniquement contestable devant la Cour de Justice de l’UE (CJUE).

C’est la raison pour laquelle ceux qui ont un jour endossé ce costume ont tous été, à un moment donné, qualifiés « d’hommes les plus puissants d’Europe ». Du moins, ceux qui, comme Margrethe Vestager, se sont montrés intraitables dans leurs prises de décisions.

Actions, réactions, sanctions

En trois ans de mandat, la Danoise s’est sans conteste hissée au faîte de la sévérité. Son bâton de justice s’est déjà abattu sur Google pour 2,4 milliards d’euros d’amende, sur Apple, à hauteur de 13 milliards d’euros d’impôts à reverser à l’Irlande, et enfin sur Amazon (250 millions). Certaines de ses sanctions ont même concerné des Etats membres ayant fait du laxisme pour leur business model. D’autres mastodontes -Gazprom, Fiat ou Starbucks- ne sont pas encore fixés et attendent en tremblant, que la sentence tombe.

Son prédécesseur, Joaquin Almunia, était plutôt porté sur les accommodements avec les grandes entreprises, et évitait les vagues. Margrethe Vestager a donc opéré un changement un 180°, mais pourquoi ? En libérale pure et dure, elle est favorable à la liberté de marché, mais elle a en horreur tout ce qui nuit à la concurrence. De plus, elle souhaite rendre compréhensible le projet européen par tout le monde. Il lui semble donc primordial que les citoyens s’aperçoivent qu’elle les défend et qu’elle se met à leur service. Elle ne veut plus que l’Union européenne devienne un territoire sur lequel il est possible de faire à peu près tout et n’importe quoi. Simple, mais efficace.

Grande communicante

Son succès auprès du grand public, Margrethe Vestager le tient aussi de sa clarté d’expression et de son aisance à communiquer. De ses conférences de presse, dont les sujets sont pourtant ardus et compliqués, on ne note pas une once de jargon bruxellois technocratique, pourtant propre à la Commission. « Elle a appris à parler simplement : c’est sans doute le succès de son attractivité », explique une collaboratrice. C’est aussi comme ça que l’UE se rapproche de ses citoyens.

Le 13ème étage inaccessible ?

Cependant, il est encore bien trop tôt, à deux ans des élections, pour dire si Margrethe Vestager s’installera dans le fauteuil de présidente. Depuis 2014, c’est le candidat de la famille politique ayant obtenu le plus de voix au Parlement européen qui obtient la possibilité de former une majorité afin d’être désigné à la présidence de la Commission. Et c’est là que tout se complique pour l’actuelle commissaire.

Si l’ALDE (Alliance des Libéraux et Démocrates Européens) dont elle fait partie est le parti politique européen qui possède le plus de chefs d’Etats et de gouvernement sur le territoire, il pointe en revanche à la 4ème place au Parlement, derrière les chrétiens-démocrates, les sociaux-démocrates et les eurosceptiques conservateurs… Et même si les Libéraux grappillaient quelques places aux prochaines élections, cela n’ouvrira pas plus pour autant les portes de la présidence à la célèbre Danoise. Il faudra sans doute compter avec Guy Verhofstadt, l’actuel président le l’ALDE, qui n’a pas perdu -et ne perdra sans doute jamais- foi en ses chances.

Cet article a été initialement publié par Voix d’Europe

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