Bilan économique de la Commission Juncker : un bilan en demi-teinte

Première partie du bilan économique de la Commission Juncker

, par Eric Drevon-Mollard

Bilan économique de la Commission Juncker : un bilan en demi-teinte

Jean-Claude Juncker est arrivé à la présidence de la Commission avec l’ambition de sortir l’Union européenne de la crise économique de 2008, dans laquelle elle était encore empêtrée en 2014. Son plan d’investissement ainsi que des tentatives pour approfondir la coordination des économies furent des pas dans la bonne direction, mais les mesures ont été insuffisantes pour pallier aux faiblesses structurelles de la construction de la zone euro.

En outre, le programme de la mandature fixait six objectifs économiques : hausse du taux d’emploi, de la croissance et des investissements ; Marché unique numérique ; union de l’énergie et climat ; marché intérieur ; une union monétaire plus approfondie et plus équitable ; une politique commerciale équilibrée et novatrice pour maîtriser la mondialisation. Certains ont été réalisés avec succès, d’autres sont en revanche des échecs.

Concernant la situation économique générale, l’Union européenne a bénéficié du marché unique, de la mise en place de l’euro et de la libéralisation des marchés de capitaux, mais elle n’a pas réussi à en tirer le meilleur parti. En effet, la construction de l’union économique n’est pas terminée, donc les déséquilibres se sont amplifiés, ce qui n’a pas permis d’allouer de manière optimale les investissements privés. C’est pourquoi la crise de 2008 causée par les Etats-Unis a provoqué tant de difficultés. La Commission Juncker a hérité de ces problèmes en 2014 et n’a pas réussi à agir suffisamment pour les résoudre.

Des déséquilibres amplifiés depuis la crise

La sortie de crise s’est faite par des dévaluations internes impopulaires et économiquement sous-optimales, et elle a accru la mauvaise allocation des capitaux, qui partent se placer dans des pays en développement au lieu de bénéficier aux états du sud et de l’est de l’Union. Durant la mandature de la commission Juncker, on constate donc une forte divergence des niveaux de croissance et de revenus entre les pays de l’UE.

Source : Natixis

Les marchés du travail fonctionnent très différemment selon les pays, certains sont très rigides, notamment ceux de la France et de la Grèce, d’autres très souples, tels ceux du Danemark et de l’Irlande. Il en résulte une divergence des coûts salariaux par unité produite, et donc la compétitivité-coût. Elle a dérapé en France et en Italie, alors qu’elle s’est maintenue en Allemagne. Mais le plus gros problème reste la manière dont les pays qui ont le plus subi la crise de 2008 ont pu restaurer leur compétitivité : dans une union monétaire (la zone euro), ils ne pouvaient laisser comme autrefois leur monnaie perdre de sa valeur, donc ils devaient faciliter la compression des salaires par les entreprises pour qu’elles retrouvent de la profitabilité. Outre le fait que ce genre de politique est par nature impopulaire, elle présente des effets pervers. D’abord, elle comprime les revenus de la population comme les rentrées fiscales, ce qui pose un problème de débouchés aux entreprises et obère les investissements d’avenir nécessaires, tant publics que privés (modernisation de l’outil de production, formation et recherche notamment). Ensuite, dans les pays qui la pratiquent, elle a un effet déflationniste (une baisse des salaires et des prix) qui fait augmenter les taux d’intérêt réels. Ce mécanisme fait augmenter mécaniquement tant la dette publique que celle des entreprises, qui ont alors des difficultés à investir. D’autres pays, comme la France ou l’Italie ont refusé de mener cette politique de dévaluations internes, ce qui a eu des conséquences encore plus graves : leur compétitivité-coût s’est fortement dégradée, et ils ont perdu beaucoup de parts de marché, tant en Europe qu’à l’international.

Les exportations (en volume, 100 en 1999:1)

Depuis la crise, et particulièrement sous la Commission Juncker, un autre déséquilibre est apparu : le surplus d’épargne de l’Allemagne et des Pays-Bas ne finance plus les pays du sud et de l’est de l’Europe. Ils ont préféré placer leurs capitaux aux États-Unis et dans les pays en développement. A leur décharge, signalons qu’entre les débuts de l’euro (1999) et la crise de 2008, leur épargne avait été fort mal utilisée par les pays du sud de l’Europe : elle avait gonflé une bulle immobilière au lieu de servir à des investissements productifs. C’est pourquoi les investisseurs ont perdu confiance, et placent désormais leurs capitaux là où ils pensent qu’ils seront utilisés de la manière la plus profitable pour eux. Désormais, les pays du sud de l’Europe souffrent d’un sous-investissement chronique qui conduit à l’explosion de leurs taux de chômage. L’Espagne et la Grèce sont à plus de 15% quand d’autres pays du nord et de l’est affichent des taux inférieurs à 4%.

Source : Eurostat

L’Union européenne n’a pas été capable de faire apparaître des géants des nouvelles technologies comme les Etats-Unis ou la Chine, qui auraient drainé ces capitaux et permis de créer plus de richesse à l’avenir. La faute à des lois anti-trust trop sévères, qui ont empêché les fusions-acquisitions qui auraient été nécessaires à la constitution de tels champions européens. L’interdiction de la fusion Alstom/Siemens illustre leur impact négatif. L’actuelle Commission n’a hélas pas tenté de modifier d’un iota les lois qui régissent la concurrence, afin de l’aligner sur celles ayant court aux États-Unis.

La Commission Juncker a certes pris des mesures, mais elles ont été insuffisantes

L’actuelle Commission est-elle restée les bras croisés ? Certes non. Le plan Juncker a permis de financer quelques entreprises innovantes, qui prenaient trop de risques pour être soutenues par les banques. Cependant, il n’a pas pu à lui tout seul pallier aux déséquilibres économiques de l’Union européenne.

Toutefois, la Commission Juncker commence à se réveiller. En effet, elle a réussi à mobiliser les ministres des finances de la zone euro pour qu’ils s’accordent sur la nécessité de créer un instrument budgétaire pour les 19 pays qui en sont membres. La zone euro se verra dotée d’un budget fédéral, appelé « instrument budgétaire » pour ne pas froisser les pays les plus frileux, qui craignent, pas forcément à tort, que le mécanisme ne soit détourné par les états-membres les moins rigoureux. Pourtant, il sera nécessaire d’effectuer suffisamment de transferts budgétaires pour faire converger les économies européennes. En effet, des transferts publics permanents, ainsi que des investissements dans la recherche et l’éducation devront permettre aux pays les plus pauvres de rattraper les autres. Mettons au crédit de l’actuelle Commission et du conseil Ecofin d’en avoir pris conscience.

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