Brexit : Par ici, la sortie… Ou pas

, par Rémi Laurent

Brexit : Par ici, la sortie… Ou pas

Il y a pratiquement deux ans jour pour jour, Theresa May prenait la tête du Gouvernement de sa Majesté et déclarait : « Brexit means Brexit ». Mais depuis, au-delà du slogan, personne ne savait vraiment ce que recouvrait le « Brexit ». Depuis le séminaire gouvernemental de Chequers [1] il y a quelques jours, si l’on ne sait toujours pas réellement ce qu’il en sera de la relation du Royaume-Uni avec le continent, l’on y voit déjà un peu plus clair.

« Brexit means… » démissions

Devant l’impatience affichée par Michel Barnier, négociateur désigné par l’Union européenne pour les négociations relatives au divorce avec nos voisins britanniques, et surtout devant l’échéance qui se rapprochait, Theresa May a réuni son gouvernement, très divisé sur l’avenir du Royaume-Uni, pour un séminaire gouvernemental. Tout avait été pensé pour contraindre les récalcitrants à avoir une position claire. La réunion se tenait à la campagne, dans le lieu de villégiature des Premiers ministres du Royaume-Uni, à Chequers. Les téléphones portables avaient été « confisqués » à l’entrée de la salle de réunion pour empêcher que le contenu des échanges ne filtre sur Twitter.

Officiellement, tout semblait s’être bien déroulé puisque même les partisans d’un « Brexit dur » comme David Davis, ministre en charge de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, et Boris Johnson, ministre des affaires étrangères, s’étaient rangés à la proposition de Theresa May : une zone de libre-échange pour les biens et du cas par cas pour les services. L’idée étant de céder sur les marchandises pour éviter la réapparition d’une frontière avec l’Irlande tout en préservant la City.

Mais, coup de théâtre dans la nuit du dimanche 08 juillet au lundi 09 juillet avec la démission de David Davis, puis de Boris Johnson le surlendemain. Les intéressés mettent moins de trois jours pour renier la parole donnée à Chequers. David Davis justifie sa démission par le fait que la proposition serait un « Brexit soft » qui n’aurait rien à voir avec la décision d’un « Brexit dur » pour lequel les Britanniques auraient voté.

Problème : personne ne sait pour quel Brexit les Britanniques ont voté.

Very bad Brexit

David Davis comme Boris Johnson n’ont jamais précisé ce qu’il adviendrait après le référendum de juin 2016. Accumulant les gaffes et les impairs diplomatiques depuis leur entrée au Gouvernement de Theresa May, ces derniers n’ont rien proposé sur l’avenir du Royaume-Uni. Tout se passe comme si ces derniers nous racontaient une version britannique du film « Very bad trip ».

Après avoir fait campagne contre l’Union et déchainé les passions en promettant tout, n’importe quoi et son contraire : Boris Johnson et David Davis ont célébré dans la joie et l’allégresse ce « grand moment » que fut la victoire du « Leave » lors du référendum sur le Brexit avant de se réveiller avec une gueule de bois monumentale dans un appartement dévasté nageant dans leur vomi ayant oublié ce qu’ils ont fait si ce n’est que la fête fut folle.

Le hic ? L’appartement en question est la sixième puissance économique mondiale : le Royaume-Uni. Et ce qui est arrivé, loin d’être un rêve, engage le sort de 60 millions de citoyens britanniques notamment des plus jeunes qui se voient ainsi dépossédés de leur avenir.

En deux ans, Theresa May a radicalement changé de position passant d’un « Brexit dur » à un « Brexit soft ». Toutes les promesses du camp du Leave se sont envolées : quote-part britannique au budget européen reversée au NHS (National Health Service), aucune conséquence sur l’économie, liberté de conclure des accords commerciaux plus avantageux avec le reste du monde... Aucune de ces promesses n’a résisté au choc avec la réalité.

En résumé, les démissions des « Brexiters » sont à l’image de leur action ministérielle : piteuses voire inexistantes.

Couleuvres en série

Theresa May pensait avoir fait le plus dur en parvenant (enfin !) à obtenir de son gouvernement une position sur le Brexit. Si les démissions de David Davis et Boris Johnson ne semblent n’avoir que peu d’impact pour le moment, la locataire du 10, Downing street est écartelée entre les Brexiters déterminés à couper tout lien avec l’Union, peu importe le prix pour l’économie britannique, et une partie plus traditionnelle de l’électorat conservateur, pro-entreprise qui s’inquiète grandement des conséquences économiques et financières sur l’économie du pays d’une décision politique dont les partisans sont incapables de gérer les conséquences.

Pas le temps cependant de s’attarder sur la situation, puisque Theresa May a enchainé les claques diplomatiques de son allié américain au sommet de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique nord) puis avec la venue de Donald Trump au Royaume-Uni. Au revoir la visite d’État prévu lors du début de mandat du président américain, place à un format plus réduit. Après avoir littéralement insulté Theresa May en déclarant lors d’un entretien accordé au journal à scandales « The Sun » : « Je lui ai dit comment faire avec le Brexit mais elle a tout foiré », Donald Trump en a ajouté une louche en déclarant qu’en l’état, il n’y aurait aucun accord commercial entre les États-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et qu’il négocierait alors avec l’Union européenne plutôt qu’avec le Royaume-Uni.

Les déclarations à l’emporte-pièce du président Trump n’empêchant pas celui-ci de réaffirmer la solidité de la relation spéciale entre le Royaume-Uni et les États-Unis : « Nous avons une relation très très forte avec le Royaume-Uni. Nous avons de très très bonnes relations avec le Royaume-Uni ». De tels propos après avoir insulté son hôte, s’être ingéré dans ses affaires intérieures et avoir piétiné des décennies de relations diplomatiques nous amènent en effet à penser que la relation entre les États-Unis et son ancienne puissance coloniale est spéciale.

Il n’est pas certain que l’orgueil britannique supporte encore longtemps ces humiliations répétées de celui dont Theresa May espérait tant.

L’appel du « grand large » semble beaucoup moins séduisant depuis que le Royaume-Uni y a succombé.

Notes

[1Résidence de campagne des Premiers ministres britanniques

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