Carton rouge à Jean-Luc Mélenchon pour sa germanophobie d’un autre temps

Chassez la rhétorique nationaliste, elle revient au galop

, par Pierre Le Mouel

Carton rouge à Jean-Luc Mélenchon pour sa germanophobie d'un autre temps
Jean-Luc Mélenchon Photo : Flickr - Secretaría de Cultura de la Nación - CC BY-SA 2.0

Le 22 septembre dernier, Jean-Luc Mélenchon et Bastien Lachaud, tous deux députés de la France Insoumise, ont publié dans Le Monde une tribune s’inquiétant de l’influence allemande sur l’Union européenne et de sa remilitarisation. Ils fustigent donc par-là le couple franco-allemand et avancent un nationalisme qui sent bon le revanchisme franchouillard.

Jean-Luc Mélenchon ne s’est jamais caché de sa haine envers l’Allemagne mais son nationalisme exacerbé se révèle de plus en plus dans son obsession pour ce pays qu’il considère comme la cause de tous les maux de l’Europe. Son argument économique paraît crédible et il est vrai que les pratiques économiques de l’Allemagne, concernant notamment sa position envers la Grèce durant la crise des dettes souveraines, se prêtent à la critique. Comme pour tout Etat, les politiques du gouvernement actuel peuvent être critiquées, mais ici Jean-Luc Mélenchon et Bastien Lachaud passent par le prisme de la construction européenne pour justifier leur position. Et c’est lorsqu’ils parlent d’Europe que leur cadre de pensée ne fonctionne plus. En effet, l’Europe est une véritabe zone d’ombre dans la réflexion du leader de la France Insoumise. Le principe de coopération qui guide l’UE implique que les politiques soientt plutôt équilibrées à l’échelle complète de l’UE et de ses politiques. Ainsi, se pencher uniquement sur la création de l’euro pour démontrer par A+B que l’UE n’est que le réceptacle des ambitions hégémoniques de l’Allemagne est un mensonge par omission motivé par une volonté de nuire. Le 22 septembre dernier, la position virulente anti-Allemagne de Jean-Luc Mélenchon s’est écrite à quatre mains, avec Bastien Lachaud, dans une tribune du quotidien Le Monde qui sent bon la revanche sur l’ennemi d’outre-Rhin.

Un ennemi du passé si facile à réactiver

Lors de la Coupe du monde de football déjà, à l’été 2018, une mordante ironie a souligné la haine que le leader de la France Insoumise et ses troupes portent à un ennemi soi-disant naturel. Quand la Corée du Sud infligea la dernière défaite à l’équipe d’Allemagne, la disqualifiant ainsi de la phase finale, les Insoumis se sont donnés à cœur joie pour vanter la Corée qui terrassait ainsi l’Allemagne, et indirectement sa politique. Les tweets des Insoumis, emprunts de violence, saluaient chaleureusement la prouesse de la Corée. Or, la politique sociale et le code du travail coréens sont loin d’être des modèles idéaux selon les valeurs de la France Insoumise et sont même à certains égards pires que le modèle social allemand. La haine de l’Allemagne a donc surpassé la simple réflexion. De plus, un tweet de Bastien Lachaud remerciait les Coréens d’avoir vengé la France, défaite face à l’Allemagne lors de la demi-finale de la coupe du monde de… 1982 ! Ainsi, le mélange sport/politique n’a été qu’un exutoire supplémentaire pour une simple haine de l’Allemagne sans réel fondement autre que de la rhétorique usée jusqu’à la corde qui n’a mené qu’à la guerre et à la destruction.

Cette rhétorique s’exprime ici à travers un vocabulaire qui n’est absolument pas anodin. Les termes qu’ils ont choisis consciemment d’employer se réfèrent immédiatement à un vocabulaire fortement connoté. Un vocabulaire tombé en désuétude en même temps que le nationaliste anti-allemand s’est estompé en France. Mais ça parait bien aisé pour les Insoumis de tomber dans la facilité de s’en prendre à nouveau à l’Allemagne avec les mêmes codes qu’au tournant du XXème siècle. Ainsi parlent-ils d’une « hégémonie complète en Europe » de la part de l’Allemagne dans le titre même de leur tribune, utilisant la forme interrogative pour ne pas affirmer non plus mais instiller un vrai doute sur les intentions allemandes : « L’Allemagne vise-t-elle une hégémonie complète en Europe ? ». Leur vocabulaire tient véritablement d’une peur de l’invasion, de l’occupation. Leur tribune s’ouvre sur la phrase inquiètante « L’emprise économique de l’Allemagne sur l’Europe s’affirme », on croirait entendre le carton déroulant d’un Star Wars. On trouve quelques paragraphes plus tard une mention aux « ambitions allemandes », qui paraissent donc démesurées et impérialistes. Ces quelques mots résonnent fortement avec l’histoire de la France, de l’Europe. Car parler d’une Allemagne hégémonique et ambitieuse c’est ressortir du placard une rhétorique nationaliste pour nous montrer que les Allemands n’ont pas changé et ne sont par essence pas dignes de confiance, voulant notre perte continuellement. Que dire alors de l’emploi du verbe « remilitariser » ? « [L’Europe de la défense] sera en fait l’occasion pour les Allemands de remilitariser et de doubler leur influence économique d’une véritable puissance militaire. » Cette phrase est lourde de sens puisqu’il n’est ici pas question de l’Allemagne mais bien des Allemands, soit le peuple que Jean-Luc Mélenchon honnit tout en vantant la fraternité des peuples européens. Qui plus est, le tournure « véritable puissance militaire » implique que la situation normale pour les Allemands est d’être sans véritable armée, sans véritable capacité défensive. Combiné avec la dernière phrase « Le « couple franco-allemand » et « l’Europe de la défense » sont deux leurres dangereux pour la France comme pour la paix », la logique de Jean-Luc Mélenchon est donc complètement nationaliste. Elle entre parfaitement en résonnance avec la position de la France lors du Traité de Versailles, voulant mettre l’Allemagne à genoux pour se venger de 1871. Avec le succès que l’on connait… Jean-Luc Mélenchon se vante d’être un féru d’Histoire, il ne pourra donc pas jouer les imbéciles en arguant que ce terme n’a aucune connotation quand on parle de l’Allemagne dans une tribune anti-allemande.

Un projet européen qui dépasse le couple franco-allemand

Bastien Lachaud et Jean-Luc Mélenchon réduisent dans cette tribune la construction de l’Europe au couple franco-allemand, ajoutant que seuls les naïfs peuvent croire que nos deux pays soient vraiment réconciliés. S’il est vrai que la pacification des relations entre la France et l’Allemagne ainsi que le lourd travail de réconciliation sont des éléments fondateurs de la paix et de l’unité sur le continent européen, l’Union européenne dépasse ce couple de nombreuses manières.

En premier lieu, les eurodéputés allemands sont actuellement 96, soit 12,8% de l’ensemble des députés au Parlement européen tandis que la population allemande représente 16,2% de la population de l’Union. La place des Allemands dans l’une des trois instances de l’UE est représentative de leur population pour une répartition équilibré de tous les citoyens, pas une hégémonie d’un groupe national. Mais pour le savoir, il faudrait s’intéresser au fonctionnement de l’Union européenne sans n’y chercher que les preuves pour confirmer sa germanophobie. Le plus important, c’est que l’Allemagne ne représente qu’une voix sur vingt-huit au Conseil. Jean-Luc Mélenchon et Bastien Lachaud ne font pas qu’accuser les Allemands de monopoliser tous les postes, ils n’ont pas l’honnêteté de regarder au-delà de leur discours xénophobe et de prendre en considération les autres pays de l’Europe. En ne ciblant que le couple franco-allemand, ils mettent de côté le fondement même de l’Union européenne à savoir une juste représentation des pays et leur égalité au sein de l’instance la plus importante de l’UE.

Par leur lubie anti-allemande, ils ne voient l’Europe qu’à travers ce prisme que pourtant ils relèguent aux naïfs. Pour le dire plus sobrement, ils n’ont d’yeux que pour la France et les intérêts de la France. Leur vision du scrutin qui arrive en est la preuve flagrante. La France Insoumise souhaite faire des européennes un « référendum anti-Macron » au détriment de la représentation de la France au sein du Parlement européen. Le sujet primordial de cette élection est annexe, elle ne doit être utilisée que pour conforter la position nationale du parti qui a rejoint les rangs des nationalistes souverainistes sur cette question.

Briser la confiance entre deux peuples au nom de la fraternité des peuples, la fable des cyniques

La stratégie de communication de la France Insoumise est donc de s’en prendre constamment à l’Allemagne, de l’ériger en ennemi naturel qu’il faut détruire puisqu’il ne s’arrête jamais. A tel point que parler d’Europe signifie simplement pour eux accuser l’Allemagne de telle ou telle chose. Où est le débat de fond sur ce qu’on veut de l’Europe ? De notre avenir en commun ? Parce qu’en conclusion de cette tribune, ils se permettent d’annoncer que la fraternité entre les peuples ne peut que passer par la destruction des liens qui nous rassemblent : « Nous affirmons que seule une volonté d’indépendance, une politique écologique et sociale forte rendent la coopération et la fraternité possible entre les peuples. » Ils font un véritable travail de sape pour miner le moindre effort de coopération franco-allemande sur des prétextes nationalistes revanchards. On se croirait dans une version idéalisée de l’entre-deux-guerres où tout se résumerait à la fière France qui se tient libre et seule face au barbare germanique assoiffé de domination. La coopération militaire sera toujours une meilleure solution que l’affrontement militaire. Et qu’importe que l’Allemagne devienne une puissance nucléaire, elle a autant de légitimité que la France à ce titre. Pourquoi notre pays seul devrait être la puissance militaire du continent ? La fierté nationale est importante pour bon nombre de Français, mais il est inadmissible qu’elle passe par une haine stérile et dangereuse de notre voisin. Comme tout Français, ma famille a participé à l’Histoire de l’Europe lors des trois affrontements qui ont déchirés nos deux pays. Mais voilà deux générations que nous vivons en paix, que nous pouvons côtoyer des Allemands sans ressentir une haine profonde, que je peux aujourd’hui vivre quotidiennement ce couple franco-allemand sans être naïf ni stupide. Simplement, je ne suis ni cynique ni nationaliste.

Bastien Lachaud et Jean-Luc Mélenchon savent très bien qu’en s’attaquant au couple franco-allemand ils s’attaquent non seulement aux fondements de la paix et de la stabilité en Europe mais aussi à une Histoire commune de réconciliation qu’ils refusent de reconnaître et qu’ils gomment avec force dans leurs discours. Sous couvert d’être les seuls clairvoyants, ils sapent activement la confiance qui s’est lentement construite entre les Français et les Allemands en réutilisant une rhétorique nationaliste digne de l’aube du XXe siècle.

Monsieur Mélenchon, lorsqu’il est question d’Europe, vous êtes le pire des nationalistes. Vos arguments assumés et répétés résonnent parfaitement avec cet esprit empreint de racisme pour lequel des millions d’Européens sont morts. Vous prêchez l’unité des peuples d’une voix en poussant de l’autre les Français contre les Allemands par une espèce de revanchisme nauséabond qui n’a plus lieu d’être depuis un bon demi-siècle. Pour certains ce sont les musulmans, pour d’autres ce sont les Allemands. La rhétorique est exactement la même, il n’y a que l’emballage et le contexte historique qui changent.

Vos commentaires

  • Le 15 octobre à 19:58, par Michael Dittmann En réponse à : Carton rouge à Jean-Luc Mélenchon pour sa germanophobie d’un autre temps

    Chaque mot est exact Mélenchon son esprit est guidé par la haine est très destructive La haine est son seul moteur Il devrait à aller chez un psy Dommage parce qu’il est intelligent

  • Le 20 octobre à 19:48, par William Such En réponse à : Carton rouge à Jean-Luc Mélenchon pour sa germanophobie d’un autre temps

    En réponse se reporter à l’article « https://www.taurillon.org/ce-que-macron-doit-apprendre-d-udo-bullmann » Cela permet de mieux comprendre la situation dans toutes ses composantes. Et notamment la capacité de l’Allemagne à faire prévaloir ses intérêts dans le système européen. De là a parler de volonté hégémonique…… Il apparaît pourtant clairement que, malheureusement, les positions des députés européens sont plus souvent dictées par la recherche de ce qui est le meilleur pour leur pays, reléguant au second plan ce qui est le meilleur pour l’UE.

  • Le 3 novembre à 12:25, par Valentin Louis ROCHE En réponse à : Carton rouge à Jean-Luc Mélenchon pour sa germanophobie d’un autre temps

    « Jean-Luc Mélenchon ne s’est jamais caché de sa haine envers l’Allemagne ».

    Le risque, à appuyer tout un long et verbeux article sur un tel non-fondement, c’est que l’article entier se casse la figure...

    Triste... Où est le journalisme - discipline en principe soucieuse des faits - derrière cette logorrhée frustrée ?

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