Carton rouge à Pierre Moscovici et Harlem Désir : en Europe, les boulets ne coulent pas !

, par Alexandre Marin

Carton rouge à Pierre Moscovici et Harlem Désir : en Europe, les boulets ne coulent pas !

L’expression usuellement employée pour qualifier la vision qu’ont nos politiques de l’Europe se résume au groupe nominal « lot de consolation ». Au sein du nouveau gouvernement français, on a pioché le « raté » du Parti Socialiste ; à la commission, on envoie le grand perdant du remaniement ministériel, qui par ailleurs, semble être un grand collectionneur de « lots de consolation ».

Harlem Désir, Pierre Moscovici, et la passion de l’Europe

Il n’y a pas de doute, François Hollande et Manuel Valls ont choisi les meilleurs éléments pour s’occuper des affaires européennes : Harlem Désir et Pierre Moscovici, tous deux ayant déjà une grande expérience en la matière. Harlem Désir y a tellement travaillé d’arrache-pied, qu’il en est mort d’épuisement. Sa passion pour l’Europe fut telle, que son fantôme rôde toujours au Parlement européen depuis quinze ans. Désormais, pour le récompenser de son engagement au service d’une Union plus forte et plus démocratique, on lui offre un poste de prestige dans le gouvernement : secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Cette fonction a semblé le motiver à tel point qu’il a abandonné celle de premier secrétaire du PS. Mais qu’importe ! Par amour pour le vieux continent, il n’a pas peur d’augmenter considérablement sa charge de travail, quitte à succomber une seconde fois. De toute façon, ne connaît-il pas déjà le chemin de vie à trépas ?

Quant à Pierre Moscovici, c’est une vague, une girouette, un zigzag, naviguant au gré des vents et des opportunités en direction de Paris, jetant l’ancre dans ses retranchements à Strasbourg et à Bruxelles en cas de tempête. Élu député européen en 1994, il démissionne en 1997 après son élection à l’Assemblée Nationale. Pris de remord d’avoir laissé toute seule notre princesse syrienne bien aimée, il devient la même année ministre délégué aux affaires européennes jusqu’en 2002. Au cours de son quinquennat, il participe aux négociations de marchands de tapis sur le traité de Nice, au sein d’un processus intergouvernemental, reposant sur les égoïsmes nationaux, et oeuvrant à ce que les citoyens ne portent pas leurs regards trop curieux jusque dans les secrets cachés à leurs yeux. Il participe également aux pourparlers qui débouchent en 2004 sur l’élargissement à dix nouveaux Etats-membres, et, en 2005, sur le traité constitutionnel européen. Battu aux élections législatives de juin 2002, Moscovici est réélu au Parlement européen, dont il devient le vice-président, avant de démissionner une nouvelle fois en 2007 pour mettre le cap sur Paris et sa chambre des députés, ce qui en dit long sur l’intérêt qu’il porte à l’Union des 28. De 2004 à 2006, il est, tout de même, président du Mouvement européen-France. En 2012, François Hollande, nouvellement élu Président de la République, le nomme ministre de l’économie et des finances dans les deux gouvernements de Jean Marc Ayrault. En avril 2014, il est évincé du gouvernement de Manuel Valls, et envoyé à Bruxelles, peu alléché, semble-t-il, par la possibilité, pour lui, de devenir commissaire européen ; c’est plutôt étonnant ! Passer du rang de ministre français à celui de « ministre » européen devrait sonner comme une promotion, un peu comme si un ministre de Floride devenait secrétaire dans l’administration américaine. Pourtant, il semble qu’en France, une telle évolution ait un but punitif, comme si à Bruxelles rien ne se passait.

La méritocratie française ou la République des copains

En bref, Harlem et Mosco sont sur un bateau. Ils s’ennuient car ils trouveraient plus palpitants d’être sur un radeau. Mais bon ! Au moins, à Bruxelles et à Strasbourg, les boulets ne coulent pas.

Au-delà du fait de considérer l’Europe comme une poubelle où on enferme les politiciens désireux de se faire oublier, le plus triste, c’est que nos responsables politiques ne sont pas nommés en fonction de leurs compétences mais selon des marchandages plus ou moins occultes. Que la France peine à se remettre en question et à comprendre l’intérêt de l’Europe pour son avenir, c’est déplorable. Mais que l’on distribue les plus hautes fonctions de l’Etat comme on vendrait des marchandises, ce devrait être inacceptable.

Sous l’Ancien Régime, les monarques n’avaient guère systématiquement de marge de manœuvre quant à la nomination, la carrière, et la révocation de leurs ministres et conseillers. En effet, ces hommes d’Etat étaient propriétaires de charges, dont le droit de propriété était, comme de nos jours, inaliénable. Aussi Louis XIV, symbole du roi absolu, n’a-t-il pas pu empêcher le blâme de son meilleur diplomate, Simon Arnauld de Pomponne. Si le Roi Soleil a pu faire emprisonner Fouquet, c’est en le convainquant de vendre sa charge de procureur au Parlement de Paris, juge de l’époque des malversations financières. Le système des charges a d’abord été modifié par les rois, Louis XIV ayant supprimé les charges d’officiers et de gouverneurs de Provinces. Ces charges sont remplacées par des fonctions dont l’accès est à la discrétion du roi et de ses conseillers. Les révolutionnaires de 1789 font de même avec les fonctions législatives, exécutives et judiciaires, dont l’attribution se décide désormais, du moins en théorie, selon le mérite et les qualités du titulaire. De nos jours, certains métiers nécessitent toujours l’acquisition d’une charge à l’instar de la profession de notaire.

C’est pourquoi, il est tragique de voir des fonctions, normalement réservées aux plus dévoués à la cause collective et aux plus compétents, faire l’objet de tractations telles que celles qui sont pratiquées dans les hôtels de vente aux enchères. Hélas, un changement de régime n’a pas suffi à abolir les privilèges, loin s’en est fallu ; tout a bougé, rien n’a changé. Nihil novi sub sole !

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