Chute du Mur de Berlin : « la victoire d’un modèle sur un autre » selon Baudouin Bollaert

, par Fabien Cazenave

Chute du Mur de Berlin : « la victoire d'un modèle sur un autre » selon Baudouin Bollaert

Le Mouvement Européen - France organise avec la ville de Suresnes et le magazine L’Histoire une grande journée consacrée au « 9 novembre 1989, le big-bang européen ? » Baudouin Bollaert, ancien rédacteur en chef et correspondant en Allemagne du Figaro, revient avec nous sur cet évènement.

Le Taurillon : Que représente pour vous le symbole de la Chute du Mur de Berlin en 1989 ?

Incontestablement, la victoire d’un modèle sur un autre. Ce jour-là, le modèle occidental – démocratie parlementaire, respect des droits de l’Homme, économie de marché – a porté un coup mortel au modèle communiste.

Prélude à l’effondrement de l’URSS, à l’éclatement de la Yougoslavie et à la souveraineté retrouvée des pays du défunt Pacte de Varsovie, la chute du Mur de Berlin symbolise aussi pour moi les retrouvailles de la « grande Europe » concrétisées par le double élargissement de l’Union européenne et de l’OTAN.

Le Taurillon : Est-ce que les dirigeants de l’Europe "de l’Ouest" ont tout de suite perçu l’importance de l’évènement ?

Si la plupart ont été surpris par sa soudaineté, ils en ont vite perçu l’importance : l’apparition d’une Allemagne réunifiée de 80 millions d’habitants au cœur du vieux continent ! Mais François Mitterrand et Margaret Thatcher, par exemple, ont manifesté leur crainte plutôt que leur joie. Comme si la chute du Mur rapetissait d’un seul coup la France et le Royaume-Uni et ressuscitait le spectre de 1870, 14-18 et 39-45… Fort heureusement, leur pusillanimité n’a pas arrêté le cours de l’Histoire.

Le Taurillon : Dans l’Allemagne d’aujourd’hui, comment est perçu cet évènement, dix-neuf ans après la réunification de la RFA et de la RDA ?

Avec le résultat des dernières élections fédérales, des films comme Good bye Lénine ou La vie des autres traduisent mieux que tous les sondages de circonstance le sentiment des Allemands…

Die Linke, héritier du parti communiste et refuge des amis d’Oskar Lafontaine, a certes obtenu d’excellents résultats dans l’ex-RDA dont les habitants – les Ossies – se sentent toujours moins bien traités que les Allemands de l’ouest. Mais les deux films précités montrent que la nostalgie de l’ancien régime, quand elle existe, est teintée d’humour et que personne, vraiment personne, ne regrette la disparition de la sinistre Stasi…

Le Taurillon : Vous êtes l’auteur d’un livre sur Angela Merkel. Est-elle le symbole vivant de la chute du Mur et de l’Allemagne réunifiée ?

La chancelière, à sa façon, est un pur produit de la méritocratie de l’ex-RDA. Elle n’a jamais été dissidente et n’a jamais prétendu l’avoir été ! Le 9 novembre 1989, elle était au sauna avec une amie… Elle n’est donc pas le symbole de la chute du Mur. En revanche, elle incarne l’Allemagne réunifiée puisque dès la chute de ce Mur, avec une rapidité stupéfiante, elle a renoncé à son métier de physicienne pour s’engager corps et âme en politique à l’âge de 35 ans. Si quelqu’un a senti souffler le vent de l’Histoire, c’est bien elle !

Illustration : photographie de Baudouin Bollaert.

Vos commentaires

  • Le 4 novembre 2009 à 07:37, par Martina Latina En réponse à : Chute du Mur de Berlin : « la victoire d’un modèle sur un autre » selon Baudouin Bollaert

    Merci de diffuser cet entretien. Hier, au retour d’un voyage d’étude qui m’a menée sur plusieurs rivages méditerranéens, j’ai lu dans la presse une affirmation signée par Th. de Montbrial qui complète bien le titre de cet article : « L’Europe est un modèle de gouvernance multipolaire ». D’ailleurs, n’est-ce pas le plus beau cadeau d’anniversaire pour une chute du mur âgée de vingt ans que la signature du traité de Lisbonne impatiemment attendue par les vingt-six autres partenaires européens ?

    Comme à mon habitude après un silence nécessité par les circonstances, je profite de cette dernière publication pour remonter le temps du TAURILLON : sans doute est-ce une excellente nouvelle qu’Istambul compte prochainement parmi les Capitales européennes de la Culture ; souhaitons par ailleurs bon vent à l’europhilie qui reprend espoir et force, peut-être assez pour que le sommet de Copenhague soit l’occasion d’une action européenne énergique et salutaire ; sport et citoyenneté peuvent faire bon ménage, en particulier par des jeux internationaux comme ceux qui viennent de se tenir au Liban ; quant à Internet, ce moyen de communication mérite en effet une vigilance pour ainsi dire créative à l’échelle européenne ; je terminerai ce tour d’horizon par le poids des présidences françaises de l’Union européenne, car elles doivent être bien entendu plus efficaces et durables que coûteuses.

    En espérant ne pas les lasser, il me faut surtout ce matin parler au TAURILLON, à ses lecteurs réactifs et rédacteurs actifs, de ma découverte de la terre où naquit et d’où partit la toute première Europe, du littoral que j’ai souvent mentionné dans ces colonnes, bref de la fameuse Phénicie qui n’est autre que le Liban toujours en effervescence, de cette bande côtière orientale qui renaît fidèlement de ses cendres depuis des millénaires - à l’instar du phénix qui se confond avec sa première appellation. Si Cadmos (« le Levant » en phénicien) donna son nom à un quartier de Tyr et à la rue de Beyrouth longeant la place des Martyrs, le nom de sa soeur EUROPE (« le Couchant » en phénicien) s’est appliqué à notre continent tout naturellement : non seulement l’enlèvement légendaire de cette jeune princesse de Tyr ou de Sidon par un taurillon d’abord éblouissant, puis vite invisible, résume comme vous le savez les inventions phéniciennes (communication nautique et notation alphabétique) d’où surgit le développement de la Grèce (où « Europe » prit le sens de « large vue »), puis de l’Europe, mais de plus la Phénicie inventa la démocratie (déplacement, échanges, calcul, lecture, écriture). Si le Liban est une mosaïque en mal d’harmonie politique, l’Europe se doit de l’aider à la construire, et ce en inventant chaque jour avec une cohérence dynamique la justice et la paix dont le rayonnement réchauffe en éclairant au loin... Et, si vous trouvez ces propos par trop iréniques, rappelons-nous que la Phénicie où grandit Europe a tout inventé, y compris L’EUROPE.

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