Chypre : l’espoir de la réunification

, par Laura Mercier

Chypre : l'espoir de la réunification
Nicos Anastasiades, président de la République de Chypre. Wiki

En ce début d’année 2017, l’ONU a relancé les négociations pour la réunification de Chypre, coupée en deux depuis 1974. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, espère une solution durable mais c’est sans compter sur le poids de la Turquie et de la Grèce, invitées à la table des négociations.

Chypre, l’île divisée depuis plus de 40 ans

Depuis 40 ans, l’île chypriote est divisée en deux, par une ligne tracée au crayon vert sur la carte des Nations unies, surnommée la «  Ligne verte  ». En 1974, l’armée turque a envahi la partie nord de l’île, en réaction à la tentative de coup d’état menée quelques mois plus tôt, et qui visait à rattacher le pays à la Grèce. La «  ligne verte  » témoigne de l’avancée de l’armée turque lors de son intervention. Cette ligne passe par Nicosie, qui est la capitale des deux républiques  : la République turque du Nord de Chypre, uniquement reconnue par la Turquie, et la République de Chypre, dont la majorité des habitants sont des Chypriotes grecs, et qui est reconnue par l’Union européenne et la quasi-totalité de la communauté internationale. (1)

Les deux républiques se sont développées séparément et ont suivi des parcours différents. La République de Chypre a intégré l’Union européenne en 2004, alors que la République turque du Nord de Chypre subit l’isolement. Depuis la partition de l’île, les Nations unies ont soutenu plusieurs tentatives de réunification, en vain.

Ankara et Athènes dictent les négociations

Qui dit réunification, dit partage de pouvoir, partage des terres… quel système mettre en place  ? Qu’en est-il de la restitution de propriétés  ? De nombreuses interrogations sont en suspens. La mise en place d’un état fédéral semble être l’option la plus sûre pour unifier les deux républiques, qui formeraient ensemble l’Etat chypriote. Cet état serait bi-communautaire et bi-zonal. Mais il est encore loin de voir le jour, tant qu’Ankara et Athènes ne trouveront pas un compromis.

Jeudi 12 janvier, l’ONU a rassemblé à Genève les parties liées à la réunification de Chypre. Ce sont donc les dirigeants des deux républiques chypriotes, mais aussi la Turquie, la Grèce, ainsi que le Royaume Uni qui ont, sous la présidence d’Antonio Guterres, tenté de trouver un accord après 42 ans de pourparlers. Pour la première fois, les deux dirigeants chypriotes se sont présentés les cartes du futur Etat fédéral, dans l’objectif de trouver un accord.

Mais soutenues par la Turquie d’un côté, et par la Grèce de l’autre, les deux républiques semblent irréconciliables. Le président de la République de Chypre, Nicos Anastasiades a fait du retrait de l’armée turque de l’île une condition à la cessation du conflit. Soutenu par Athènes, il considère que la présence de l’armée turque à Chypre rappelle le conflit, et empêcherait le projet de réunification. Mais il fait face à la ferme opposition du président turc, Erdogan, qui a déclaré «  Nous allons rester là pour toujours  », enterrant tout espoir d’une résolution juste et pérenne. Alors que les deux dirigeants des républiques chypriotes, Nicos Anastasiades et Mustafa Akinci semblent plus enclins au dialogue et ouvertement favorables à la réunification de l’île, la présence à la table des négociations, de la Turquie et de la Grèce, limitent les avancées.

Pour le nouveau Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, la réunification de Chypre serait un symbole d’espoir en ce début d’année 2017. Jean Claude Juncker soutient les négociations, mais reconnaît les difficultés à aboutir à une solution durable. Déjà en 2016, le Président de la Commission européenne estimait la réunification possible dans le courant de l’année 2016… un an après, les avancées sont faibles. Si les négociations parviennent un jour à aboutir, il a été convenu que Chypre fera pleinement partie de l’Union européenne. Il faudra donc que la partie nord intègre l’acquis communautaire européen, en matière d’Etat droit notamment, et qu’elle rattrape son retard de développement économique.

(1) Cette division n’est pas seulement politique et géographique, elle est aussi culturelle et ethnolinguistique. Dans la partie sud, le grec, l’anglais et le turc ont le statut de langue officielle. Dans la partie nord, seul le turc est considéré comme tel. Des différences sont également visibles en ce qui concerne la justice et l’éducation.

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