Comment le 11 septembre 2001 a changé la face du monde ?

, par Samuel Touron

Comment le 11 septembre 2001 a changé la face du monde ?
Le mémorial du 11 septembre à New-York City. Source : Pixabay

Le 11 septembre 2001 est mon premier souvenir médiatique. L’image des deux tours jumelles s’effondrant a marqué toute ma génération. À l’idéal de paix et d’un monde entièrement démocratique que la fin de la Guerre froide avait promis, le 11 septembre fut l’annonce d’une époque plus complexe dans un monde multipolaire. Le 11 septembre est un tournant, il signe le commencement de la fin de l’hégémonie mondiale américaine, la fin du modèle de la démocratie libérale et le début du recul de l’Etat de droit au cœur même de l’Occident. En cette matinée de septembre, ce ne sont pas seulement les États-Unis qui furent en deuil mais le monde entier. L’horreur et l’effroi des images de ce jour et des actes de terreur qui suivront n’ont pas fini de défiler dans nos têtes.

Un monde en deuil

8h46, New-York. Le vol American Airlines 11 à destination de Los Angeles s’écrase dans la tour nord du World Trade Center. Moins de vingt minutes plus tard, le vol United Airlines 175 percute la tour sud. À peine plus d’une heure plus tard, les deux tours s’effondrent, réduisant en poussière la vie de 2.763 personnes dont 403 sapeurs-pompiers et policiers venus secourir les civils pris au piège. Le vol American Airlines 77 qui s’est abattu sur le Pentagone entraîne la mort des 53 passagers, des 6 membres d’équipage ainsi que de 125 civils et fonctionnaires. À Shanksville, le vol United Airlines 93 qui devait vraisemblablement s’écraser sur le Congrès tombe dans la plaine de Pennsylvanie. Les passagers, dans un élan d’héroïsme, ont attaqué les terroristes qui, incapables de contrôler l’appareil, ont préféré avorter leur mission initiale.

Au total, 2.996 personnes sont mortes dont 301 de nationalités autres qu’américaines, 6.291 personnes sont blessées. À ce terrifiant bilan s’ajoute l’ensemble des victimes silencieuses : familles, concubins et amis qui, suite au drame de la perte d’un proche verront leur vie à jamais amputée. Victimes anonymes également, tous ceux qui, dans l’amas de ruines du World Trade Center ont nettoyé le site où les métaux lourds, les matières toxiques et pire que tout, l’odeur des corps en décomposition, empêchait New-York de vivre à nouveau. Nombre d’entre eux développeront des formes graves de cancer et mourront sans que leur maladie ne soit reconnue comme étant liée aux attentats faisant dire à l’un de ces héros que : « les États-Unis respectent plus les morts que les vivants ». La plus jeune des victimes de ces attentats est âgée de 2 ans, la plus âgée de 85 ans. 1.106 victimes ne seront jamais identifiées et 200 d’entre elles, coincées dans les étages supérieures du World Trade Center, étouffées par la chaleur, préfèreront sauter dans le vide que brûler vif. Un enfant dit à son instituteur, ne pouvant concevoir que des Hommes en feu se défenestrent : « les oiseaux sont en feu ». Au-delà du drame humain, déjà effroyable, le choc pour l’humanité est immense.

Jamais les États-Unis n’avaient subi d’attaque étrangère sur leur sol. Pearl Harbor, durant la Seconde guerre mondiale, s’était déroulé à des centaines de kilomètres de la côte ouest, sur une base navale. Le 11 septembre touche les États-Unis en plein cœur, à Manhattan, son cœur financier et économique, au Pentagone, cœur de sa défense, et si tout s’était déroulé comme prévu, au Congrès, son cœur politique. Pourtant, quelques années plus tôt, l’historien Francis Fukuyama proclamait la fin de l’Histoire, le triomphe du modèle de la démocratie libérale, dans un monde forcément en route pour la paix éternelle sous protection d’une hyper-puissance bienfaitrice : les États-Unis. Le monde ne découvre pas le terrorisme aves les attentats du 11 septembre. Les États-Unis l’ont déjà expérimenté dès la deuxième moitié du XIXe siècle avec les milieux anarchistes et dont l’affaire Sacco et Vanzetti témoignait, déjà, de problématiques contemporaines liées à la lutte contre le terrorisme. Ce qui change avec le 11 septembre est l’échelle de la terreur. Avec des moyens extrêmement limités, Al-Qaïda est parvenu à mettre à genoux la première puissance mondiale et à faire changer le monde d’époque. Le choc est si grand que même l’Iran demandera aux fidèles de ne pas scander les habituels slogans anti-américains à la sortie de la prière du vendredi. Frappé par la violence de ces attentats, le monde entier est alors solidaire des États-Unis, en deuil.

Une époque nouvelle

« L’axe du mal ». Georges W. Bush acte l’entrée dans une nouvelle époque : celle de la guerre contre le terrorisme, celle du questionnement des droits et des libertés pour garantir la sécurité. Celle aussi d’une « Amérique » agissant d’abord sous couvert du droit international, puis unilatéralement avant de renouer en 2014 avec l’isolationnisme. De gendarmes du monde, les États-Unis sont devenus « America first » fermés sur un extérieur qui leur échappe et rejette désormais le modèle de démocratie libérale, les temps étant aux régimes « hybrides » : démocraties incomplètes, démocraties illibérales, démocraties électives…Caressant de la main l’autoritarisme. Le 11 septembre signifie sans doute le commencement de la fin d’un âge où les États-Unis, vainqueurs absolus de la guerre froide, régnaient sur le monde. La nature ayant horreur du vide, l’URSS fut remplacée par un mal plus profond, insaisissable, résultant d’un monde nouveau, bien plus instable et complexe qu’attendu.

« Ce siècle n’avait pas deux ans qu’il était déjà endeuillé » déclare Eric Fottorino dans l’édito de l’hebdo du Un n°356. Il ne croit pas si bien dire tant le XXIe siècle est déjà un siècle paradoxal : les violences y sont moins nombreuses qu’à n’importe quelle autre époque de l’Histoire mais celles-ci sont d’une brutalité peut-être inégalée. Le terrorisme - qui jamais n’avait disparu - frappe plus violemment et avec plus d’horreur que jamais. En témoigne le parcours de Mohamed Merah, 11 ans après le 11 septembre qui abat à Toulouse, trois enfants, deux de 3 et 6 ans ainsi qu’une petite fille de 8 ans qu’il poursuit, rattrape, avant de lui demander de se mettre au sol et de l’abattre d’une balle dans la tête. Les attentats de Madrid en 2004 et de Londres en 2005, témoignaient déjà, avant que la France ne soit touchée, d’une époque nouvelle où la violence la plus extrême renaît sans que ses victimes n’en comprennent les causes et n’en soient responsables. Le 11 septembre en constitue le point de départ.

La réponse américaine aux attentats alimente cette violence. Les néo-conservateurs verront dans le 11 septembre l’opportunité de mettre en pratique leurs théories en matière de défense. Les États-Unis de Dick Cheney et de Condolezza Rice, avec l’aval de Georges W. Bush, envahissent d’abord l’Afghanistan puis l’Irak dans une politique officielle de « guerre préventive » qui conduira à la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes en Afghanistan, militaires comme civils issus d’une cinquantaine de pays, puis, en Irak, à celle d’un million de personnes. Sans compter les nombreuses personnes endeuillées, blessées, victimes de violences diverses ou encore confrontées à l’exil. À la violence de ces guerres, s’ajoute la violence des images : celles des prisons d’Abou Ghraïb et de Guantanamo, de la pendaison de Saddam Hussein à la suite d’une caricature de justice qui entacheront grandement l’image des États-Unis et de l’Occident comme gardiens des droits humains.

Le monde s’unit puis se déchire

Le contraste entre les lendemains de l’attentat du 11 septembre et le début de la guerre en Irak est saisissant. D’un monde uni derrière les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme, la Russie, la Chine et même l’Iran assurent alors les États-Unis de leur solidarité le constat, deux ans plus tard, est tout autre. La « vieille Europe », première à avoir manifesté son soutien aux États-Unis verra deux de ses principaux représentants, la France et l’Allemagne, refuser d’entrer en guerre contre l’Irak. Le lien d’amitié entre la France et les États-Unis s’en trouve grandement entaché, les écoles françaises allant jusqu’à renoncer aux échanges scolaires aux États-Unis pour garantir la sécurité de leurs élèves.

La guerre en Irak, déclenchée sans l’aval des Nations unies par les États-Unis pour attaquer la base arrière d’Oussama Ben Laden, constituera une violation très grave des conventions et du droit international. Dick Cheney, tout-puissant vice-président des États-Unis, allant jusqu’à mentir pour justifier l’intervention américaine en Irak en inventant l’existence d’armes bactériologiques et chimiques aux mains du régime de Saddam Hussein. Le basculement dans l’unilatéralisme à l’excès constitua une première étape vers l’America First de Donald Trump. Les États-Unis se croient seuls au monde en frappant sans l’aval de leurs alliés un Etat souverain, ils termineront isolés d’un monde qu’ils ne maîtrisent et ne comprennent plus.

L’Etat de droit attaqué

Le 26 octobre 2001 à peine plus d’un mois après les attentats, le Congrès adopte le « Patriot Act » dont l’objectif est de donner aux États-Unis les moyens de combattre le terrorisme en usant de tout les moyens possibles. Un seul représentant du Congrès chez les Républicains a voté contre, témoignant de l’appui total et absolu des représentants à cette nouvelle loi. Pourtant, le Patriot Act fait fi de pans entiers de l’Etat de droit : le droit à la présomption d’innocence est bafoué, toute personne suspectée d’activités terroristes peut faire l’objet d’une arrestation et être envoyé à Guantanamo pour une durée illimitée. Les libertés données aux agences de renseignement dans l’espionnage et le contre-espionnage sont étendues et la qualification même de « terrorisme », non-définie, permet de cibler des actes ou des pratiques considérées comme tel avec une grande souplesse. Des centaines de personnes passées par Guantanamo ont pourtant été amnistiées et donc déclarées innocentes. Elles ont pourtant été arrêtées, torturées et leurs vies sont détruites à jamais. Les États-Unis, dans leur guerre contre le terrorisme, deviennent eux-mêmes terroristes en se permettant d’arrêter des ressortissants étrangers, de les emprisonner sans chef d’accusation et sans durée limite de détention sans que le camp dans lequel ils sont enfermés ne relève du droit américain. À Guantanamo, l’Etat de droit n’existe pas, et celui des États-Unis s’y meurt.

Si l’Union européenne n’est pas compétente en matière de lutte contre le terrorisme, de défense et qu’elle ne possède pas de véritable stratégie géopolitique, certains de ses Etats membres ont été durement frappés par le terrorisme. Les Etats de l’Union se sont d’abord divisés sur leur participation ou non à la guerre en Irak. Des lois similaires au Patriot Act ont également fait leur apparition, en France notamment, durement éprouvée par le terrorisme islamiste depuis 2012. La loi sécurité globale adoptée en mai 2021 renforce fortement les pouvoirs de police et le développement d’outils de surveillance de masse des populations. L’État d’urgence, censé être exceptionnel, s’est prolongé en donnant des droits importants à l’exécutif. Résultat depuis 2015, les Français ont vécu quatre ans sous un régime d’exception. Les droits humains en ont évidemment souffert. Il appartient désormais à l’Union, aux Etats membres et surtout aux citoyens de s’unir et de promouvoir une vision ambitieuse de la lutte anti-terroriste : actions coordonnées, respect du droit international, promotion de politiques d’inclusion et d’intégration, réparation du lien social, promotion d’un islam humaniste et progressiste seront la clé d’une réponse globale au terrorisme. Une réponse seulement sécuritaire même poussée à son paroxysme comme l’ont fait les États-Unis ne peut être qu’un échec, la violence n’appelant que la violence. La prise de Kaboul par les talibans malgré des années de guerre ne l’illustre que trop bien.

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