Comprendre le souverainisme pour ouvrir un nouveau chapitre en Europe

, par Simone Fissolo, traduit par Léo Allaire

Comprendre le souverainisme pour ouvrir un nouveau chapitre en Europe

Il faut comprendre le souverainisme pour ouvrir un nouveau chapitre lors des élections européennes du printemps prochain. C’est notre but pour les mois à venir. Nous devrions par conséquent laisser de côté les questions telles que l’immigration, la difficile répartition des migrants dans l’Union européenne et la manière de traiter les personnes à bord du navire Diciotti. Nous devrions plutôt nous concentrer sur ce qui concerne chacun de nous sans aucune exception.

Mettez les mains dans vos poches, cherchez dans vos sacs, regardez sous votre lit, peut être aussi sous votre oreiller ou sur la table près de votre tasse de café : les nouvelles technologies sont prêtes à changer nos vies. Nous sommes rentrés dans la troisième révolution industrielle et les politiques ne l’ont pas compris.

Les économistes sont les premiers, comme souvent ces dernières années, à nous avoir annoncé que quelque chose allait changer. Jeremy Rifkin, l’auteur du livre La Troisième Révolution industrielle et également conseiller d’Angela Merkel, du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et du premier ministre chinois Li Keqiang a expliqué cela très précisément il y a peu dans le magazine Strategy+Business, appartenant au réseau PricewaterhouseCooper, une des entreprises les plus connues dans le domaine des missions d’audit et d’expertise comptable. Dans cette interview, Jérémy Rifkin affirme que le capitalisme est en plein bouleversement. Afin de rester le plus proche possible de ses mots, nous pouvons parler ici d’une véritable "révolution industrielle". Au centre de cette révolution se trouve le changement technologique. D’après lui, ce qui se passe va complètement changer notre mode de vie et va introduire une période d’abondance. Cette mutation va être nécessaire dans les 30 ou 40 prochaines années et nous amener à un futur meilleur.

Le monde politique est appelé à répondre à cet enjeu, ici et maintenant. Seuls les progressistes ont le progrès de leur côté et cette carte doit être utilisée contre le front des anti-TTIP, des anti-CETA, des anti-VAX, des anti-TAV et des anti-EURO. Les hommes et les femmes politiques européens auront bientôt un rôle de régulateurs, à guider le changement mentionné et justement à réguler ce que nous trouvons dans nos poches, nos sacs, sous l’oreiller et sur la table tels que l’internet des objets connectés, la Blockchain et la Sharing Economy. Ces trois petites révolutions sont déjà disponibles grâce aux applications présentes sur nos smartphones. Nous vivons actuellement moins une crise de l’immigration que la plus grande sous-estimation des effets du changement technologique depuis la naissance de l’humanité jusqu’à aujourd’hui.

Le souverainisme est la réponse politique à tant d’insécurité. Le souverainisme oppose le progrès technique, qui progresse à la vitesse de la lumière et ne prend aucune forme définitive, à un passé familier. Le souverainisme est aussi inutile que nuisible quand il conduit à une défiance envers la technique.

Les dernières élections en Slovénie montrent pourquoi les progressistes ne peuvent gagner les élections par le thème de l’immigration. L’immigration n’est pour les Slovènes pas un problème auquel ils sont confrontés, mais seulement un problème perçu comme tel. Le journaliste Niccolo Zancan nous a rappelés dans un reportage pour le journal La Stampa en juin dernier qu’en 2015, 308 personnes ont demandé un titre de séjour en Slovénie. Il y a eu à l’inverse 1200 personnes qui ont traversé le territoire slovène, sans vouloir y rester plus longtemps. Quelle vague ! Donc ces faits n’apportent rien. Le candidat souverainiste Janez Janša, allié de Viktor Orbán, a mené une campagne électorale contre les « hordes de barbares » en route pour l’Europe (comme le suggèrent ses tracts électoraux). Le candidat du Parti Démocratique slovène a, chose incroyable, obtenu la majorité des voix. Les 308 « barbares » ont à eux seuls suffit. Et les arguments des personnes en faveur de leur inclusion à la société slovène n’étaient pas assez forts et ne le seront pas à l’avenir pour faire revenir les voix du côté de la gauche. D’après l’auteur, ce concept s’applique à presque tous les domaines de notre vie.

Pour reprendre la formule de Mario Deaglio, un économiste italien : nous nous trouvons dans des temps « post-globaux ». À cet égard les politiques ne sont pas en mesure de nous donner les instruments nécessaires avec lesquels nous pourrions mieux comprendre les innovations et les transformations d’aujourd’hui. Comment contrôlons-nous par exemple le phénomène de la Sharing Economy par rapport au secteur énergétique ? Avec quelles règles pourront-nous introduire l’Intelligence Artificielle dans nos foyers ? Comment les transports sont-ils révolutionnés ?

Mario Deaglio a écrit en juin dans le journal La Stampa un commentaire ayant pour titre « Nous sommes entrés dans un monde post-global. » L’argument principal qui justifierait sa théorie était la politique en matière de droits de douane du président des États-Unis. Mais, cher Mario Deaglio, l’Italie aussi est entrée dans la période post-globale par le résultat des élections nationales du 4 mars.

Les gouvernements souverainistes de l’Union européenne combattent l’immigration, pendant que Donald Trump insiste sur le problème de la concurrence économique et met en place des droits de douane qui pourraient faire échouer l’Organisation Mondiale du Commerce. La dernière menace du président américain d’imposer 25% de droits de douane sur les automobiles qui proviennent d’Europe sera effective le 22 août de cette année. Mario Deaglio écrit : « la mondialisation – du marché - était déjà attaquée depuis longtemps et l’enthousiasme initial est lentement retombé, comme si c’était devenu clair qu’aux résultats positifs des pays émergents (croissance des revenus et du niveau de vie) s’opposaient des résultats négatifs dans les pays les plus riches , où les classes moyennes et particulièrement la classe moyenne aux plus bas revenus ont dû accepter de subir une perte de revenus et du chômage pendant que les plus jeunes générations observaient leurs chances de jouir d’un avenir serein se réduire. »

Sergio Fabbrini, un politologue européen, explique dans le quotidien Il Sole24Ore de quelle manière le populisme est en fait lié à la conjoncture économique du moment : « Pour certains le populisme était l’expression de la peur vis à vis de la situation économique, qui a été provoquée chez les populations désavantagées par le processus de mondialisation. Pour d’autres, c’était une réaction au processus de mondialisation des identités culturelles. Pour d’autres encore, cela vient de la frustration contre la mondialisation, qui fait que les gouvernements nationaux favorisent les marchés internationaux plutôt que leurs électeurs » ;

Les différentes raisons indiquées par Sergio Fabbrini ont sûrement mené au renforcement du populisme. On comprend néanmoins le souverainisme comme mode de politique nationale que quand on comprend que l’insécurité n’est pas liée aux « hordes de barbares africains ». La peur de l’immigration et la peur du président américain de la concurrence internationale ne sont pas les problèmes réels de nos citoyens. Ce sont plutôt les thèmes de l’innovation technologique et des nouvelles relations entre l’être humain et la technique qui représentent les nouvelles frontières pour l’Union européenne. Tandis que la technique s’améliore et que le progrès nous mène à l’abondance, pourquoi nos vies ne seraient-elles pas meilleures ?

Massimo Mantellini, un expert italien du digital, estime dans son dernier livre "Basse résolution" que les Italiens sont en train de réduire drastiquement leurs attentes envers les nouvelles technologies. C’est cela le véritable problème social. Pourquoi réduisons-nous en Occident notre qualité de vie alors que nous sommes confrontés à une amélioration de la technologie ? Massimo Mantellini écrit que les Italiens passent le cap des nouvelles technologies de manière passive, ce qui a des effets négatifs pour l’équilibre de la société. Celui-ci explique la perte momentanée de qualité de vie de la société italienne avec la relation maladive aux nouvelles technologies, en utilisant justement le concept de basse résolution en contraste avec la haute résolution.

Du peu de résolution des images de nos smartphones comparé avec la haute résolution des véritables appareils photos, qui se sont également améliorés ces dernières années, jusqu’à la maigre qualité des écrans de nos ordinateurs portables qui ont dans beaucoup de foyers remplacé les nouvelles générations de télévisions etc. Il s’agit d’une perte de la qualité technique des objets technologiques à notre usage quotidien. Tout cela a aussi des effets négatifs dans d’autres domaines culturels et sociaux, au niveau de l’information par exemple, où le phénomène des infox ou du reportage de La Repubblica sur des petits chatons sont un signe de perte de qualité de nos connaissances quotidiennes. La perte de qualité de vie est notre préoccupation pour le futur la moins grande dans notre monde en mutation, en ayant une technologie qui s’améliore toujours.

Seule l’’Union européenne peut prendre à bras le corps ces thèmes puisqu’elle s’en occupe depuis des années. Elle travaille en effet sur les transformations digitales, sur l’Industrie 4.0, l’approvisionnement énergétique durable, la gestion du recyclage et la protection des données. Nous ne devrions pas faire de l’immigration le cheval de bataille des progressistes et des fédéralistes. Nous ne devrions pas non plus nous cacher derrières de vieilles batailles que sont le NewDeal4Europa et la défense européenne. Allons plus loin, allons démontrer l’excellence européenne, afin d’arrêter ce souverainisme arriéré. Le plus grand et le plus populaire des succès de l’Union européenne ces dernières années ? Le RGPD. Chaque entreprise, les grandes comme les petites, doivent ici s’adapter et payer des juristes et des informaticiens. Tous les citoyens européens ont au moins reçu un e-mail sur leurs smartphones d’une Newsletter à laquelle ils se sont inscrits. Le RGPD nous a protégés et a parlé du futur. Commençons par là.

Vos commentaires

  • Le 23 novembre à 19:18, par Bernard Giroud En réponse à : Comprendre le souverainisme pour ouvrir un nouveau chapitre en Europe

    Tandis que la technique s’améliore et que le progrès nous mène à l’abondance, pourquoi nos vies ne seraient-elles pas meilleures ?

    Cela parait logique. Beaucoup d’idées et de points de vue sont intéressants dans cet article. J’en partage un certain nombre, ; Le progrès mène en effet à la facilité de la production de masse bon marché, et mème de qualité, mais quid de la répartition ? Qui institue la règle qui permet une participation raisonnable ? Ce sont bien ceux qui se sentent exclus et fragilisés qui forment souvent la troupe des populistes. L’excellence du fort ne réside-t-il pas dans le fait qu’il reconnait que chacun est utile, s’il le veut , dans la chaine de la vie, et donc que chacun, mème le plus petit doit avoir la part qu’il mérite proportionnellement à la disponibilité. Dans ce monde , qui exclu ou limite donc les paresseux, ou les superprofiteurs ? Une morale saine du troisième millénaire ? L’abondance , en effet, permettrait à nos chercheurs de se consacrer à d’infinies découvertes, nos Sources.

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