Covid-19 : quelles réponses pour l’industrie culturelle européenne ?

, par Courrier d’Europe - Made in Sorbonne, Gwendoline de Boé

Covid-19 : quelles réponses pour l'industrie culturelle européenne ?
Image : MustangJoe via Pixabay

Depuis le 17 mars dernier, la crise sanitaire a frappé de plein fouet de nombreux secteurs cruciaux des économies européennes. Mais, quid du secteur culturel particulièrement mis en péril par le confinement et les mesures de distanciation sociale étendues dans toute l’Europe ? Si les gouvernements et institutions culturelles ont mis en place des solutions financières et pratiques pour faire face à la crise, l’avenir reste encore incertain pour ces acteurs d’une industrie déjà économiquement fragile.

En France, la culture contribuait en 2016 à hauteur de 2,2% du produit intérieur brut soit 44,5 milliards d’euros [1]. A eux seuls, les secteurs de l’audiovisuel, du spectacle vivant et de la presse représentaient plus de la moitié du poids économique de la culture. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’étendue des conséquences économiques en France, le coût de la crise sera certainement majeur. Et pourtant, le ministre de la culture Frank Riester, a apporté encore peu de réponses pour les acteurs de l’industrie. « Un premier volet d’aides d’urgence » a été annoncé dès le début du confinement à hauteur de 22 millions d’euros dont 10 millions pour la musique, 5 millions pour le spectacle, 5 millions pour le livre et 2 millions pour les arts plastiques.

Mais, dans une tribune publiée le 30 avril dans Le Monde, un collectif de personnalités du monde culturel s’est indigné du silence du gouvernement depuis les premières mesures annoncées face à leurs emplois menacés et exige des mesures concrètes. En effet, c’est l’effondrement de la saison estivale pour tous : les tournages, les manifestations culturelles et les festivals particulièrement nombreux pendant cette période ont tous été annulés provoquant un énorme déficit financier. Mais, si un certain nombre de fonds ont déjà été débloqués par le ministère de la culture, la question n’est pas seulement celle des réponses à la crise, mais aussi celle d’une reprise. En effet, malgré les mesures de déconfinement annoncées par le premier ministre le 28 avril, le calendrier de réouverture des lieux culturels reste totalement inconnu. Emmanuel Macron a indiqué annoncer ses premières mesures pour le monde de la culture le mercredi 6 mai.

En Allemagne, la réponse de la ministre de la culture et des médias Monika Grütters a été claire. En entretien sur Deutschland Funk le 23 mars dernier, elle déclarait « la culture n’est pas un luxe, qu’on ne se permet qu’en période faste » alors qu’outre-Rhin déjà 90 000 événements culturels ont été annulés. La chancellerie a débloqué une enveloppe d’aide de 50 milliard d’euros en direction des PME, notamment pour leur permettre de payer leurs loyers malgré le confinement. Elle veut aussi faciliter des travailleurs indépendants aux minima sociaux. De plus, une nouvelle loi a été votée permettant à toute entreprise du secteur culturel de demander plus facilement un crédit de court terme à hauteur de plus de 30 000 euros à leur banque. Représentant 256 000 entreprises en Allemagne, M.Grütters a insisté sur le fait que si le secteur a besoin d’autant de soutien, c’est aussi parce qu’il est indispensable à la société. Une déclaration en accord avec les propos de Deeyah Khan, ambassadrice de l’UNESCO, qui affirmait le 15 avril lors du débat inaugural de ResiliArt que « dans cette période, l’art est garant de notre santé émotionnelle ». Mouvement lancé par l’Organisation des Nations Unies, ResiliArt poursuit l’objectif de lancer une conversation de sensibilisation internationale sur les conséquences du covid-19 sur l’économie de la culture à travers les témoignages, la récolte de données et le débat.

L’Italie et l’Espagne, deux pays frappés de plein fouet par la crise sanitaire, ont également organisé des plans de soutien à l’industrie culturelle pesant considérablement sur leur économie. En signant le décret-loi « Cura Italia » le gouvernement italien a créé un fonds d’urgence pour les spectacles audiovisuels de 130 millions d’euros pour l’année 2020 dont l’objectif est notamment de suspendre le paiement d’impôts aux entreprises du secteur culturel. Pour ces dernières, les impôts du mois de mars sont suspendus et la TVA reportée. Un autre fonds a été financé pour soutenir les auteurs et les artistes et une allocation de 600 euros a été mise en place pour l’ensemble des travailleurs du divertissement.

De son côté, le gouvernement de Pedro Sanchez a essuyé des critiques du monde de la culture face à un pays durement touché par la crise du covid-19. En Espagne, la culture représentait plus de 3,2% du PIB et pas moins de 700 000 emplois en 2019. Si aucune enveloppe n’a été financée exclusivement pour le secteur culturel, le gouvernement a annoncé une cinquantaine de mesure pour soulager la situation des personnes en emploi précaire, notamment celles touchées par le chômage et les PME, particulièrement représentées chez les travailleurs au service de la culture.

A l’échelle européenne, les interrogations se multiplient et les réponses manquent. Une pétition a été lancée par deux eurodéputés verts Niklas Nienaß et Salima Yenbou appelant la Commission européenne à soutenir à l’industrie culturelle. Les signataires de cette lettre ouverte, déjà signée par plus de 5 000 personnes, demandent à l’exécutif européen des mesures fiscales, mais aussi une aide financière et sociale d’urgence exclusive aux professionnels de la culture et aux PME du secteur. La question culturelle, représentant 0,16% du budget européen global, interroge particulièrement à Bruxelles, car force est de constater qu’elle a été délaissée par la commission Von der Leyen. La culture n’apparaissait dans son programme qu’en demi-teinte et a totalement disparu de l’intitulé du portefeuille de « la protection de notre mode de vie européen » dont est actuellement chargée Margaritis Schinas, multipliant les inconnues entourant une future réponse européenne.

Face aux annulations et reports sans échéance des représentations culturelles, la crise sanitaire et son issue seront indéniablement pour tous les acteurs du secteur un défi de taille sur le long terme. Et bien que les réponses institutionnelles soient inégales en Europe, l’ensemble des acteurs de la culture ne manque pas de redoubler de créativité pour mettre à disposition du grand public une riche offre culturelle alternative en ligne.

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Notes

[1Rapport « Le poids économique direct de la culture en 2016 » publié par le ministère de la Culture en janvier 2018

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