Dans le Rhin Supérieur, le retour insidieux de la frontière

, par Clément Maury

Dans le Rhin Supérieur, le retour insidieux de la frontière
Panneau indiquant l’entrée en « république fédérale d’Allemagne » dans le land de Bade-Wurtemberg. Crédit : Baden.de

C’est une nouvelle douche froide sur les rives du Rhin : le Baden-Württemberg a annoncé unilatéralement le 23 décembre le retour des contrôles à la frontière avec l’Alsace et la Suisse. L’objectif affiché est de limiter le Einkauftourismus – le « tourisme des courses ». Ainsi, une quarantaine de dix jours sera imposée à quiconque franchit le Rhin sans motif valable (travail, visites familiales, santé, …).

Il faut dire que, par rapport au printemps 2020, la situation a radicalement changé chez nos voisins. Présentée il y a quelques mois comme un élève modèle, l’Allemagne peine aujourd’hui à endiguer cette nouvelle vague de l’épidémie de Covid-19 et présente même des résultats plus alarmants que la France. Les mesures sanitaires ont donc été sensiblement renforcées le 12 décembre, sans pour autant atteindre celles appliquées dans l’Hexagone durant les deux confinements. Cependant, avec la fermeture des magasins n’étant pas considérés comme de première nécessité, de nombreux Allemands se sont rués vers les centres-villes alsaciens tandis que les frontaliers français ont continué à réaliser leurs achats dans les supermarchés outre-Rhin. Une situation ubuesque due avant tout à l’absence de concertation entre le Land et la Région qui n’ignorent pourtant rien des interactions fortes entre ces deux territoires.

Le collectif alsaco-badois Schengen 2.0, auquel appartiennent notamment les Jeunes Européens – Strasbourg et les Junge Europäer - JEF Baden-Württemberg, est monté au créneau à travers un communiqué de presse et prévoit une nouvelle action le 31 décembre sur la Passerelle des Deux Rives pour protester contre cette fermeture déguisée de la frontière. Pour les associations, « le gouvernement du Land du Bade-Wurtemberg n’explique pas dans quelle mesure sa décision est absolument nécessaire au regard de la situation sanitaire ». En outre, aucune restriction similaire n’a été mise en place par la Sarre ou la Rhénanie-Palatinat si bien que la règle peut aisément être contournée et perd de sa crédibilité. Un coup d’épée dans l’eau, à moins qu’il ne s’agisse d’un réflexe protectionniste pavlovien.

En effet, et comme l’avaient déjà dénoncé les organisateurs des Rettungsschirme (manifestations des parapluies) en mai dernier, la logique d’une telle décision reste un danger grave pour le vivre-ensemble européen à travers un message, toujours le même : « le risque vient avant tout de l’étranger ». En effet, aucune mesure n’est prévue pour un Palatin venant réaliser ses achats à Karlsruhe ou une Berlinoise se rendant au bord du Lac de Constance pour quelques jours. Si le Baden-Württemberg se considère – avec certaines raisons – comme une zone à risque, il est légitime qu’il prenne des mesures permettant d’endiguer la pandémie sur son territoire. Que ces restrictions ciblent les flux frontaliers unilatéralement, explicitement et sans justification est en revanche vécu comme une « mesure d’un autre âge » par le collectif qui rappelle les effets délétères d’une telle mesure en début d’année. Pour les habitants du Rhin Supérieur, le slogan des manifestations du printemps « Grenzen schaden dem Denken » (« les frontières nuisent à la pensée ») est plus que jamais d’actualité.

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