« Dans toute l’Europe, un euro reste un euro »

La monnaie européenne du futur : l’euro numérique

, par Katharina Volk, Mathilde Wahl

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« Dans toute l'Europe, un euro reste un euro »
Grâce à l’euro numérique, des paiements en temps réel sécurisés pourraient être effectués – que ce soit en magasin, en ligne ou entre deux personnes physiques. Photo : Pixabay | geralt | Pixabay-Lizenz

L’euro : discuté en 1991, conclu en 1998, introduit en 2002. En premier lieu, cette monnaie commune de l’Union européenne voit le jour dans douze pays et s’étend aujourd’hui dans 21 États membres. La Bulgarie l’adopte aussi au 1er janvier 2026. Les avantages sont évidents : en vacances, les citoyen.ne.s ne s’embêtent plus avec le fait de devoir changer de monnaie, dans les magasins d’autres pays, les prix sont facilement comparables, et l’euro est l’une des devises les plus stables au monde. En outre, cette monnaie commune renforce également le sentiment d’appartenance à une identité européenne.

Qu’est-ce que l’euro numérique ?

Depuis 2023, la Banque centrale européenne (BCE) envisage d’introduire un moyen de paiement électronique : l’euro numérique. Selon une porte-parole de l’institution, un cadre réglementaire est actuellement en cours d’élaboration. Il pourrait être introduit en 2029. Par ailleurs : d’autres pays, comme la Chine, ont déjà une monnaie numérique.

La BCE écrit : « Il serait accepté dans l’ensemble de la zone euro comme moyen de paiement numérique, et on pourrait y avoir recours dans les magasins, pour des paiements destinés à d’autres personnes physiques. » D’après des données de la BCE, ce moyen de paiement gratuit doit venir compléter l’argent liquide et non le remplacer. De plus, la BCE garantit la vie privée des utilisateurs.trices, tous ceux vivant au sein de la zone euro, même ceux qui n’ont pas de compte en banque. Outre cette mesure, l’euro numérique devrait être stable et pouvoir fonctionner hors ligne.

L’argent liquide ne doit expressément pas être remplacé. Le député européen Damian Boeselager (Volt) déclare à Treffpunkteuropa : « L’objectif est la liberté de choix : les européens doivent pouvoir choisir par eux-mêmes leur moyen de paiement. »

Pourquoi a-t-on besoin d’un euro numérique ?

D’après lui, les banques en ligne et applications de paiement seraient dépendantes des fournisseurs privés, venant notamment des États-Unis. Ces derniers seraient aussi fortement dépendants du gouvernement américain. Damian Boeslager affirme : « Si la Maison-Blanche le décidait, elle pourrait couper les transactions financières en Europe. »

Ce risque a incité l’UE à se pencher sur les paiements numériques au sein de l’Union, car l’Europe dépend fortement des pays d’outre-mer sur le plan économique. L’euro numérique permet ainsi de contrer ces dépendances à l’échelle globale. « Grâce à lui, l’Europe est davantage résistante aux crises, indépendante et nous empêche d’être sous pression », explique Damian Boeselager. « Il s’agit de politique de sécurité économique. »

Pour le commerce, il constituerait une alternative plus simple et moins coûteuse au paysage actuel fragmenté des paiements, informe la BCE. Il renforcerait la position de négociation du commerce vis-à-vis des prestataires de solutions de paiement et allégerait ainsi sa charge financière. L’euro numérique pourrait également contribuer à augmenter le chiffre d’affaires du commerce, en particulier du commerce en ligne, car les paiements pourraient être effectués en temps réel et sans frais supplémentaires.

Grâce à l’euro numérique, des paiements en temps réel sécurisés pourraient être effectués – que ce soit en magasin, en ligne ou entre deux personnes physiques. Selon la BCE, le pays de la zone euro dans lequel se trouvent les parties concernées ou le prestataire de services de paiement auprès duquel elles ont leur compte n’auraient aucune importance.

L’euro numérique est-il sécurisé ?

La BCE souligne elle-même que l’utilisation de l’euro numérique reste anonyme et fonctionne de manière cryptée. Elle explique également que « l’eurosystème ne pourrait pas vous relier directement à vos paiements ». L’institution perçoit l’euro numérique comme étant un bien public : les données ne seraient pas utilisées à des fins commerciales. La BCE connaît également la quantité d’argent en circulation - tout comme pour l’argent liquide.

Damian Boeslager affirme : « Grâce à l’euro numérique, nos paiements seraient davantages anonymes et sécurisés, en comparaison avec les prestataires de paiement qui ont recours à des services de cartographie internationaux et qui aujourd’hui transfèrent un nombre incalculable de données à des entreprises américaines. »

En outre, l’euro numérique pourrait également contribuer au blanchiment d’argent et à la fraude fiscale.

L’euro numérique, mode d’emploi

Premièrement, un soi-disant porte-monnaie doit être déposé auprès d’une banque ou d’un bureau de poste - ainsi qu’un portefeuille électronique pour l’euro numérique. Ensuite, ce porte-monnaie peut être rempli via un compte de référence lié ou par l’intermédiaire de versements en liquide. Enfin, il sera possible de payer avec l’euro numérique dans le portefeuille, que ce soit dans les magasins, en ligne ou entre particuliers.

Les fonds reçus en euros numériques pourraient être conservés dans le portefeuille jusqu’à une certaine limite ou être versés sur un compte bancaire. Cette transaction peut être effectuée manuellement ou automatiquement, au choix.

La devise : une sécurité renforcée. « De nos jours, les jeunes ne paient presque plus en liquide – ils ont besoin d’une solution sécurisée et européenne », confirme Damian Boeselager. « Autre avantage : il est impossible de voler l’euro numérique comme de l’argent liquide. En cas de perte, l’accès peut être reprogrammé. »

La BCE insiste également sur l’aspect inclusif du projet. « L’euro numérique serait conçu de telle sorte que les besoins de tous soient pris en compte et personne ne serait exclu de son utilisation », écrit la BCE. L’euro numérique doit être inclusif – pour les personnes présentant un handicap, pour les jeunes et les seniors, pour les personnes non titulaires de compte en banque et pour les personnes cherchant à être protégées au sein de l’UE.

L’euro numérique, combien ça coûte ?

Pour les personnes physiques, l’euro numérique doit être gratuit. Néanmoins, la BCE accentue le fait que les investissements dans un système de paiement numérique sont indispensables. « Le coût de l’euro numérique dépendra de sa conception finale ainsi que des composants et des services associés qui devront être développés », a affirmé la BCE. Ces coûts doivent être financés par le seigneuriage, c’est-à-dire le bénéfice généré par l’émission de billets de banque et de pièces de monnaie.

L’euro numérique pourrait-il renforcer l’identité européenne ?

Damian Boeselager met l’accent sur la composante émotionnelle de ce projet : « L’euro numérique peut contribuer à ce que nous percevions à nouveau l’euro au quotidien comme un projet européen commun », explique Damian Boeselager. Tout comme l’argent liquide, le design de la version numérique doit arborer des symboles européens et être facilement reconnaissable. « Ainsi, à chaque transaction, il nous rappelle que cet argent est le fruit de notre réussite commune, celle de tous les Européens », déclare Damian Boeselager. « L’euro numérique serait enfin une promesse européenne mise en place numériquement : un euro reste un euro, et ce partout en Europe. »

L’euro numérique : une monnaie controversée ?

Mais tous ne se réjouissent pas à l’idée d’introduire un moyen de paiement numérique en Europe comme Boeselager. Le Parti populaire européen (PPE)vient régulièrement freiner la poursuite du développement de l’euro numérique – le Parlement européen débat depuis des années le pour et le contre. Le parti d’extrême-droite allemand AfD est contre ce moyen de paiement, qui serait d’après eux une « porte ouverte vers un état de surveillance ». La raison ? Ils dénoncent la perte de contrôle des citoyen.ne.s sur leur argent. Pourtant, le parti se prononce en faveur du bitcoin américain comme monnaie non souveraine pour davantage renforcer la concurrence.

Cependant, les avis des acteurs économiques divergent. Certains aspirent réellement à un moyen de paiement facile, rapide et numérique, tandis que d’autres diabolisent le passage éventuel vers l’euro numérique.

Il ne reste plus qu’à découvrir comment les citoyen.ne.s et entreprises de l’UE vont réagir à l’introduction et à l’utilisation de l’euro numérique et si l’euro numérique pourrait devenir une alternative à l’argent liquide.

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