Alors que l’Ukraine entre dans son cinquième hiver sûrement des plus difficiles, les appels à l’organisation de nouvelles élections se font entendre dans tout le pays. Le dernier en date, celui de l’ancien ministre de la Défense, Mikhaïlo Fedorov. Le Président, Volodymyr Zelensky a tenu à répondre à ces différentes déclarations en expliquant que la tenue de nouvelles élections en Ukraine serait un “risque énorme pour l’Ukraine”.

Alors que selon Le Grand Continent, en juillet 2026, environ 40% de la population ukrainienne dit faire confiance à son chef d’État, de multiples voix émergent pour demander la tenue de nouvelles élections en Ukraine. Mais selon plusieurs spécialistes cités par 20minutes cela semble compliqué pour ne pas dire impossible.

Une guerre qui dure depuis 5 ans

Suite à l’invasion russe en Ukraine en février 2022, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky a instauré la loi martiale en Ukraine et s’est positionné en vrai rempart face à l’armée russe. En effet, grâce au soutien financier et militaire de ses alliés européens et américain, l’armée ukrainienne continue à tenir tête à l’envahisseur en les empêchant notamment de prendre la capitale, Kiev. Ils arrivent même, tout récemment, à atteindre le sol russe. Cependant, dans tous ces succès, le talon d’Achille du chef d’État ukrainien concerne l’expiration de son mandat. Selon la Constitution ukrainienne, la durée du mandat d’un président est de 5 ans renouvelable, or Volodymyr Zelensky a été élu en mai 2019, son mandat a donc pris fin en 2024, soit il y a 2 ans et demi.

Suite à l’expiration du mandat, de multiples voix se sont élevées en Ukraine et à l’extérieur pour demander la tenue de nouvelles élections. C’est le cas notamment en Russie, via la voix de Vladimir Poutine ou de Sergeï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, qui n’hésitent pas à qualifier le dirigeant ukrainien de “dictateur”. Ce même lexique est utilisé par Donald Trump lors de ces nombreuses prises de paroles choc sur le conflit russo-ukranien. Plus récemment, l’ancien ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov a demandé à son tour l’organisation de nouvelles élections, à la suite de son limogeage. Que dit la Constitution ukrainienne ?

Des élections en temps de guerre : que dit la loi ?

Tout d’abord, la loi ukrainienne contient des dispositions spéciales accompagnant la loi martiale. En effet, “l’article 19 de la loi ukrainienne sur le régime juridique de la loi martiale interdit explicitement les élections présidentielles, législatives et locales tant que la loi martiale reste en vigueur” explique Yuliya Matvyeyeva, doctorante en sciences de l’information et de la communication, spécialiste de diplomatie publique numérique, géopolitique et conformité, dans un entretien accordé à 20minutes .

Au-delà de l’impossibilité juridique, ces élections peuvent poser des questions logistiques. Comment assurer la protection des bureaux de vote ? Comment permettre aux ukrainiens et ukrainiennes d’aller voter en toute sécurité ? Mais surtout, comment permettre aux ukrainiens et ukrainiennes d’aller voter sachant qu’une grande partie d’entre eux ont été déplacés ou ont fui leur pays ? Un autre obstacle avancé par l’administration ukrainienne quant à la tenue d’élection en temps de guerre est celui de la mobilisation des soldats. De multiples ukrainiens sont, en effet, sur le front pour défendre leurs pays contre la Russie, ils ne pourront donc pas voter. Ainsi, en plus des défis législatifs, les contraintes logistiques ne permettront pas d’organiser les élections les plus représentatives possibles.

Une nécessaire unité du peuple ukrainien

Yuliya Matvyeyeva souligne un dernier aspect important pour comprendre la difficulté d’organiser des élections en Ukraine. En effet, elle explique qu’en temps de guerre l’État ukrainien a besoin d’être soudé et uni derrière leur dirigeant pour former un front commun contre l’envahisseur russe. L’organisation des élections risque quant à elle de créer des divisions au sein même de la société ukrainienne. Cette fragmentation de la société risque elle d’être aggravée par les nombreuses ingérences russes. En effet, depuis une dizaine d’années, la Russie utilise une forme de guerre hybride afin de déstabiliser les démocraties occidentales notamment en intervenant dans les élections comme ce fut le cas en France, en Allemagne ou encore en Pologne ? C’est pour toutes ces raisons que Volodymyr Zelensky explique que l’organisation de telles élections en temps de guerre constituerait “un tsunami qui fracturerait l’Ukraine”.

La tenue d’élection présidentielle en Ukraine est donc législativement, logistiquement et socialement très complexe pour toutes les contraintes évoquées ci-dessus. La solution apportée par la communauté internationale et la chercheuse est d’attendre la fin de la guerre d’agression russe pour pouvoir organiser de nouvelles élections.

Pour surmonter cet obstacle d’organiser des élections en temps de guerre, Radio Canada rappelle que certains pays comme l’Estonie utilisent déjà le vote électronique. Ce mode de scrutin pourrait être ainsi la solution pour organiser des élections en Ukraine sans en mettre en danger la population et pour permettre à tous les citoyens ukrainiens d’y participer. Toutefois même si le vote électronique serait parfaitement sécurisé, une élection en Ukraine en temps de guerre pose des questions territoriales et constitutionnelles qui ne sont pas résolues par la technologie. Comment voter dans les territoires occupés ? Comment établir des listes électorales consolidées ? Comment faire campagne sous les bombardements ? La solution estonienne se heurte ainsi à la réalité d’un contexte totalement différent : celui d’organiser des élections libres en temps de guerre.