#NoGrexit, #YesFederation, proclamaient sur Twitter les militants JEF et UEF au cours du weekend du 11-12 juillet où l’Eurogroupe négociait à Bruxelles dans la perspective d’un 3e plan d’aide à la Grèce. Le spectre d’une expulsion de facto de l’euro de ce pays, qu’ont osé évoquer des irresponsables, semble à présent écarté. Mais l’évolution de la gouvernance de l’Eurozone et de l’Union vers la démocratie reste un chantier à ouvrir d’urgence.

La gestion de la crise grecque par les représentants des gouvernements des États-membres est indéfendable par toute personne sérieuse. C’est pourtant sans état d’âme que les communiqués satisfaits des acteurs de cet épisode ou de leurs affidés se sont multipliés lundi 13 juillet. « Bon accord, permet sortie impasse et maintien #Grèce zone euro : compromis très exigeant mais viable » nous dit — au hasard — Pierre Moscovici sur Twitter. Mais rares sont les remises en cause profondes de la « gouvernance » de l’Eurozone.

Il est pourtant à l’évidence essentiel aujourd’hui de la repenser complètement et plus généralement, cette Union européenne intergouvernementale post-démocratique. La confiscation du pouvoir politique européen par un praesidium de représentants des intérêts des élites politiques nationales doit cesser. Ils n’ont pas été élus pour exercer un pouvoir européen. Ils se satisfont de compromis a minima, dont l’objectif n’est pas de satisfaire l’intérêt général des citoyens européens, mais de préserver leur base de pouvoir sans jamais la remettre en cause.

On a affirmé que l’Europe dite « communautaire » constituait un modèle politique original, innovant, sui generis, qu’il conviendrait de préserver un juste équilibre entre une Europe des nations que l’on admet devoir dépasser et l’utopie dangereuse ou farfelue de fédéralistes qui oublieraient que les peuples ne seraient « pas prêts ». Au mieux évoque-t-on pour un avenir lointain la perspective d’une « fédération d’États-nations », oxymore dont la vocation est avant tout de préserver ce fameux État-nation, c’est-à-dire les privilèges des élites politiques dominantes en Europe.

L’imposture de cette approche éclate aujourd’hui au grand jour

La déclaration Monnet-Schuman du 9 mai 1950 traçait ouvertement la perspective d’une fédération européenne, c’est-à-dire d’une union qui serait non seulement une union d’États, mais aussi une union de citoyens, une communauté politique nouvelle. Les gouvernements successifs, pourtant tous soi-disant « pro-européens », s’en sont éloignés. Pourtant, l’Union européenne comporte des éléments de fédéralisme : une initiative autonome des gouvernements nationaux, des lois communes, une cour suprême, un Parlement et une monnaie.

Tout ce qui fonctionne dans la construction européenne est ce qui est basé sur un modèle fédéral. Mais ces progrès ont été systématiquement accompagnés par les gouvernements nationaux auteurs des traités d’un renforcement parallèle de mécanismes intergouvernementaux.

Cette approche, basée sur la logique diplomatique, mène au règne la connivence entre pairs, aux marchandages derrière des portes closes, à des prises de décision en amont où les assemblées d’élus sont mises devant le fait accompli. Ces mécanismes bafouent les principes démocratiques.

Fondé sur la confrontation de représentants dont la légitimité est uniquement nationale, l’intergouvernementalisme exacerbe jusqu’à la caricature les désaccords. Les raccourcis médiatiques qui assimilent un dirigeant à un État et un État à un peuple transforment bien vite une divergence en conflit symbolique entre « nations ».

Les absurdes sommets de la dernière chance à répétition, les conférences de presse simultanées où chacun tente d’imposer à « ses médias » son récit des événements sont non seulement inefficaces et a-démocratiques, ils sont aussi ridicules et dangereux.

Le contraste est frappant avec le processus habituel de production des lois européennes qui relève en revanche, avec ses consultations et ses travaux parlementaires, d’une formule démocratique exemplaire à laquelle il ne manque que la visibilité qu’apporterait une couverture médiatique adaptée.

Ceux qui défendent plus ou moins ouvertement un tel statu quo oeuvrent pour les partisans du recul et portent une responsabilité immense. Laisser croire, qu’entre le nationalisme des Le Pen et l’Europe post-démocratique des Hollande-Merkel, il n’y a pas d’alternative, c’est mener le continent vers de nouveaux drames. Les « eurosceptiques » proclamés ne sont pas les plus dangereux adversaires du projet européen : ce sont les européistes officiels qui refusent les évolutions radicales nécessaires qui tuent l’Europe aux yeux de ses citoyens.

Nous entendons à nouveau des souhaits de la part des nos dirigeants de voir l’Europe évoluer. Le 14 juillet, le président de la République française annonçait souhaiter un Parlement de la zone euro, l’une des demandes des organisations fédéralistes. Naturellement le risque est grand de voir ces voeux sombrer dans l’oubli dès le bruit médiatique autour des événements dissipé.

Les Européens sont désormais prêts à une rupture : la croyance dans l’Europe des gouvernements disparaît, mais l’espoir d’une autre Europe subsiste. Il reste à la concrétiser.

Cet objectif est à portée de main à condition de se mobiliser en sa faveur et de ne pas se contenter naïvement du bon vouloir de nos dirigeants politiques nationaux. Cette rupture indispensable implique d’oeuvrer, aujourd’hui, à l’instauration d’une République fédérale européenne, c’est-à-dire d’une Europe démocratique en parallèle des démocraties nationales. Le seul engagement européen sincère est celui-ci.