La campagne pour les élections européennes de 2019 pourrait être marquée par plusieurs changements et nouvelles dynamiques dans le paysage politique européen. Alors qu’on ne sait pas encore quel groupe politique La République En Marche rejoindra pour ce scrutin européen et les alliances qui se lieront autour du parti présidentiel français, une partie de la gauche, en difficultés dans de nombreux états membres, s’organise et ne cache pas son ambition pour 2019.

Les forces de gauche ont connu de lourds revers électoraux ces dernières années dans l’Union européenne, et sont de moins en moins représentées dans les exécutifs et gouvernements nationaux. En France, le Parti socialiste (PS) a essuyé une débâcle sans précédent il y a maintenant presque un an. Depuis, il tente de se reconstruire autour d’un nouveau chef de parti, en la personne d’Olivier Faure. Mais le PS n’est plus la première force de gauche française, et il semble bien loin d’être prêt pour le scrutin européen de 2019. Une partie de la gauche française s’est quant à elle tournée vers La France Insoumise. Jean-Luc Mélenchon compte bien utiliser les élections européennes pour consolider et confirmer sa place de premier parti de l’opposition de gauche en France. Mais son ambition pourrait être entravée par Diem 25 et le mouvement Génération.s de Benoît Hamon.

Naples, point de départ d’un mouvement transnational ?

Depuis plusieurs mois, l’ancien candidat du Parti socialiste à la présidentielle française, Benoît Hamon, et l’ancien ministre grec, Yanis Varoufakis, ont affiché leur volonté de travailler ensemble et de porter un nouveau mouvement en vue des élections européennes de 2019. C’est finalement le 10 mars dernier qu’ils ont lancé leur appel pour la création d’une liste paneuropéenne transnationale, ce qui serait une première dans le paysage politique européen. Ils ont ainsi rassemblé militants et leaders d’autres mouvements progressistes, comme Razem (qui signifie Ensemble), parti polonais fondé en 2015 qui cherche à se rapprocher de formations politiques de gauche qui proposent justement, une alternative ; The Alternative (Danemark) fondé en 2013 et Livre (Portugal). Ils étaient accueillis par Luigi de Magistris, le maire de Naples, et ancien député européen sous l’étiquette du parti de l’Italie des Valeurs, affilié au groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Il a depuis quitté le parti et créé le Mouvement orange.

Toujours est-il que depuis Naples, les partis fondateurs de Diem 25 ont formulé leur appel et invité – en anglais - toutes les formations progressistes, écologistes, féministes, à rejoindre leur mouvement qui se veut transnational et paneuropéen. Cet ensemble de partis politiques a pour vocation de créer un programme commun, et de présenter un manifeste d’ici juin 2018 avant de se lancer dans une tournée des capitales européennes – bref, de commencer leur campagne pour 2019.

Bien que le Parlement européen ait rejeté le principe de liste transnationale pour les prochaines élections européennes, les fondateurs de Diem 25 et de Génération.s veulent malgré tout faire de leur mouvement et de leur programme communs, un travail transnational. Les partis politiques qui rejoindront leur mouvement soutiendront ainsi un candidat commun à la présidence de la Commission, et les députés élus sous cette étiquette formeront un nouveau groupe au Parlement européen. Ils souhaiteraient même, dans les limites des conditions actuellement en vigueur, proposer des candidats transnationaux : qu’un Espagnol puisse se présenter sur une liste belge, par exemple.

Quand le militantisme ne suffit plus à Diem 25

A sa création en février 2016, à Berlin, Diem 25 se présentait davantage comme une force militante détachée des échéances électorales, plutôt qu’un parti politique. Le mouvement n’avait alors pas vocation à prendre part à des élections, mais seulement à soutenir des partis politiques dont les valeurs et les idées correspondent à celles de Diem 25. Mais Diem 25 voit désormais plus grand, et se veut plus audacieux. Le mouvement justifie son revirement de stratégie par le besoin urgent d’agir « avant la désintégration de l’Europe ». Cet appel paneuropéen a donc pour objectif de rassembler de nombreux partis politiques nationaux au sein d’un même mouvement et de former une « aile électorale » pour ce mouvement transnational.

Les cafés débats, conférences et actions militantes organisées par Diem 25 et la récente création du mouvement Génération.s en France ne suffiront pas à faire élire des députés européens sous leur étiquette commune dans un an, Yanis Varoufakis et Benoît Hamon l’ont bien compris. Ils espèrent donc rassembler de nombreux partis de gauche à travers toute l’Union européenne. Leur message est clair, et plaira certainement à d’autres partis politiques : proposer une alternative européenne à l’austérité de Jean-Claude Juncker, Angela Merkel et Emmanuel Macron. Ils affirment ainsi que les crises que chaque Etat membre peut connaître, du réchauffement climatique, à la crise des réfugiés et au chômage, ont besoin de solutions européennes et non nationales. Pour eux, le libéralisme lui aussi, doit être contré au niveau européen.

Yanis Varoufakis et Benoît Hamon ont mis en avant deux principaux objectifs qui vont forger leur agenda commun : le scrutin européen de 2019 et leur volonté d’influencer les politiques européennes dès le lendemain de l’élection, et l’horizon 2025, pour lequel ils soutiennent l’écriture d’une nouvelle constitution européenne.

Les gauches européennes rassemblées ou divisées ?

Si cet appel a vocation à réunir les forces de gauche dites progressistes et écologistes, il n’assure pas pour autant le rassemblement de la gauche européenne. Au contraire, c’est l’éparpillement des voix qui pourrait limiter les ambitions de Diem 25 et de Génération.s. Rien qu’en France, de La France Insoumise, au Parti socialiste français, en passant par Europe Écologie Les Verts, sans donc oublier Génération.s/Diem 25, les voix des électeurs et sympathisants de gauche pourraient être largement éparpillées. Le Parti communiste français pourrait quant à lui rejoindre ce nouveau mouvement transnational, des discussions sont en cours.

En Espagne, plusieurs forces de gauche cohabitent, mais toutes ne rejoindront pas forcément Diem 25, et c’est peut-être davantage la division qui s’accentuera, plutôt que le rassemblement. L’absence notable du parti espagnol Podemos à Naples peut surprendre, d’autant plus que Diem 25 semble se tourner vers la Izquierda Anticapitalista (Gauche anticapitaliste) plutôt que vers le parti de Pablo Iglesias. Podemos connaît des divisions internes notamment sur la question catalane, et n’a pas encore tranché sa participation ou non à ce mouvement européen. Affaire à suivre donc, en Espagne…

En Grèce, ce n’est pas le parti d’Aléxis Tsipras, Syriza, qui rejoint le mouvement. Yanis Varoufakis a créé un nouveau parti, MeRA25, le 26 mars dernier à Athènes. Cette nouvelle formation politique sera « partie intégrante du mouvement paneuropéen Diem25 » et sera donc le parti politique qui représentera le mouvement en Grèce, pour les élections européennes. Mais Yanis Varoufakis voit déjà plus loin que mai 2019, et prépare ainsi les élections législatives grecques de l’automne 2019. Mais là aussi, la création d’un nouveau parti dans un échiquier politique déjà très divisé pourrait mener à un éparpillement des voix des électeurs toujours plus important. Et les Grecs font-ils confiance à l’ancien ministre des finances, présent durant l’été 2015 où pendant quelques semaines, la sortie de la Grèce de la zone euro était une éventualité ? La popularité de Yanis Varoufakis reste incertaine en Grèce…

Benoît Hamon, quant à lui, réussira-t-il cette fois-ci, à rassembler la gauche française pour les élections européennes de 2019 ? Les différents partis qui la composent pourraient-ils réellement s’entendre sur un programme et un candidat communs ? Le défi est de taille… Ils ont à peine un an pour convaincre un maximum de partis politiques, de l’Estonie au Portugal, de la Finlande à Malte, que leur « New Deal européen » est l’alternative qu’il faut porter et défendre en 2019. Ce New Deal européen reste très flou à ce jour, et l’on devra attendre le manifeste du mouvement pour en savoir davantage sur le programme européen de Diem 25. Quelles sont les « mesures » par lesquelles ils veulent « stabiliser la zone euro » ? Soutiennent-ils une Europe à plusieurs vitesses ? Comment démocratiser l’Union ?