Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

, par Laura Mercier

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Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen
Avec son nouveau mouvement Génération.s, Benoît Hamon va prendre part à l’élaboration d’un programme commun pour Diem 25, en vue des élections européennes de 2019. CC - Benoît Hamon

La campagne pour les élections européennes de 2019 pourrait être marquée par plusieurs changements et nouvelles dynamiques dans le paysage politique européen. Alors qu’on ne sait pas encore quel groupe politique La République En Marche rejoindra pour ce scrutin européen et les alliances qui se lieront autour du parti présidentiel français, une partie de la gauche, en difficultés dans de nombreux états membres, s’organise et ne cache pas son ambition pour 2019.

Les forces de gauche ont connu de lourds revers électoraux ces dernières années dans l’Union européenne, et sont de moins en moins représentées dans les exécutifs et gouvernements nationaux. En France, le Parti socialiste (PS) a essuyé une débâcle sans précédent il y a maintenant presque un an. Depuis, il tente de se reconstruire autour d’un nouveau chef de parti, en la personne d’Olivier Faure. Mais le PS n’est plus la première force de gauche française, et il semble bien loin d’être prêt pour le scrutin européen de 2019. Une partie de la gauche française s’est quant à elle tournée vers La France Insoumise. Jean-Luc Mélenchon compte bien utiliser les élections européennes pour consolider et confirmer sa place de premier parti de l’opposition de gauche en France. Mais son ambition pourrait être entravée par Diem 25 et le mouvement Génération.s de Benoît Hamon.

Naples, point de départ d’un mouvement transnational ?

Depuis plusieurs mois, l’ancien candidat du Parti socialiste à la présidentielle française, Benoît Hamon, et l’ancien ministre grec, Yanis Varoufakis, ont affiché leur volonté de travailler ensemble et de porter un nouveau mouvement en vue des élections européennes de 2019. C’est finalement le 10 mars dernier qu’ils ont lancé leur appel pour la création d’une liste paneuropéenne transnationale, ce qui serait une première dans le paysage politique européen. Ils ont ainsi rassemblé militants et leaders d’autres mouvements progressistes, comme Razem (qui signifie Ensemble), parti polonais fondé en 2015 qui cherche à se rapprocher de formations politiques de gauche qui proposent justement, une alternative ; The Alternative (Danemark) fondé en 2013 et Livre (Portugal). Ils étaient accueillis par Luigi de Magistris, le maire de Naples, et ancien député européen sous l’étiquette du parti de l’Italie des Valeurs, affilié au groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Il a depuis quitté le parti et créé le Mouvement orange.

Toujours est-il que depuis Naples, les partis fondateurs de Diem 25 ont formulé leur appel et invité – en anglais - toutes les formations progressistes, écologistes, féministes, à rejoindre leur mouvement qui se veut transnational et paneuropéen. Cet ensemble de partis politiques a pour vocation de créer un programme commun, et de présenter un manifeste d’ici juin 2018 avant de se lancer dans une tournée des capitales européennes – bref, de commencer leur campagne pour 2019.

Bien que le Parlement européen ait rejeté le principe de liste transnationale pour les prochaines élections européennes, les fondateurs de Diem 25 et de Génération.s veulent malgré tout faire de leur mouvement et de leur programme communs, un travail transnational. Les partis politiques qui rejoindront leur mouvement soutiendront ainsi un candidat commun à la présidence de la Commission, et les députés élus sous cette étiquette formeront un nouveau groupe au Parlement européen. Ils souhaiteraient même, dans les limites des conditions actuellement en vigueur, proposer des candidats transnationaux : qu’un Espagnol puisse se présenter sur une liste belge, par exemple.

Quand le militantisme ne suffit plus à Diem 25

A sa création en février 2016, à Berlin, Diem 25 se présentait davantage comme une force militante détachée des échéances électorales, plutôt qu’un parti politique. Le mouvement n’avait alors pas vocation à prendre part à des élections, mais seulement à soutenir des partis politiques dont les valeurs et les idées correspondent à celles de Diem 25. Mais Diem 25 voit désormais plus grand, et se veut plus audacieux. Le mouvement justifie son revirement de stratégie par le besoin urgent d’agir « avant la désintégration de l’Europe ». Cet appel paneuropéen a donc pour objectif de rassembler de nombreux partis politiques nationaux au sein d’un même mouvement et de former une « aile électorale » pour ce mouvement transnational.

Les cafés débats, conférences et actions militantes organisées par Diem 25 et la récente création du mouvement Génération.s en France ne suffiront pas à faire élire des députés européens sous leur étiquette commune dans un an, Yanis Varoufakis et Benoît Hamon l’ont bien compris. Ils espèrent donc rassembler de nombreux partis de gauche à travers toute l’Union européenne. Leur message est clair, et plaira certainement à d’autres partis politiques : proposer une alternative européenne à l’austérité de Jean-Claude Juncker, Angela Merkel et Emmanuel Macron. Ils affirment ainsi que les crises que chaque Etat membre peut connaître, du réchauffement climatique, à la crise des réfugiés et au chômage, ont besoin de solutions européennes et non nationales. Pour eux, le libéralisme lui aussi, doit être contré au niveau européen.

Yanis Varoufakis et Benoît Hamon ont mis en avant deux principaux objectifs qui vont forger leur agenda commun : le scrutin européen de 2019 et leur volonté d’influencer les politiques européennes dès le lendemain de l’élection, et l’horizon 2025, pour lequel ils soutiennent l’écriture d’une nouvelle constitution européenne.

Les gauches européennes rassemblées ou divisées ?

Si cet appel a vocation à réunir les forces de gauche dites progressistes et écologistes, il n’assure pas pour autant le rassemblement de la gauche européenne. Au contraire, c’est l’éparpillement des voix qui pourrait limiter les ambitions de Diem 25 et de Génération.s. Rien qu’en France, de La France Insoumise, au Parti socialiste français, en passant par Europe Écologie Les Verts, sans donc oublier Génération.s/Diem 25, les voix des électeurs et sympathisants de gauche pourraient être largement éparpillées. Le Parti communiste français pourrait quant à lui rejoindre ce nouveau mouvement transnational, des discussions sont en cours.

En Espagne, plusieurs forces de gauche cohabitent, mais toutes ne rejoindront pas forcément Diem 25, et c’est peut-être davantage la division qui s’accentuera, plutôt que le rassemblement. L’absence notable du parti espagnol Podemos à Naples peut surprendre, d’autant plus que Diem 25 semble se tourner vers la Izquierda Anticapitalista (Gauche anticapitaliste) plutôt que vers le parti de Pablo Iglesias. Podemos connaît des divisions internes notamment sur la question catalane, et n’a pas encore tranché sa participation ou non à ce mouvement européen. Affaire à suivre donc, en Espagne…

En Grèce, ce n’est pas le parti d’Aléxis Tsipras, Syriza, qui rejoint le mouvement. Yanis Varoufakis a créé un nouveau parti, MeRA25, le 26 mars dernier à Athènes. Cette nouvelle formation politique sera « partie intégrante du mouvement paneuropéen Diem25 » et sera donc le parti politique qui représentera le mouvement en Grèce, pour les élections européennes. Mais Yanis Varoufakis voit déjà plus loin que mai 2019, et prépare ainsi les élections législatives grecques de l’automne 2019. Mais là aussi, la création d’un nouveau parti dans un échiquier politique déjà très divisé pourrait mener à un éparpillement des voix des électeurs toujours plus important. Et les Grecs font-ils confiance à l’ancien ministre des finances, présent durant l’été 2015 où pendant quelques semaines, la sortie de la Grèce de la zone euro était une éventualité ? La popularité de Yanis Varoufakis reste incertaine en Grèce…

Benoît Hamon, quant à lui, réussira-t-il cette fois-ci, à rassembler la gauche française pour les élections européennes de 2019 ? Les différents partis qui la composent pourraient-ils réellement s’entendre sur un programme et un candidat communs ? Le défi est de taille… Ils ont à peine un an pour convaincre un maximum de partis politiques, de l’Estonie au Portugal, de la Finlande à Malte, que leur « New Deal européen » est l’alternative qu’il faut porter et défendre en 2019. Ce New Deal européen reste très flou à ce jour, et l’on devra attendre le manifeste du mouvement pour en savoir davantage sur le programme européen de Diem 25. Quelles sont les « mesures » par lesquelles ils veulent « stabiliser la zone euro » ? Soutiennent-ils une Europe à plusieurs vitesses ? Comment démocratiser l’Union ?

Vos commentaires

  • Le 10 avril à 16:33, par Antoine En réponse à : Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

    En prétendant révolutionner la politique européenne et créer le premier parti pan-européen, Diem25 semble ignorer que de tels partis existent déjà et ont permis de créer des solidarités particulièrement fortes et une solidarité politique que les partis nationaux ne semblent pas prêts à dénouer. En voulant présenter un-e candidat-e commun à la présidence de la Commission européenne, Diem 25 se place en concurrent direct des candidat-e-s de la GUE, du PVE et du PSE. Les Verts français, qui semblaient envisager un alliance avec Génération.s pour les élections européennes, sont beaucoup plus réticents depuis l’appel de Naples car il leur serait inconcevable ne pas soutenir le/la candidat-e du PVE et de ne pas siéger au sein du groupe des Verts au Parlement européen. Il semble qu’EELV préfère prendre le risque de ne pas dépasser les 5% nécessaires à l’élection de député-e-s plutôt que de trahir sa famille politique européenne. EELV semble privilégier sa solidarité européenne à des considérations politiques nationales. L’aventure Diem25 est peut-être en train de révéler que des partis pan-européens existent déjà et sont en réalité beaucoup plus solides qu’on ne le pensait.

  • Le 11 avril à 23:37, par Elise En réponse à : Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

    Bonjour,

    Vous n’avez pas du tout cité Volt Europa alors qu’il affiche les mêmes ambitions et est en pleine expansion, peut-être aurait-il été utile de le mentionner :) Très bon article par ailleurs, les partis paneuropéens semblent bien être une sérieuse alternative pour les élections européennes à venir.

    Cordialement.

  • Le 12 avril à 09:50, par Jacques Sparreau En réponse à : Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

    @Antoine Les partis européens regroupant des partis nationaux existaient déjà. En revanche, pas de programme commun. Chacun promet monts et merveilles en se présentant nationalement dans son pays, puis fait mine de réaliser au lendemain de l’élection que des composantes d’un même « parti européen » ont vendu nationalement des idées contradictoires, incompatibles. Idem pour les swaps de candidats entre pays proposés par cet arc progressiste : pour leur première candidature, Génération.s et Diem25 étudient déjà quel hack ils pourraient utiliser pour le faire, en attendant l’autorisation de listes transnationales. Alors que ces « partis européens existants » ne semblent jamais avoir eu le courage de tenter. Bref, c’est réellement quelque chose de nouveau !

    @Elise Effectivement, Volt peut être intéressant, mais est encore à l’état embryonnaire. Ils auraient davantage à gagner, pour l’instant sans doute, à rejoindre l’Appel de Naples, pour éviter de télescoper, et pour se faire une place.

  • Le 14 avril à 11:21, par Alistair Connor En réponse à : Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

    Excellent article, clair, précis, sans déformations, c’est rare ! Juste quelques précisions : * On sait bien quel groupe rejoindra En Marche au parlement européen : ce sera ALDE, les plus orthodoxes et décomplexés des ordo-libéraux, ceux même dont la politique a mené l’Europe au bord de la ruine * Pas besoin d’attendre le manifeste du mouvement, il est consultable ici sur le site diem25.org (formellement, c’est celui du mouvement DiEM25 et devra sans doute être remanié pour devenir celui de l’alliance transnationale).

  • Le 14 avril à 11:48, par Antoine En réponse à : Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

    @Jacques Le parti vert européen a eu un programme commun dans tous les pays où il était candidat et refera la même chose cette année. (Cherchez Common Manifesto 2014 sur un moteur de recherche) Et autant que je sache, ce sont les seuls qui ont fait une primaire ouverte pour désigner leurs têtes de listes au niveau européen.

    Par ailleurs, les « échanges » de candidat-e-s entre pays se sont déjà faits, par exemple avec Monica Frassoni, candidate en Belgique puis en Italie, ou Daniel Cohn Bendit, qui a enchainé les candidatures entre l’Allemagne et la France.

  • Le 16 avril à 10:03, par Jacques Sparreau En réponse à : Diem 25 et Génération.s veulent bousculer le paysage politique européen

    @Antoine

    Pour ce qui est du common manifesto 2014, effectivement, c’était une excellente initiative, mais ça portait bien son nom : il s’agissait d’établir un manifeste commun, pas un programme détaillé commun. Là, Génération.s, Diem25 et les autres signataires actuels et à venir de l’Appel de Naples sont sur une évolution du Common Manifesto 2014, qui consiste à réellement présenter, dans tous les pays de l’UE où l’alliance sera présente, un même programme pan-européen. Les Verts ont déjà su faire une merveilleuse disruption en 2014, maintenant le parti issu de l’Appel de Naples (dont le nom est encore à définir) travaille sur l’étape suivante : un continent, un programme (avec probablement des ajouts de mesures additionnelles dans les programmes nationaux à condition qu’elles soient suffisamment modestes, non-contradictoires et que la plate-forme les valide).

    Pour les élus, effectivement, là aussi EELV a ouvert la voie, notamment avec Cohn-Bendit se présentant alternativement en Allemagne et en France, et là aussi je les apprécie pour ça. Mais une fois de plus, là l’Appel de Naples vise l’évolution suivante, pas seulement en jonglant avec des binationaux (un Franco-Allemand alternativement en France et en Allemagne), mais en recherchant les hackings légaux qui permettraient de présenter des non-ressortissants (un Franco-Allemand alternativement en Pologne et au Danemark), pour reproduire autant que faire se peut le mécanisme de listes transnationales.

    Bref, dans ces deux domaines, les Verts ont montré la voie et fait les premiers pas, et nous allons parachever leur oeuvre.

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