Mercredi 16 septembre à Strasbourg, la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé son traditionnel discours sur l’état de l’Union européenne avec le Premier ministre canadien Mark Carney en invité d’honneur. Canada comme membre associé, Conseil européen de la défense, Kids Act et changement climatique, la présidente de la commission a annoncé un futur européen centré sur le mot d’ordre de l’indépendance du continent.
Pour la première fois lors d’un discours sur l’État de l’Union, un dirigeant étranger était convié. Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen, a, mercredi 16 septembre à 9h, introduit Mark Carney, premier ministre canadien devant le Parlement européen. Le discours, rendez-vous annuel depuis 2010, ensuite prononcé par Ursula von der Leyen, sous l’œil vigilant des 720 eurodéputés, maintient le cap d’une Europe souveraine.
"C’était le meilleur et le pire des temps", voilà la citation de Charles Dickens sur la révolution française que l’Allemande a choisie pour introduire son discours. Elle en fait son constat sur l’Europe, “notre Union n’a jamais été aussi forte. Mais notre Union peut aussi sembler plus précaire que jamais”.
La mesure la plus inattendue a provoqué un tonnerre d’applaudissements sur les bancs des députés et un choc dans la tribune presse. Von der Leyen a annoncé vouloir “la possibilité pour le Canada de devenir le premier membre associé de l’UE “. Cet engagement, encore loin d’être mis en place, ne serait “pas un partenariat contre qui que ce soit mais en faveur de nos forces communes”. Signe de la volonté de la Commission européenne d’élargir l’UE et de faire évoluer ses institutions, tout comme l’annonce d’un Congrès de l’Europe courant 2027 réunissant intellectuels et artistes, pour fêter les 70 ans du Traité de Rome.
Les multiples intrusions de drones russes dans l’espace aérien européen ont été la preuve que l’intégrité territoriale de l’Union européenne peut être menacée. Face à cela, Ursula von der Leyen annonce vouloir développer un Conseil européen de défense. Un “protocole de sécurité d’urgence” pour l’UE calqué sur l’article 4 de l’OTAN, permettant d’organiser une réunion de coordination sur la demande d’un des États membres, si sa sécurité est menacée Selon la présidente de la Commission européenne, celui-ci pourrait dépasser le cadre des 27 Etats membres et comprendre également le Royaume-Uni, la Norvège et le Canada.
Contexte international et changement climatique orientent la politique de la Commission
Dans un contexte international déstabilisant fortement les marchés, Ursula von der Leyen place la relance économique comme sa priorité absolue. La souveraineté en est sa pierre angulaire. La dépendance à la Chine a notamment été pointée du doigt “nous dépendons à 80% de la Chine pour nombre de matières critiques et cela monte à 90% pour certaines terres rares”. La montée du prix des énergies fossiles due au blocage du détroit d’Ormuz est également désignée comme un problème. Face à cela, l’électrification est jugée comme la solution adéquate : “Notre objectif est de doubler la part de l’électricité d’ici à 2040” précise-t-elle. Enfin, la simplification des marchés et la coopération entre États membres est présentée comme une solution pour créer un environnement commercial compétitif.
L’adaptation au changement climatique reste un cap pour l’UE. L’été 2026, caniculaire et marqué par d’immenses feux de forêt montre l’urgence de la situation. Une coopération européenne climatique pourrait être encore plus poussée, notamment avec la mise en place d’une “ flotte européenne de lutte contre les incendies”. Un plan de lutte contre les vagues de chaleurs est également mis sur la table.
Toujours dans l’objectif de l’adaptation au changement climatique, von der Leyen souhaite la mise en place dans le prochain mois d’une liste de 100 territoires vulnérables au changement climatique afin d’améliorer la gestion des risques.
Protection de l’enfance et IA, deux tournants dans le numérique européen
Le “Kids Act” pourrait être l’un des grands rendez-vous de la prochaine année parlementaire. Il instaurerait un cadre pour l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants et adolescents européens. La présidente de la commission européenne déplore le temps d’écran quotidien des jeunes ainsi que les problèmes de santé mentale et de développement qu’ils peuvent causer.
Plusieurs règles quant à l’utilisation des réseaux sociaux pourraient ainsi être mises en place. D’abord l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 13 ans sous le contrôle des parents et la possibilité de pouvoir créer et gérer un compte seulement à partir de 15 ans. Une autre mesure phare du règlement sera de lutter contre les algorithmes jugés nocifs ainsi que leurs “fonctionnalités addictives”. Pour appuyer ses propos, elle mentionne le suicide, survenue un mois plus tôt, d’Oléa, une belge de 14 ans victime de cyberharcèlement.
Sur l’intelligence artificielle, Mme von der Leyen la définit comme “le deuxième point de bascule de notre époque” après la crise climatique. Elle souhaite en faire un levier économique pour l’UE mais en instaurant des “garde-fous” pour endiguer ses dangers tout en “restant dans la course”. La cheffe de l’exécutif européen salue également le Royaume-Uni et le Canada qui partagent les mêmes valeurs et pourraient collaborer avec l’Europe sur le sujet.
Après plus d’une heure de discours, Ursula von der Leyen s’en sort non sans critiques. Les débats postérieurs au discours n’ont que reflété les clivages existants déjà à Strasbourg. Bien que le PPE et Renew Europe maintiennent leur soutien, la gauche de l’hémicycle dénonce un manque criant d’ambition écologique. L’extrême droite réitère quant à elle son hostilité aux structures européennes.
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