Elections américaines : quel candidat est le meilleur pour l’UE ?

, par Lucas Nitzsche, Sacha Billaudot

Elections américaines : quel candidat est le meilleur pour l'UE ?
Quel candidat sera le Président des Etats-Unis après les prochaines élections ? Photos : © Eric Haynes et Gage Skidmore

Alors que les élections présidentielles américaines approchent à grands pas, le ton monte entre Joe Biden et Donald Trump, les deux candidats à la présidence. Sur le style comme sur le fond, les deux candidats se démarquent largement, particulièrement sur leur politique internationale, enjeu majeur pour les futures relations avec l’Union européenne.

L’élection présidentielle étasunienne est un rendez-vous qui fait parler dans le monde entier tous les 4 ans. Et pour cause, en tant que leader mondial, la politique menée par les Etats-Unis, et donc par son administration fédérale, a un impact majeur sur la scène internationale. Qu’il soit question de concurrence économique, militaire ou culturelle, la position américaine vis-à-vis de ses alliés, ou de ses concurrents, est primordiale pour appréhender les enjeux diplomatiques contemporains. Durant les deux dernières décennies, la politique internationale des Etats-Unis a connu de grands bouleversements, d’abord avec l’administration Obama et la “smart strategy” puis avec la doctrine de l’”America first” de Donald Trump. A moins de deux mois de l’élection présidentielle, l’Union européenne se retrouve spectateur d’un tournant que pourrait représenter l’élection de Joseph Biden, ou bien la réélection de Donald Trump, dans ses relations avec les Etats-Unis.

La diplomatie américaine à l’aune de la multipolarité sous l’administration Obama

Lorsque Barack Obama entre en fonction en 2009, le monde a déjà bien mué depuis la fin de la Guerre froide. Bien que son prédécesseur, Georges W. Bush, se refusait à l’admettre, les Etats-Unis ne sont plus une hyperpuissance dominant seule. Le monde est multipolaire. Ainsi le Président Obama va baser sa politique étrangère, la « smart diplomacy », sur trois piliers : les alliés, le marchandage et l’équilibre des forces. En admettant le monde comme étant multipolaire, le dirigeant américain assume la relativité de la puissance américaine et l’indéniable instabilité de la scène internationale [1], une vision considérée alors comme défaitiste par le camp républicain.

Les Etats-Unis vont alors encourager une « multipolarité avec multilatéralisme » grâce à la « diplomatie des sommets », avec des engagements hétérogènes mais généralement peu contraignants. C’est ainsi que dans une logique de burden-sharing (partage du fardeau) militaire et civil, Barack Obama va lors de son premier mandat se rapprocher de l’Union européenne, qui était elle pour partie en recherche du leadership américain. Mais, dès la première mise en œuvre de cette nouvelle coopération en Afghanistan, il va se heurter à la réalité de la politique étrangère européenne qui est quasi-inexistante. L’idée de « La puissance et la faiblesse » développée par Robert Kagan [2] démontre bien la faible compatibilité des politiques étrangères européenne et américaine. Dès lors, les Etats-Unis ne vont cesser de requérir plus d’ambition du côté de leurs partenaires qui, eux, estiment déjà en faire suffisamment.

Ce refus va faire évoluer sa politique étrangère lors de son second mandat. Les Etats-Unis requièrent un alignement sur leurs positions de la part de leurs alliés, sinon quoi ils agiront désormais seuls. Joe Biden, alors Vice-Président, déclarait à propos de l’Union Européenne devant des responsables à Munich « Nous travaillerons en partenariat avec vous quand cela sera possible. Nous agirons seuls seulement quand nous le devrons ».

La relation entre l’Union européenne et les Etats-Unis reste donc très pragmatique. Les Etats-Unis souhaitent conserver un certains leadership, mais ce qui leur est désormais impossible seuls. L’Union européenne quant à elle a besoin des Etats-Unis, mais n’a pas réussi à satisfaire à ses attentes.

Trump et la doctrine de l’America First

Barack Obama n’a certes pas été le Président le plus europhile de l’histoire américaine, mais son successeur s’est révélé être un interlocuteur bien plus difficile pour l’Union européenne. Le scepticisme du Président américain vis-à-vis des européens s’est rapidement dévoilé par la nomination de John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale, qui a apporté son soutien à Boris Johnson et au Brexit. Avec ou sans accord de Brexit, le conseiller présidentiel avait déclaré en août 2019 vouloir soutenir le Royaume-Uni, notamment à travers un accord commercial privilégié pour soutenir l’économie britannique et ne plus passer par l’Union européenne. Car même si John Bolton a finalement été remercié de ses fonctions, Donald Trump continue à considérer l’Union européenne comme un obstacle à la puissance américaine et au libre-échange.

En effet, le Président sortant a déclaré l’Union européenne comme étant, avec la Russie et la Chine, un “ennemi” des États-Unis, du moins sur le plan commercial. Selon lui, les États européens “profitent” des États-Unis, preuve en serait le déficit commercial enregistré avec l’Union. C’est d’ailleurs en raison de ce déficit que Donald Trump a menacé de taxer massivement des produits européens, notamment les voitures à hauteur de 25%.

Bien que la menace n’ait pas été mise à exécution, le Président est convaincu que la puissance des États-Unis passe avant tout par leur liberté et leur autonomie vis-à-vis du reste du monde.C’est pourquoi il tente autant que possible de se retirer de nombreux accords multilatéraux et de conflits internationaux. Sa doctrine “America First” l’a notamment conduit à se retirer des Accords de Paris sur le climat, de l’Accord sur le nucléaire iranien, ou encore de retirer un grand nombre de troupes américaines d’Irak ou d’Afghanistan.

Chacune de ses décisions a été lourde en conséquences, mais le Président américain place ses priorités au-dessus des enjeux internationaux, et tente d’atteindre ses objectifs par des coups médiatiques et en jouant la carte de l’isolationnisme. Ainsi, dans le cas d’une réélection de Donald Trump, l’Union européenne ne pourra compter sur le soutien des Etats-Unis dans sa politique internationale et commerciale, et devra se montrer plus forte pour rivaliser avec le concurrent outre-Atlantique.

Biden comme Président, un retour à la diplomatie de l’avant Trump ?

La victoire à l’élection présidentielle de Joe Biden sur Donald Trump induirait indubitablement un tournant dans la politique interne et externe des Etats-Unis. Pour autant, afin de pouvoir instaurer ce changement tant espéré par les démocrates, il est nécessaire pour leur candidat de remporter une victoire nette, sans quoi une période d’instabilité comme jamais vu depuis des décennies s’ouvrirait aux Etats-Unis, en raison du refus probable du candidat républicain d’accepter la défaite.

Il reste que la probabilité d’une victoire de Joe Biden, et le renversement de la politique étrangère de Donald Trump, en ravira plus d’un de l’autre côté de l’Atlantique. Un scénario qui ne ravirait cependant pas des pays comme la Pologne ou encore en-dehors de l’Europe Israël ou les Emirats Arabes Unis. Pour les optimistes, il convient cependant de ne pas se bercer d’illusions. Tout d’abord, l’ancien Vice Président de Barack Obama ne serait investi qu’en janvier 2021 et mettrait plusieurs mois à mettre en place son administration. Son action ne serait donc pas immédiate. Quand bien même, une fois établie, les Etats-Unis ne ressembleront pas au pays imaginé en réaction à Donald Trump et sa politique étrangère. Les Etats-Unis n’ont jamais été un pays porté sur le multilatéralisme, en témoigne la “période unipolaire” de l’ère Clinton [3]. C’est un vrai danger de croire à un retour au monde d’avant, qui ne se fera sans doute pas. Il reste que, sans aucun doute, Joe Biden sera un interlocuteur bien plus agréable et ouvert que l’actuel Président américain.

La présidence Biden pourrait cependant offrir aux européens l’occasion de s’affirmer en tant que véritable puissance sur la scène internationale. A la vue des circonstances actuelles, les Etats-Unis ne refuserait sans doute pas cette démarche, bien trop occupés avec la crise économique et la Chine. Ils pourraient même désormais voir en l’Union européenne un véritable allié, voir un égal, qui s’engage véritablement dans sa politique extérieure [4]. Cela permettrait de ne pas réitérer l’erreur faite sous l’administration Obama, que fut celle de vouloir dépendre des Etats-Unis. Ainsi, la victoire de Biden ne doit pas faire naître dans l’Union européenne des sentiments d’euphorie. Cependant, il y a ici une réelle occasion à saisir, à laquelle il faut se préparer dès maintenant.

Sources :

L’AMERIQUE DE BARACK OBAMA A L’AUNE DE LA MULTIPOLARITE, Alexandra de Hoop Scheffer (http://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/art_ahs.pdf)

“Le monde selon Hubert Védrine” [Interview de P. Boniface] (https://youtu.be/2qgM6Yz6sOw)

Robert Kagan, « La puissance et la faiblesse »

https://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/donald-trump/donald-trump-estime-qu-il-est-temps-de-negocier-un-accord-commercial-avec-l-union-europeenne-6730390

Notes

[1L’AMERIQUE DE BARACK OBAMA A L’AUNE DE LA MULTIPOLARITE, Alexandra de Hoop Scheffer (http://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/art_ahs.pdf)

[2Robert Kagan, « La puissance et la faiblesse »

[3Les Etats-Unis et le multilatéralisme depuis le 11 septembre, Jussi M. Hanhimäki,(https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2011-3-page-507.htm#no10)

[4“Le monde selon Hubert Védrine” [Interview de P. Boniface] (https://youtu.be/2qgM6Yz6sOw)

Vos commentaires

  • Le 20 septembre à 04:43, par Hugo Garcia Cotte En réponse à : Elections américaines : quel candidat est le meilleur pour l’UE ?

    L’avantage de Trump, c’est qu’on peut voir clair dans son jeu. Ce qui permet à l’Europe de comprendre qu’elle doit se débrouiller seule. Avec Biden, on risque de nouveau de baisser notre garde et se laisser endormir par le sort power américain. Je suis convaincu que Bojo et Trump on fait beaucoup plus pour l’unité européenne que Obama et autres.

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