Alors que l’Europe entière connaît une forte montée des idées d’extrême droite illustrée par l’arrivée au pouvoir de dirigeants d’extrême droite, la Suède connaît un processus contraire où l’extrême droite tend à reculer au profit d’une large coalition de gauche.
51,3%. Selon France24, c’est le score (préliminaire) que la coalition de centre-gauche d’opposition a obtenu lors des élections législatives qui se sont tenues en Suède, le dimanche 13 septembre dernier. Cette coalition sociale-démocrate faisait face à la coalition de gouvernement sortante de droite soutenue par l’extrême droite. Contrairement aux dynamiques européennes, l’extrême droite recule en Suède au profit de la Social-démocratie suédoise. Comment comprendre cette différence ?
Les élections en Suède
Le 13 septembre 2026, les électeurs suédois ont eu la possibilité de s’exprimer pour des scrutins locaux (municipaux et régionaux) ainsi que pour des élections nationales : les législatives. Ces élections servent à élire les 349 députés du Riksdag, le Parlement suédois, puis dans un second temps le chef du gouvernement suédois (Premier ministre).
Le système électoral des élections législatives suédoises se joue à deux niveaux : au niveau local et national. Sur les 349 places au Parlement suéois, 310 sont à pourvoir au niveau local dans 29 circonscriptions électorales du pays. Le nombre de députés par circonscription dépend du nombre d’habitants. Les 39 autres députés sont attribués aux partis avec le plus de suffrages exprimés au niveau national afin de rapprocher la composition électorale du Parlement avec le résultat national de chaque liste. Autre particularité dans ce système électoral, les Suédois ont - depuis 1988 - la possibilité de faire un vote préférentiel, c’est-à-dire qu’en plus de voter pour un parti, ils ont la possibilité d’y ajouter le nom d’un député qu’ils souhaitent particulièrement voir élu. Si celui-ci obtient au moins 8% des suffrages, il fera alors son entrée au Parlement suédois.
La vie politique suédoise étant morcelée entre plusieurs partis politiques, les Suédois ont eu la possibilité de voter entre plusieurs partis de droite ou de gauche. Cependant, comme l’explique Libération, les deux bords ont décidé d’arrangements électoraux consistant à se répartir les députés sur les circonscriptions, un peu à la manière du Nouveau Front Populaire. Ainsi, à droite, le Premier ministre actuel Ulf Kristersson, a mené une alliance de droite, composée de plusieurs partis de droite, soutenue par le parti d’extrême droite suédois des Démocrates de Suède. Tandis qu’à gauche, Magdalena Andersson, ancienne cheffe du gouvernement (2021-2022), a été à la tête d’une large alliance de centre-gauche comprenant des partis centristes, les sociaux-démocrates et les écologistes, ou encore le Parti de gauche.
Le combat des propositions : le pouvoir d’achat versus l’immigration
Après une campagne serrée tournée autour des enjeux de pouvoir d’achat, d’éducation, de santé, d’immigration et de sécurité, c’est l’alliance des partis de centre-gauche qui a remporté ces élections avec 51,3% des suffrages. Comme l’explique le journaliste suédois Erik Norman, ces partis se sont distingués par des mesures phares comme la taxation des grandes fortunes ou encore la promesse d’organiser un référendum d’ici 2030 pour proposer l’entrée de la Suède dans la zone euro.
Ce qui a fortement marqué ces élections c’est le recul de la droite et de son pacte Tidö (du nom du château de Tidö où l’accord d’alliance a été conclu). En effet, après un succès en 2022 en amenant à l’agenda politique les questions d’immigration et d’insécurité, le Premier ministre de droite a cherché à défendre son bilan en promouvant ses mesures qui ont fait de la Suède un des pays les plus restrictifs d’Europe en termes d’immigration. Cependant, comme l’explique Jonas Hinnfors, professeur émérite de sciences politiques à l’université de Göteborg, dans des propos relatés par Le Monde, malgré des résultats positifs notamment sur la baisse du taux d’homicide, “l’alliance avec les Démocrates de Suède a aussi coûté”. Ce rapprochement a, en effet, beaucoup coûté au parti des Modérés. Il a débuté avec la signature du pacte de Tidö, signé en octobre 2022, qui a permis aux Démocrates de Suède de faire partie de la majorité gouvernementale sans toutefois bénéficier de place au sein des différents ministères.
Cependant, la dynamique a changé lors de la campagne de 2026 avec une promesse faite par Ulf Kristersson. Il a annoncé vouloir laisser des portefeuilles ministériels aux Démocrates de Suède, comme le ministère de l’Immigration. C’est une déclaration que le chercheur suédois qualifie “d’erreur de stratégie”. Autre problème pour la droite suédoise, la coalition avec plusieurs partis de droite l’a contraint à parler majoritairement d’immigration et de sécurité en laissant d’autres sujets de côté. Ce “choix” a donc laissé une porte d’entrée pour l’alliance de centre-gauche qui a cherché à s’imposer dans le champ politico-médiatique en portant des mesures sur d’autres sujets de société.
En effet, Le Monde explique que l’alliance social-démocrate a cherché à s’imposer sur des sujets liés à la qualité des services publics et en alertant sur le recul de l’État de droit en Suède. Ainsi, malgré quelques lacunes sur les questions de migration et de sécurité, ils ont su mettre à l’agenda politique leurs idées. De nouvelles idées pour une nouvelle Suède.
Des résultats incertains
Selon Le Monde, la coalition de centre-gauche bénéficiait d’un large avantage dans les sondages les donnant gagnant à plus de 4 points de la coalition de droite. Cependant, la fin de campagne électorale a vu une mobilisation massive des grands patrons qui ont multiplié les tribunes dans la presse pour montrer leur opposition aux mesures économiques portées par la gauche notamment sur la taxation des grandes fortunes.
Ainsi, les résultats se montrent plus serrés que prévu avec une légère avance pour la coalition de centre gauche qui se voit créditée de 51,3% des suffrages contre environ 47% pour la coalition de droite.
Malgré une victoire provisoire des partis de centre-gauche, Magdalena Andersson, pressentie pour le poste de Première ministre, devra composer une majorité gouvernementale avec plusieurs partis aux intérêts et idées différentes. Elle lui reviendra donc de ne pas dénouer cette alliance fraîchement créée avec les partis de centre et de gauche.
Néanmoins, ces résultats sont porteurs de plusieurs messages importants pour l’Europe. Tout d’abord “le ras-le-bol de l’Europe” que beaucoup de partis d’extrême droite essayent de promouvoir ne constitue pas une généralité, beaucoup de citoyens restent accrochés aux valeurs européennes. Aussi, la montée des idées d’extrême droite n’est pas une finalité, elle peut être combattue en portant des mesures courageuses et novatrices pour donner aux citoyens ce qu’ils souhaitent : du changement. La France a beaucoup à tirer de ces élections. Pour 2027, rien n’est encore joué.
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