Le bilan du président sortant Marcelo Rebelo de Sousa
Le président sortant Marcelo Rebelo de Sousa a été élu en 2016, puis réélu en 2021. A chaque élection, il gagne dès le premier tour à l’instar de ses prédécesseurs Jorge Sampaio (1996-2006) et Aníbal Cavaco Silva (2006-2016). Le dernier président élu au deuxième tour fut le socialiste Mário Soares (1986-1996) face au conservateur Diogo Freitas do Amaral en 1986.
Au cours de son premier mandat (2016-2021), Rebelo de Sousa a bénéficié d’une très grande popularité grâce à sa proximité avec le peuple. Il a même attiré l’attention de la presse étrangère à cause de sa sympathie et sa simplicité – il n’a jamais hésité à prendre des selfies avec les jeunes ou à aller à la plage sans son personnel de sécurité. Mais au cours de ses dix années de présidence, « Marcelo », comme il est communément appelé par les Portugais, a aussi été confronté à une série de blocages politiques et des polémiques le concernant.
En 2016, il débute son mandat par une cohabitation avec un gouvernement socialiste dirigé par António Costa (2015-2024). En effet, Rebelo de Sousa est affilié au Partido Social Democrata, un parti de centre-droit. Ce n’est qu’après les élections législatives anticipées de 2024 – provoquées par la démission d’Antonio Costa suite à une accusation de corruption – que le gouvernement est de nouveau dirigé par son parti. Il est le président qui a le plus de fois dissolu l’Assemblée de la République – à quatre reprises, dont trois au cours de son deuxième mandat. Sa cote de popularité a surtout baissé après le scandale des « jumelles » impliquant son fils qui aurait utilisé sa position pour permettre à de petites filles d’avoir un accès privilégié à un médicament très couteux… Le président Rebelo de Sousa s’est alors affirmé comme un bon communiquant mais un mauvais gestionnaire de crise.
Une campagne… qui divise
Le Portugal a un régime semi-présidentiel. Il est communément accepté que le président de la République Portugaise a un rôle de « modérateur » et, par conséquent, il doit être « indépendant » des partis politiques. Les candidats peuvent se présenter en tant qu’indépendant ou avec le soutien d’un ou plusieurs partis politiques. Ces élections présidentielles ont compté onze candidats éligibles. Après deux mandats successifs, la Constitution portugaise ne permet pas à un président de se porter candidat une troisième fois. C’est pourquoi, Marcelo Rebelo de Sousa ne s’est pas présenté une nouvelle fois. Parmi les principaux candidats, le socialiste António José Seguro a fait son retour sur la scène politique après plus de dix ans d’absence. En 2014, il avait démissionné de la direction du Partido Socialista après avoir perdu les primaires ouvertes – organisée pour désigner le chef de file du parti pour les élections législatives de 2015 – face à António Costa, qui est devenu premier-ministre en 2015 et qui est aujourd’hui président du Conseil européen. Le président du parti d’extrême-droite CHEGA, André Ventura, s’est une nouvelle fois présenté aux élections présidentielles. Il avait déjà été candidat en 2021 et était arrivé en troisième place.
Luís Marques Mendes s’est présenté comme le candidat issu du Partido Social Democrata, parti politique qui est actuellement au gouvernement. L’un des candidats les plus médiatiques de la campagne est l’ancien chef d’Etat-major de la Marine, Henrique Gouveia e Melo, connu pour avoir coordonné le plan de vaccination de COVID-19. Le député européen João Cotrim de Figueiredo, qui siège au sein du groupe Renew Europe, s’est aussi lancé dans la quête de « Belém » (en référence au Palais de Belém, résidence officielle du Président de la République). Au cours de la dernière semaine de campagne, il est accusé de harcèlement sexuel par son ancienne collaboratrice. Enfin, la seule femme candidate aux élections présidentielles est Catarina Martins, député européenne qui siège au sein du groupe de la Gauche européenne (GUE/NGL).
Pendant la campagne, aucun des candidats ne s’est imposé comme « grand favori ». Au cours des dernières semaines, les sondages ont alterné le nom des candidats qui seraient présents au deuxième tour. Les résultats du premier tour n’étaient donc pas faciles à prévoir…
Les résultats du premier tour
Le socialiste António José Seguro est largement arrivé en tête des élections avec 31% des votes. Il est suivi par André Ventura qui a recueilli 23% des voix. À son tour, le libéral Cotrim de Figueiredo s’est placé en troisième position avec 16% malgré les accusations de harcèlement sexuel au cours de la dernière semaine de la campagne. Les deux grands perdants de ces élections sont Gouveia e Melo (12%), annoncé comme « l’homme providentiel » au cours de la dernière année… ainsi que Marques Mendes (11%), le candidat du parti du gouvernement actuel. Pourtant, jusqu’au début du mois de janvier, ce dernier apparaissait encore en tête des sondages. Il s’agit d’une défaite pour le parti au pouvoir. Finalement, Seguro a bénéficié de la répartition du vote de droite entre les différents candidats et en concentrant tous les votes de gauche, faute de candidats convaincants dans cette partie de l’échiquier politique – Catarina Martins n’a obtenu que 2%.
Si António José Seguro est arrivé en tête dans le territoire national (également 31% des voix), André Ventura a largement gagné dans la diaspora portugaise atteignant 41% contre 23% pour le socialiste. Pour le député des Portugais de l’étranger, José Dias Fernandes, les partis traditionnels ont disparu de la diaspora. Plus globalement, Ventura a connu une progression importante depuis les élections de 2021 – dimanche, il a réussi à tripler son résultat.
Dorénavant, le choix du prochain président de la République portugaise se joue entre Seguro et Ventura. Plusieurs personnalités politiques se sont déjà prononcées pour former un « front démocratique » face à l’extrême-droite. Cependant, le premier-ministre Luís Montenegro a affirmé ne soutenir publiquement aucun des deux candidats. Il s’agit d’une posture prudente étant donné que l’issue du prochain scrutin est trop incertaine pour affirmer son soutien à l’un d’entre eux. Le parti au gouvernement ne bénéficie que d’une majorité relative au sein de l’Assemblée. Par conséquent, le gouvernement de Montenegro ne peut pas se permettre de compromettre ses relations avec le futur président, qu’il soit socialiste ou extrémiste de droite. Dorénavant, il ne manque plus qu’à patienter le 8 février pour connaitre le verdict final des citoyens portugais.

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