A l’issue du discours sur l’état de l’Union, l’ensemble des groupes politiques ont été invités à exposer leur lecture des annonces faites par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. De la souveraineté nationale à l’approfondissement du projet européen, en passant par la compétitivité et les urgences sociales et climatiques, les réactions ont une nouvelle fois mis en exergue les fractures idéologiques habituelles.

L’obsession industrielle et technologique : la bataille de la compétitivité

Les arguments centraux de ce débat se sont d’abord focalisés sur l’économie, l’innovation, le marché du travail et le poids des réglementations européennes. Le Parti populaire européen (PPE) rappelle que placer l’intelligence artificielle (IA) au cœur de l’action de l’Union européenne est nécessaire et doit s’inscrire dans le contexte géopolitique mondial. Il insiste également sur la nécessité d’adapter cette transition à l’offre de travail et aux dynamiques des marchés dans nos sociétés.

Le groupe Renew Europe, quant à lui, souhaite développer une « arme industrielle forte » pour que l’UE devienne indispensable sur la scène internationale. En effet, la présidente du groupe libéral Valérie Hayer a déclaré que « Si Trump nous met des tarifs douaniers, alors on répond collectivement par des tarifs douaniers » et propose la mise en place d’un Pacte de Sécurité économique contre la coercition commerciale.

Par ailleurs, le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) tire la sonnette d’alarme face à la perte de compétitivité de l’industrie européenne et dénonce le coût élevé des nouvelles institutions et agences, jugées incapables de relancer l’économie réelle. L’eurodéputé polonais, président de la formation de droite radicale, Patryk Jaki évoque d’ailleurs le déclin du secteur industriel : « les prix de l’énergie ont augmenté de 100 % au cours de votre mandat ».

À l’opposé de l’échiquier politique, le groupe de La Gauche (The Left) met en garde contre la fragilisation de la compétitivité européenne qu’il estime particulièrement visible au cours de l’été. Enfin, l’Europe des nations souveraines (ESN) demande la réduction drastique de la bureaucratie et exige que les intérêts directs des entreprises soient enfin priorisés.

Le front des frontières et de la souveraineté : vision fédérale contre repli national

Le débat migratoire a une nouvelle fois opposé les extrêmes et pose la question de la sécurité ainsi que de la gouvernance européenne. Le groupe d’extrême droite Les Patriotes pour l’Europe (PfE) dénoncent l’existence de « deux Europe ». D’une part, celle que PfE décrit comme la bureaucratie bruxelloise d’Ursula von der Leyen, très coûteuse, avec de nombreuses agences et des fonctionnaires surpayés, face à d’autre part l’Europe des peuples. Le parti réclame le retour à la souveraineté des États membres par le rétablissement de la protection des frontières nationales. Jordan Bardella qualifie la récente crise aux frontières de l’Espagne d’« invasion » et exige un durcissement radical ainsi que le combat contre ce qu’ils décrivent comme des « dérives islamistes ».

Des propos sur lesquels, l’Europe des nations souveraines (ESN), autre formation d’extrême droite du Parlement européen soutient et décrit une situation « catastrophique » avec des attaques directes aux frontières extérieures de l’Union. Il évoque notamment l’absence d’action déterminante de la Commission, comme élément constituant un aveu de désintérêt total. Plus précisément, l’eurodéputé allemand de l’AfD René Aust indique que « l’Europe forteresse n’est pas une forteresse du tout, et il faut agir immédiatement pour protéger nos frontières ».

Aux antipodes des positions des groupes souverainistes, Valérie Hayer, représentant Renew Europe, prône une « radicalité pro-européenne » pour faire barrage à la montée des extrêmes dans le contexte de la montée de l’extrême droite aux élections régionales allemandes. Le groupe exige l’application ferme et la non-déconstruction du Pacte sur la migration et l’asile.

Enfin, Manfred WEBER du Parti populaire européen (PPE) défend une dynamique d’action commune européenne, en soutenant que le traité sur la défense doit être remis à l’ordre du jour et plaide ainsi pour une Europe plus forte en matière de défense : « la réponse (à la menace russe) est liée à l’unité et à ce pilier européen de la défense ». Il compare le marché de la défense à l’euro, mais surtout à « l’inversibilité de l’unité européenne » derrière. En effet, selon lui, « Adenauer et Schuman avait bien compris cette dynamique » et le PPE souhaite remettre « au goût du jour ce traité (de la défense), c’est la promesse d’une paix durable en Europe ».

L’angle mort social et climatique : les urgences du quotidien

De nombreux reproches ont également été adressés à la Commission au sujet du pouvoir d’achat, des droits fondamentaux et de la crise environnementale. L’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), soutient tout d’abord que le projet européen ne peut être validé sans un investissement massif et une priorité accordée au logement accessible. Le groupe S&D rappelle également que l’Europe est un projet féministe et dénonce vigoureusement la remise en cause du féminicide et du droit à l’avortement par certains groupes parlementaires. Pour une Europe crédible à l’international, le groupe défend une confrontation avec Donald Trump par des actes concrets plutôt que par de simples discours.

Le groupe des Verts indique quant à lui que l’« été dévastateur » marqué par les feux et intempéries n’est que le premier d’une longue série et qu’il est absolument nécessaire de combattre la crise écologique collectivement à l’échelle de l’UE. Afin d’y arriver, l’eurodéputée écologiste allemande Terry Reintke indique sa volonté d’« enquêter sur les raisons pour lesquelles les institutions européennes se sont montrées si peu efficaces dans la mise en œuvre du Pacte vert ». Cela doit passer selon elle par « la création d’une commission d’enquête sur les lacunes dans l’exécution [...] du Pacte vert. »

Enfin, le groupe de La Gauche (The Left) dénonce une nouvelle fois le coût de la vie et fustige l’absence totale de propositions concrètes de la Commission pour répondre à la crise du pouvoir d’achat.