Entre vœux d’anniversaire et saluts d’adieux : l’OTAN a 70 ans

, par Sarah Diehl, traduit par Louis Gundermann

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Entre vœux d'anniversaire et saluts d'adieux : l'OTAN a 70 ans
La guerre en Irak était déjà un test pour la politique de sécurité des États-Unis et de l’Europe. 15 ans plus tard, la France critique à nouveau les plans américains au sujet de l’OTAN. Pixabay | Image de WikiImages | Licence Pixabay

L’OTAN, l’alliance militaire transatlantique, fête cette année son 70e anniversaire. On pourrait saluer une réussite, si les critiques ne fusaient pas de toutes parts à son endroit. De manière plus préoccupante encore, ce n’est plus exclusivement de Donald Trump, le président américain pas particulièrement connu pour son amour envers la coopération intergouvernementale, qui remet en question le sens de l’Alliance, mais aussi Emmanuel Macron. Le président de la République a affirmé récemment dans une interview à The Economist que l’OTAN était « en état de mort cérébrale ». L’occasion pour nous de faire le point sur le rôle et la nécessité de l’Alliance au XXIe siècle.

Le rôle de l’OTAN hier et aujourd’hui

Comme nous l’avons évoqué, deux chefs d’État, Donald Trump et Emmanuel Macron, ont déjà critiqué ouvertement l’OTAN en remettant son rôle en question, bien que pour des raisons différentes. Simultanément, un membre de l’OTAN, la Turquie, a, en envahissant les territoires du Nord de la Syrie, créé des tensions avec un autre membre de l’Alliance – en l’occurrence, le plus important : les États-Unis. C’est dans ce contexte que le président de la République a décrit une OTAN « en état de mort cérébrale ». Mais pourquoi cette critique ? Pour évaluer le rôle de l’OTAN aujourd’hui, il faut d’abord se pencher sur son histoire.

L’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) est une alliance militaire fondée en 1949 en réponse à une éventuelle menace militaire du bloc communiste. Elle a été conçue pour assurer la défense de l’Europe de manière collective sous parapluie américain. La pierre d’angle en est la clause de défense mutuelle : une agression envers un membre de l’OTAN est considérée comme une agression envers l’ensemble des membres de l’Alliance et donne donc lieu à une réponse, collective. Cette défense est garantie à la fois par des moyens conventionnels et nucléaires. Un regard sur l’histoire suffit pour nous convaincre que l’Alliance a rempli cette mission avec succès : un conflit militaire majeur en Europe n’a pas eu lieu jusqu’à présent.

Pourtant, l’année 1991, au plus tard, marque un tournant : avec l’effondrement de l’Union soviétique, le pacte de Varsovie – l’alliance militaire du bloc de l’Est – prend également fin. L’alliance perd ainsi son ennemi héréditaire. Pour l’OTAN, se pose alors la question de sa raison d’être et de ses devoirs futurs. Auparavant, sous la guerre froide, il y avait souvent eu des conflits entre partenaires, surtout en ce qui concerne la répartition des coûts et la cohésion politique interne. Cependant, ces conflits atteignent un tout autre niveau après la disparition de la menace principale. L’Alliance passe la quasi-totalité des années 1990 à chercher une stratégie commune. Cela eut pour conséquence l’incapacité de répondre de manière adéquate aux conflits, comme celui en ex-Yougoslavie.

Parallèlement, après la fin de la guerre froide, l’Alliance s’élargit vers l’Est. Cela a, certes, accru le poids de l’OTAN, mais davantage de membres signifie également davantage d’intérêts divergents : voilà qui ne simplifie pas la prise de décision ! On le voit, par exemple, à l’attitude de l’organisation vis-à-vis de la Russie : alors que les pays d’Europe orientale et les pays baltes, par peur d’une agression russe, insistent toujours davantage sur le maintien d’un lien étroit avec les États-Unis, certains pays d’Europe de l’Ouest et du centre voudraient au contraire esquisser un rapprochement avec la Russie. De même, en Syrie, deux membres de l’Alliance – les États-Unis et la Turquie – poursuivaient des objectifs très différents.

Critiques envers l’OTAN

Pourquoi donc entendons-nous autant de critiques au sujet de l’Alliance atlantique en ce moment ? Premièrement, il y a le conflit sur le partage des charges financières, qui existe depuis le début de l’Alliance, mais qui n’a pas encore été résolu. Or, le président américain est en train de le raviver. À ce sujet, l’objectif des 2 % revient souvent sur le tapis. Cet accord est né en 2014 et prévoit que les États membres consacrent 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’effort de défense afin de répartir plus équitablement les coûts de la sécurité commune.

Ici, la principale source de controverse repose sur l’attitude de certains pays membres qui sont loin de répondre à cet objectif – en particulier l’Allemagne, avec seulement avec 1,38 % de son produit intérieur brut actuellement. C’est pourquoi Donald Trump a même remis en cause l’obligation d’assistance en cas d’agression, du moins tant que les partenaires européens se comportent en « resquilleurs » et n’apportent pas une part équitable au budget de l’Alliance. On est en droit de se demander si cette considération unilatérale a du sens, car c’est surtout la manière dont les fonds sont utilisés, et non le montant fourni, qui importe. D’ailleurs, l’objectif de 2 % n’est pas juridiquement contraignant.

Mais ce n’est pas seulement à cet égard que l’actuel locataire de la Maison-Blanche pose problème aux pays membres de l’OTAN. L’absence d’un commandement américain clair, d’une Amérique attachée à l’Alliance et reconnaissant sa nécessité, questionne les partenaires européens et renforce une division croissante. Le manque d’unité résultant des intérêts divergents des États membres a toujours été un problème, mais il devient prépondérant aujourd’hui.

Le président de la République française en a également fait allusion dans ses récentes critiques à l’égard de l’OTAN : les États-Unis sous Donald Trump ne considèrent plus, pour la première fois de leur histoire, les États européens comme des partenaires naturels et doutent donc du sens de l’Alliance atlantique. La principale justification du discours isolationniste de Donald Trump est l’absence d’un intérêt direct des USA dans la défense de l’Europe et la sensation que les États membres de l’OTAN profitent des Américains. Ce revirement américain conduit les gouvernements européens à diminuer leur confiance en l’Alliance. Ainsi, l’Union européenne discute de plus en plus, depuis 2017, de la création éventuelle d’une défense commune autonome, comme le propose avec insistance l’Élysée.

Bilan et perspectives

L’Alliance, compte tenu de toutes ces difficultés, qui touchent à son concept même, deviendra-t-elle insignifiante ? Il est certain que tous ces défis existent depuis le début de l’organisation. Malgré tous les oiseaux de mauvais augure, piaillant de plus belle depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN fête déjà cette année son 70e anniversaire. Tant les membres européens de l’Alliance atlantique que les États-Unis restent dépendants de l’OTAN face aux défis géopolitiques actuels. Il n’est donc pas exagéré de dire que si, au XXIe siècle, l’OTAN n’existait pas, il faudrait l’inventer. Et cela pour plusieurs raisons.

Premièrement, le retour du pouvoir et de la géopolitique. Le triomphe de la démocratie alliée à celui de l’économie de marché dans le monde entier que prédisait au début des années 1990 Francis Fukuyama en proclamant sa « fin de l’Histoire » n’a pas eu lieu. Au contraire, on observe au XXIe siècle une (re-)montée des forces autoritaires : d’abord en Russie et en Chine, deux pays qui expriment aujourd’hui ouvertement leur volonté de puissance. Ce n’est qu’ensemble que les États occidentaux pourront former un contrepoids à cette situation.

En outre, de nouveaux défis sont apparus. Il s’agit notamment de la menace posée par le terrorisme et les nouvelles possibilités offertes par la révolution numérique : la cyberdéfense ou les nouvelles guerres de l’information. Le passé a montré qu’il est difficile pour un État seul de résoudre ces problèmes mondiaux. Cela s’applique même à ceux qui sont particulièrement puissants, comme les États-Unis. Là réside peut-être la raison pour laquelle le président américain n’a pas encore concrétisé ses menaces d’abandonner les Européens à leur sort, malgré ses provocations régulières. L’OTAN peut fournir un cadre pour faire face ensemble à ses menaces.

Du point de vue européen en particulier, il est également essentiel que l’Alliance atlantique continue d’exister, car une défense commune et effective est encore loin d’être une réalité. Sans le bouclier de l’Alliance atlantique, l’Europe serait beaucoup plus vulnérable. Il n’est donc pas surprenant que d’autres dirigeants, comme Angela Merkel, aient contredit de manière ferme Emmanuel Macron.

Finalement, il apparaît que l’OTAN n’est certainement pas obsolète en cette année 2019, malgré ses conflits internes. Au contraire, ses pays membres devraient collaborer plus étroitement pour résoudre ensemble les nouveaux défis du XXIe siècle.

Vos commentaires

  • Le 17 décembre 2019 à 14:37, par roux En réponse à : Entre vœux d’anniversaire et saluts d’adieux : l’OTAN a 70 ans

    L’otan est mort car quand 2 allies se battent se ne sont plus des allies. L’OTAN va se scinder en 2 clans les pros turcs et les pros kurdes. Durant la 2eme guerre mondiale la France a fait les frais d’une traitrise de son principal allie (mer el kebir) et les conséquences en furent la collaboration avec les nazis. Alors quand Angela Merkel vend sa fierté à D.Trump pour un meilleur accord sur la voitures allemandes en Amérique ce n ’est uniquement L’OTAN qui est mort mais l’Europe entière

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