Entretien avec Olivier Breton, Directeur de la publication de la revue « Européens »

, par Louise Guillot

Entretien avec Olivier Breton, Directeur de la publication de la revue « Européens »
Couverture du premier numéro de la revue « Européens » parue le 28 janvier 2019.

Le 4 février 2019, la rédaction du Taurillon a rencontré Olivier Breton, le fondateur et directeur de la publication du magazine Européens. Européens est né dans les traces du magazine franco-allemand Paris-Berlin dont il prend la suite, et est disponible en kiosques depuis le 28 janvier. Le Taurillon s’est donc entretenu avec Olivier Breton pour en savoir plus sur la genèse de ce projet, qui tente de raconter l’Europe en 160 pages chaque trimestre, et sur ses ambitions pour la suite.

Le Taurillon (LT) : Vous venez de lancer Européens, qui prend la suite de Paris-Berlin, pouvez-vous nous présenter ce projet en quelques mots ?

Olivier Breton (OB) : Nous avons développé Paris-Berlin pendant une douzaine d’années et nous nous sommes rendus compte au fil de l’eau que nous tournions un peu en rond autour de la question du franco-allemand. D’autres part nous nous la trouvions plus très actuelle, plus très opérationnelle. Au-delà de ça est née la conviction que le franco-allemand fonctionnait en vase-clôt, était parfois trop exclusif, voire travaillait à ne pas intégrer d’autres pays européens. En effet, on peut penser que l’Italie, la Hongrie, l’Autriche sont le résultat d’une politique franco-allemande trop centrée sur elle-même. Donc partant de ce principe, nous avons décidé de travailler à convertir les lecteurs de Paris-Berlin, qui sont assez nombreux (ndlr : tirage entre 6000 et 12000 exemplaires depuis 2004). Nous leurs avons expliqué cette démarche et le nouveau projet éditorial que nous leurs proposions : aller vers une Europe élargie, tout en tenant compte du franco-allemand, et en allant au-delà pour montrer comment se déploie l’idée européenne.

LT : Comment vos lecteurs ont-ils réagi ?

OB : Suite à cette explication, nous avons reçu 300 lettres de soutien et 22 demandes de désabonnement, ce qui nous a convaincu que nous étions sur la bonne voie, n’en déplaise au franco-allemand qui focalise aujourd’hui toutes les attentions politiques et économiques. Nous avons pensé qu’il était bien d’aller vers un point de vue élargi, avec quelques convictions. Premièrement, celle que l’idée européenne fait son chemin, et quand on fait un retour en arrière on se rend compte combien cette idée a progressé dans les mentalités, comme l’indique le dernier sondage Eurobaromètre (ndlr : 62% des Français se sentent citoyens européens en novembre 2018 d’après Eurostat). Deuxièmement, celle que le politique ne répondait pas aux attentes des citoyens. Partant de ce constat, nous nous sommes dit que nous allions travailler beaucoup plus les aspects sociétaux, économiques de l’Europe et faire l’impasse sur les problématiques de technocratie et de politique européenne. Pour faire court, ne pas parler de Bruxelles.

LT : Quel est le public que vous espérez atteindre avec Européens ?

OB : Nous avons décidé de faire une revue grand public, comme Paris-Berlin l’était. Evidemment, nous sommes conscients qu’il y a une certaine frange de la population qui vit l’Europe, qui en profite, qui en saisi les opportunités. Mais nous voulions justement responsabiliser ce public sur la nécessité de déployer l’idée européenne vers les gens qui sont moins privilégiés. Notre public c’est les 25-40 ans de la génération Erasmus, mais avec la volonté de transmettre ces convictions des bienfaits de l’Europe. Nous n’excluons pas les décideurs et les leaders d’opinion, mais nous savons aussi que la génération 50-70 ans est davantage dans la défense de son périmètre d’action que dans la transmission. Ce qui nous intéresse c’est de transmettre l’idée européenne, de montrer l’Europe comme une terre d’opportunités, de possibilités. Montrer que ce qu’on ne peut pas faire en France, on peut le faire ailleurs, et inversement. En somme, d’ouvrir ce terrain de jeu au plus grand nombre. Nous sommes convaincus que si cette idée européenne n’arrive pas à être déployée, c’est pour une large part la cause de la dérive des populismes qu’on peut voir ça et là. Nous nous sommes inspirés du travail d’Eric Fottorino et François Bunel avec America, qui est un travail assez complexe, même si America a un axe littéraire et de création littéraire, ce qui n’est pas notre cas. Nous savons que nous avons un public à qui il faut donner des clés de langage, des solutions, des arguments pour dire combien l’Europe est mieux que pas d’Europe du tout. Pour autant, nous ne sommes pas des européistes naïfs.

LT : Justement, avez-vous imaginé et construit Européens comme un plaidoyer pour la poursuite de l’intégration et du projet européen ?

OB : Pas du tout, nous pensons que le projet européen avance et que l’intégration actuelle n’est pas optimale et que beaucoup peut encore être amélioré. Ceci dit, nous savons aussi sur quels fondamentaux reposent l’Europe et nous nous appuyons dessus. Nous avons un discours plutôt positif, ou critique constructif sur l’Europe. Pour qui travaille depuis longtemps sur l’Europe, il n’y a qu’à regarder derrière soi pour voir le chemin parcouru, pour voir qu’aujourd’hui le Brexit ne fait plus école en Italie et ailleurs. On ne parle plus de Grexit ou de Frexit. Aujourd’hui, s’il fallait revoter au Royaume-Uni, tous les sondages donnent les partis du camp du « rester dans l’Union européenne » gagnants. De plus, il y a pour nous aujourd’hui une conjoncture favorable pour parler d’Europe largement. Il n’y a pas que le Brexit, il y a aussi différentes peurs qui pèsent sur nos modèles sociaux, différentes problématiques que nous avons aux frontières, que ce soit en Ukraine, en Crimée, à Chypre, etc.

LT : Quels types de contenus proposez-vous avec Européens ?

OB : Nous avons voulu cultiver une certaine originalité en proposant du contenu extrêmement long, en faisant ce qu’on appelle du « journalisme de solution » avec de la narration, des sujets longs qui ont vocation à emmener les lecteurs dans une histoire. Nos contenus sont pluriels et peuvent être de nature économique, culturel ou social, et la variation de ces contenus est pour nous très importantes. Il faut savoir que ces contenus ne sont pas faits que de France, ils sont aussi faits ailleurs. Une contrainte que nous avons est qu’il faut que ces contenus balayent le plus de pays européens possible dans leur champ narratif. Nous ne proposons pas un point de vue franco-français mais bien purement européen.

LT : Donc vous vous appuyez sur une équipe de journalistes présents partout sur le continent ?

OB : Nous nous appuyons sur le réseau de Paris-Berlin qui a été créé il y a une quinzaine d’années. Mais une difficulté pour nous est de trouver des journalistes qui savent écrire long, et on s’aperçoit que d’un point de vue générationnel, cette écriture du long terme s’est perdue. On retrouve des gens qui écrivent long quand ils viennent de l’univers romanesque, littéraire ou universitaire. Les journalistes savent écrire vite mais, en termes de rédaction et de style, certains sont moins attentifs. Donc nous travaillons à recruter des équipes qui partagent cette exigence du style, car nous pensons que le sens passe davantage par le style que par l’information. Aujourd’hui, l’information est partout et souvent gratuite alors que l’analyse et le commentaire ont une valeur ajoutée.

LT : Pourquoi avoir fait le choix du papier ?

OB : C’est pour une raison assez simple, les contenus papier sont mémorisés en moyenne à 67%, alors que les contenus web à 23%, donc nous avons privilégié la capacité du papier à imposer, à marquer, à garder des contenus qui dans les flux digitaux n’existent plus. Et on sait qu’un contenu qui stagne en ligne on l’oublie très vite, ce qui n’est pas le cas du papier. On sait que la trace papier a également une présence institutionnelle, sur laquelle on travaille, que n’a pas le digital.

LT : Quel futur développement envisagez-vous pour ce magazine qui paraîtra une fois par trimestre ?

OB : Nous avons tiré le premier numéro à 25 000 exemplaires, mais nous nous apercevons que ce n’est pas suffisant pour avoir une large présence en kiosques. Nous recherchons actuellement des co-éditeurs en Europe, à commencer par l’Allemagne, et nous espérons en trouver pour le prochain numéro qui sortira à l’occasion des élections européennes en mai 2019.

Retrouvez la revue Européens dès maintenant en kiosque, et bientôt en librairie : https://europeens.net/

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