Euro Rétro 1964 : Premier trophée pour l’Espagne, l’URSS perd son titre

, par Agnès Faure

Euro Rétro 1964 : Premier trophée pour l'Espagne, l'URSS perd son titre
Image d’illustration : Sarah Pflug from Burst

Alors que l’édition 2020 du championnat d’Europe des nations, voulue comme une édition anniversaire afin de célébrer les soixante ans de la création de la compétition se déroule finalement en juin 2021 dans douze pays différents, le Taurillon propose de revenir sur l’histoire du tournoi. Contexte politique, résultats sportifs, replongez en arrière et revivez ces chapitres du roman du football continental. La finale de la seconde édition de l’Euro a vu s’affronter l’Espagne avec l’Union soviétique dans une compétition qui dépassait le cadre sportif.

21 juin 1964. Lorsque la Roja espagnole rencontre pour la première fois la sélection soviétique, l’ambiance est lourde. Disputée en pleine Guerre froide, entre l’Espagne franquiste et l’URSS de Staline, la rencontre est éminemment teintée de considérations géopolitiques. C’est d’ailleurs en raison de cette rivalité que la même affiche avait été annulée quatre ans plus tôt.

1960 : URSS - Espagne, la rencontre fantôme

Pour comprendre ce qui se joue entre les deux nations le 21 juin 1964, un bref retour en arrière s’impose. En 1960, la jeune Union des associations européennes de football (UEFA) organise son premier tournoi européen, qui compte alors 17 participants. La compétition prend la forme de matchs éliminatoires aller et retour, avant de rassembler les demi-finalistes.

À ce moment-là, l’Espagne est au sommet du football européen grâce au Real Madrid qui enchaîne les trophées continentaux entre 1956 et 1960. L’URSS, elle, brille aux Jeux olympiques avec sa sélection nationale. Sans réelle surprise, les deux équipes se retrouvent face à face pour disputer leur accès au carré final. Un match aller (à Moscou) et un match retour (à Madrid) sont programmés.

Mais c’est là que la géopolitique fait son entrée sur le terrain : les deux pays n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Ayant accédé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État qui a débouché sur une guerre civile entre nationalistes et républicains, le général Franco pardonne peu à Staline d’avoir soutenu le camp adverse.

Sa rhétorique anticommuniste lui permet par ailleurs de revenir en grâce auprès de ses voisins européens, lui ouvrant la porte à une possible intégration dans l’OTAN et dans la CEE, permettant au régime de sortir de son relatif isolement sur la scène internationale. “Durant cette période d’isolement du pays, le football est alors l’un des meilleurs moyens de communication vis-à-vis de l’extérieur, surtout via les victoires du Real Madrid en Coupe d’Europe, et à travers les représentations de la sélection nationale”, explique Viktor Lukovic sur Footballski, un blog spécialisé sur le football en Europe de l’Est.

Ainsi, à l’approche du match, le général Franco suspend la rencontre en interdisant à ses joueurs de se rendre sur le sol soviétique. Motif invoqué : des soldats ayant combattu sur le front russe aux côtés de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale seraient retenus prisonniers en Sibérie. L’UEFA, qui espérait encore faire de sa première édition de l’Euro, une rencontre sans vagues, propose alors de faire jouer le match aller sur un terrain neutre. L’Espagne accepte, l’Union soviétique refuse.

Dans une impasse, la sélection ibérique est contrainte de déclarer forfait pour le reste de la compétition et se voit infliger une amende symbolique de 2 000 francs suisses par l’UEFA. Pour les joueurs de la Roja, la frustration est d’autant plus grande que beaucoup arrivaient au terme de leur carrière internationale. Ils assistent, impuissants, au sacre de leur adversaire fantôme au sommet d’un podium 100% soviétique, illustration éclatante de la stratégie communiste de faire du sport en général, du football en particulier, la preuve de leur supériorité idéologique, comme le détaille le blog PK Foot. Cinquante ans plus tard, cet affrontement avorté reste un épisode sensible pour certains joueurs de la Roja, observe So Foot.

1964 : l’Espagne contre-attaque

L’histoire ne s’arrête pas là pour autant. Quatre ans plus tard, les deux nations accèdent au carré final. Cette fois-ci, l’UEFA prend les devants et propose à l’Espagne d’accueillir les derniers matchs de la compétition, sous condition qu’elle ne boycotte pas une éventuelle rencontre avec l’URSS. Mais l’occasion est trop belle pour Franco (et sa propagande) de vaincre l’ennemi soviétique sur ses terres. La condition est acceptée, et les deux pays se retrouvent face-à-face en finale. Le 21 juin 1964 à Madrid, le stade Bernabeu de Madrid est comble. Avec 79 115 spectateurs, il s’agit encore aujourd’hui de l’affluence la plus élevée relevée dans un match de la compétition européenne.

Dès les premières minutes du match, Jesús María Pereda ouvre le score pour l’équipe espagnole sur un centre de Luis Suárez. Il est immédiatement imité par l’avant-centre soviétique Khusainov qui égalise deux minutes après. Les deux équipes passent le reste du match à se neutraliser. La rencontre opère un tournant lorsque le sélectionneur de l’équipe soviétique Konstantin Beskov décide de faire rentrer un milieu de terrain défensif supplémentaire avec Alexeï Korneïev, qui affaiblit de facto le potentiel offensif de l’équipe.

La Roja peut compter sur un Luis Suárez une nouvelle fois décisif. À la 84e minute, celui-ci centre une nouvelle fois à destination de Pereda mais le ballon est intercepté par Marcelino Martínez qui offre de sa tête le but de la délivrance à l’équipe d’Espagne. Dans le stade madrilène, les supporters espagnols exultent, les joueurs soviétiques minimisent. À l’issue de la rencontre, le soviétique Valentin Ivanov a estimé que le but de la victoire "devait beaucoup à la chance".

Les Espagnols, eux, profitent de leur premier trophée continental. Il leur faudra attendre l’Euro de 2008 pour retrouver le goût d’une victoire en sélection avant d’enchaîner sur le titre mondial (2010) et européen (2012). En URSS, l’équipe d’Union soviétique continue d’enchaîner les grosses performances avant de connaître un premier revers lors de l’Euro de 1972, puis de s’affaiblir progressivement jusqu’à la chute du Rideau de fer.

La fiche : Euro 1964 - finale : Espagne 2-1 URSS Buts : Pereda (6e) et Martinez (84e) pour l’Espagne ; Khusainov (8e) pour l’URSS.

Espagne : Iribar - Rivilla, Olivella, Calleja, Zoco - Fusté, Armancio Amaro, Pereda, Marcelino Martinez - Suarez, Lapetra Sélectionneur : Villalonga

URSS : Yashin - Shustikov, Shesternev, Mudrik, Voronin - Anichkin, Chislenko, Ivanov, Ponedelnik - Korneev, Khusainov Sélectionneur : Beskov

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