Événements météorologiques extrêmes au Portugal, en Italie, à Malte et en Grèce : (nouvelles) stratégies et mécanismes de crise

, par Maya Von Thenen

Événements météorologiques extrêmes au Portugal, en Italie, à Malte et en Grèce : (nouvelles) stratégies et mécanismes de crise
Session plénière du Parlement européen le 10 février 2026 - Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée de la résilience, de l’aide humanitaire, de la gestion des crises et de l’égalité, échange avec les parlementaires © European Union 2026 - Source : EP

Les catastrophes naturelles secouent l’Europe : au début de l’année 2026, certaines régions du Portugal et du sud de l’Italie ont été frappées par des tempêtes hivernales. Au Portugal, la tempête Kristin a fait au moins 5 morts et privé d’électricité 850 000 personnes. En Sicile, le cyclone Harry a provoqué un glissement de terrain de 4 km de long et causé des dégâts estimés à environ un milliard d’euros. Face à ces événements, le Parlement européen a tenu un débat en session plénière à Strasbourg, le 10 février dernier. Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée de la résilience, de l’aide humanitaire, de la gestion des crises et de l’égalité, a expliqué dans son discours d’ouverture le principe fondamental de la Commission en matière d’aide d’urgence : « preparedness by design ». Cette approche met davantage l’accent sur la prévention que sur la réaction en cas de crise. Or, étant la réponse européenne favorisée par la Commission, elle suscite la controverse au Parlement.

Approche holistique ou prévention des situations d’urgence ?

« C’est peut-être le discours le plus difficile que j’ai jamais prononcé dans ce Parlement », a déclaré Lídia Pereira, du groupe Parti Populaire européen (PPE) en ouvrant le débat, exprimant ainsi sa consternation personnelle face aux effets dévastateurs de la tempête Kristin au Portugal. 30 000 km² de terres ont été dévastés et 6 000 km de réseau électrique détruits. Selon Lídia Pereira, l’Europe devrait se préparer à ce que les événements extrêmes ne soient plus une exception, mais une « nouvelle normalité ».

Les représentants du groupe de l’Europe des nations souveraines (ESN) ont remis en question cette affirmation, estimant que le lien direct entre les événements météorologiques extrêmes et le changement climatique était « moins clair qu’on ne le prétend ». Le groupe a ainsi essuyé de vives critiques de la part des groupes de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) et Verts/ALE. « Je n’en peux plus d’entendre certains ici dire qu’il faut moins investir pour réduire le changement climatique et plus investir pour traiter les conséquences », a déclaré Christophe Clergeau (S&D). Il faisait ainsi référence à l’opinion répandue dans les groupes de droite selon laquelle il suffirait d’améliorer la préparation aux situations d’urgence. Terry Reintke (Verts/ALE) s’est exprimé en des termes tout aussi clairs, déclarant que le débat sur la stratégie de lutte contre le changement climatique avait des conséquences sur des vies humaines. Il a également critiqué le PPE, estimant que leurs propositions n’étaient pas assez ambitieuses à cet égard. La position des députés verts et sociaux est donc la suivante : une approche holistique plutôt que la préparation aux situations d’urgence.

Plusieurs solutions face au défi : être capable d’agir en temps de catastrophe

Le député portugais João Oliveira (The Left) a expliqué, à partir de l’exemple de la tempête Kristin au Portugal, dans quels domaines le gouvernement portugais avait les mains liées : la privatisation de secteurs importants tels que l’énergie, les transports et les télécommunications a privé l’État de ses moyens d’intervention pour protéger au mieux la population. Or, dans les cas extrêmes, il serait, selon lui, essentiel d’agir rapidement et efficacement. Au cours du débat, Oliveira et d’autres représentants du groupe de La Gauche européenne (The Left) ont donc demandé un versement non bureaucratique du Fonds de solidarité de l’UE (FSUE). Une assurance européenne contre les catastrophes climatiques et un meilleur soutien aux ménages à faibles revenus devraient également remédier à la situation.

A l’inverse, son compatriote João Cotrim de Figueiredo (Renew) s’est prononcé en faveur d’un renforcement du mécanisme de protection civile de l’UE et d’un plan européen d’adaptation aux catastrophes naturelles avec des objectifs clairs. La protection ne devrait donc pas passer par un financement direct et de nouveaux mécanismes, mais par ceux qui existent déjà.

Mécanismes de solidarité européens existants en cas de crise

La prévention des crises figure à nouveau en tête des priorités depuis le second mandat de von der Leyen. Le rapport Niinströ de 2024 a également souligné la nécessité d’agir. C’est pourquoi la Commission européenne a publié en mars 2025 une stratégie dite Preparedness Union Strategy. Elle vise à renforcer « la capacité de l’UE à anticiper, prévenir et répondre aux nouvelles menaces et crises ». L’idée est donc d’adopter une approche globale qui prépare à tous les types de crises (“Integrated All-Hazards Approach”), impliquant l’ensemble de la société (“Whole-of-Society Approach”) et tous les services gouvernementaux (“Whole-of-Government Approach”).

Toutefois, la devise « Se préparer ensemble, agir ensemble » existe depuis longtemps dans l’UE. En 2019, rescEU, un projet clé du Mécanisme de protection civile de l’UE, a été créé.Son objectif ? Apporter des réponses plus efficaces aux catastrophes à travers la mise en place d’une capacité de réserve de 9 avions et 6 hélicoptères. Cette capacité a été augmentée au fil des ans. En 2024, 24 avions et 4 hélicoptères étaient stationnés dans 10 États membres. Les hélicoptères ont notamment été utilisés lors d’incendies en France, en République tchèque et en Grèce, par exemple en 2023 dans la région d’Alexandroupolis. Outre ces crises, rescEU a également été utilisé pendant la pandémie du Covid-19 et la guerre en Ukraine.

Quelles sont les prochaines étapes envisagées par la Commission européenne ?

« Nos politiques, notre législation et nos instruments financiers doivent être par défaut à l’épreuve des crises et des catastrophes », a déclaré la commissaire Hadja Lahbib lors du débat. La Commission souhaite créer un système européen intégré de résilience climatique qui ancre la résilience dans les politiques et les pratiques dès le départ, c’est-à-dire « dès la conception » (« by design »). Pour cela, il faut clarifier la responsabilité en matière de risques, en particulier qui agit et qui supporte les coûts, tout en laissant une certaine flexibilité aux États membres.

Les situations de crise telles que les incendies en Grèce et au Portugal montrent une fois de plus que trouver des solutions fiables et pérennes est une course contre la montre, ou plus précisément, contre le changement climatique.

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