Approche holistique ou prévention des situations d’urgence ?
« C’est peut-être le discours le plus difficile que j’ai jamais prononcé dans ce Parlement », a déclaré Lídia Pereira, du groupe Parti Populaire européen (PPE) en ouvrant le débat, exprimant ainsi sa consternation personnelle face aux effets dévastateurs de la tempête Kristin au Portugal. 30 000 km² de terres ont été dévastés et 6 000 km de réseau électrique détruits. Selon Lídia Pereira, l’Europe devrait se préparer à ce que les événements extrêmes ne soient plus une exception, mais une « nouvelle normalité ».
Les représentants du groupe de l’Europe des nations souveraines (ESN) ont remis en question cette affirmation, estimant que le lien direct entre les événements météorologiques extrêmes et le changement climatique était « moins clair qu’on ne le prétend ». Le groupe a ainsi essuyé de vives critiques de la part des groupes de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) et Verts/ALE. « Je n’en peux plus d’entendre certains ici dire qu’il faut moins investir pour réduire le changement climatique et plus investir pour traiter les conséquences », a déclaré Christophe Clergeau (S&D). Il faisait ainsi référence à l’opinion répandue dans les groupes de droite selon laquelle il suffirait d’améliorer la préparation aux situations d’urgence. Terry Reintke (Verts/ALE) s’est exprimé en des termes tout aussi clairs, déclarant que le débat sur la stratégie de lutte contre le changement climatique avait des conséquences sur des vies humaines. Il a également critiqué le PPE, estimant que leurs propositions n’étaient pas assez ambitieuses à cet égard. La position des députés verts et sociaux est donc la suivante : une approche holistique plutôt que la préparation aux situations d’urgence.
Plusieurs solutions face au défi : être capable d’agir en temps de catastrophe
Le député portugais João Oliveira (The Left) a expliqué, à partir de l’exemple de la tempête Kristin au Portugal, dans quels domaines le gouvernement portugais avait les mains liées : la privatisation de secteurs importants tels que l’énergie, les transports et les télécommunications a privé l’État de ses moyens d’intervention pour protéger au mieux la population. Or, dans les cas extrêmes, il serait, selon lui, essentiel d’agir rapidement et efficacement. Au cours du débat, Oliveira et d’autres représentants du groupe de La Gauche européenne (The Left) ont donc demandé un versement non bureaucratique du Fonds de solidarité de l’UE (FSUE). Une assurance européenne contre les catastrophes climatiques et un meilleur soutien aux ménages à faibles revenus devraient également remédier à la situation.
A l’inverse, son compatriote João Cotrim de Figueiredo (Renew) s’est prononcé en faveur d’un renforcement du mécanisme de protection civile de l’UE et d’un plan européen d’adaptation aux catastrophes naturelles avec des objectifs clairs. La protection ne devrait donc pas passer par un financement direct et de nouveaux mécanismes, mais par ceux qui existent déjà.
Mécanismes de solidarité européens existants en cas de crise
La prévention des crises figure à nouveau en tête des priorités depuis le second mandat de von der Leyen. Le rapport Niinströ de 2024 a également souligné la nécessité d’agir. C’est pourquoi la Commission européenne a publié en mars 2025 une stratégie dite Preparedness Union Strategy. Elle vise à renforcer « la capacité de l’UE à anticiper, prévenir et répondre aux nouvelles menaces et crises ». L’idée est donc d’adopter une approche globale qui prépare à tous les types de crises (“Integrated All-Hazards Approach”), impliquant l’ensemble de la société (“Whole-of-Society Approach”) et tous les services gouvernementaux (“Whole-of-Government Approach”).
Toutefois, la devise « Se préparer ensemble, agir ensemble » existe depuis longtemps dans l’UE. En 2019, rescEU, un projet clé du Mécanisme de protection civile de l’UE, a été créé.Son objectif ? Apporter des réponses plus efficaces aux catastrophes à travers la mise en place d’une capacité de réserve de 9 avions et 6 hélicoptères. Cette capacité a été augmentée au fil des ans. En 2024, 24 avions et 4 hélicoptères étaient stationnés dans 10 États membres. Les hélicoptères ont notamment été utilisés lors d’incendies en France, en République tchèque et en Grèce, par exemple en 2023 dans la région d’Alexandroupolis. Outre ces crises, rescEU a également été utilisé pendant la pandémie du Covid-19 et la guerre en Ukraine.
Quelles sont les prochaines étapes envisagées par la Commission européenne ?
« Nos politiques, notre législation et nos instruments financiers doivent être par défaut à l’épreuve des crises et des catastrophes », a déclaré la commissaire Hadja Lahbib lors du débat. La Commission souhaite créer un système européen intégré de résilience climatique qui ancre la résilience dans les politiques et les pratiques dès le départ, c’est-à-dire « dès la conception » (« by design »). Pour cela, il faut clarifier la responsabilité en matière de risques, en particulier qui agit et qui supporte les coûts, tout en laissant une certaine flexibilité aux États membres.
Les situations de crise telles que les incendies en Grèce et au Portugal montrent une fois de plus que trouver des solutions fiables et pérennes est une course contre la montre, ou plus précisément, contre le changement climatique.
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