Exercice Steadfast Defender 2024 : l’OTAN montre ses muscles

, par Mathis Puyo

Exercice Steadfast Defender 2024 : l'OTAN montre ses muscles
Joe Biden serrant la main de Volodymyr Zelensky au sommet de l’OTAN à Vilnius en 2023. © Commission européenne

Le 24 février 2024, la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie fêtera malheureusement ses deux ans. Après l’échec de la contre-attaque ukrainienne puis la stabilisation du front en 2023, plusieurs scénarios catastrophes émergent présageant une victoire russe. L’exercice militaire OTAN Steadfast Defender 2024 (« défenseur inébranlable » en français) rassemble le plus gros contingent de force depuis 1988 sur le flanc est de l’alliance pour dissuader un ennemi de « taille comparable », autrement dit la Russie de Vladimir Poutine.

La crainte partagée des Européens

Peu à peu, la guerre en Ukraine s’est enlisée dans un statu quo poussant les Européens à multiplier les anticipations. En cas de victoire en Ukraine, la Russie s’arrêtera-t-elle ou continuera-t-elle sur sa lancée en Europe de l’Est ? Cette interrogation est largement relayée dans les pays baltes et les anciennes démocraties populaires. La Lituanie, l’Estonie et la Lettonie ont annoncé renforcer leurs frontières avec la Russie et la Biélorussie à travers de nouvelles installations défensives. Pour ces pays comportant d’importantes communautés russophones, la crainte d’une invasion russe est plus que probable en témoigne le ministre des Affaires étrangères lituanien Gabrielius Landsbergis selon lequel « Il n’y a aucun scénario dans lequel l’Ukraine ne gagne pas, cela pourrait bien se terminer pour l’Europe ».

Partageant un traumatisme historique avec les pays baltes, la Pologne se réarme massivement et envisage d’augmenter son effort de défense à 4% de son PIB. Sa voisine allemande craint aussi une attaque russe à l’est d’après la récente publication du quotidien national allemand, BILD. En effet, d’après le journal, la Bundeswehr anticipe un conflit direct entre la Russie et l’OTAN pour l’année 2025 dans laquelle l’enclave de Kaliningrad joue un rôle central. Plus au nord, c’est la Suède qui s’alarme. Lors de la conférence sur la sécurité à Sälen, le ministre de la Défense Carl-Oskar Bohlin a déclaré qu’une guerre en Suède est probable tandis que le commandant en chef des forces armées suédoises a affirmé que « la guerre de la Russie en Ukraine n’est qu’une étape ». En Roumanie, la peur de se retrouver en première ligne en cas d’une défaite ukrainienne a été maintes fois évoquée.

Un exercice de grande ampleur

L’OTAN compte 22 membres de l’UE, bientôt 23 avec la Suède qui est en cours d’adhésion, sur les 31 membres la constituant. Elle a continuellement renforcé le flanc est du continent européen depuis le déclenchement de la guerre le 24 février 2022. Liés par l’article 5 du traité de l’OTAN, les membres se doivent une assistance mutuelle pouvant aller jusqu’à l’emploi des forces militaires en cas d’attaque armée d’un des membres. Ces derniers réalisent régulièrement des exercices pour s’assurer du bon fonctionnement des capacités de réaction de l’alliance. L’année dernière, l’entraînement aérien Air Defender avait réuni 220 appareils en Allemagne. L’exercice Steadfast Defender est le plus grand jamais réalisé depuis 1988 qui avait vu le déploiement de 125 000 soldats dans le cadre de la manœuvre Reforger.

Cette année, 90 000 soldats, 50 navires de guerre, 80 avions et 1100 véhicules de combat dont 133 chars et 533 véhicules d’infanterie seront déployés début février. Réunissant les 31 membres de l’OTAN et la Suède, les forces réaliseront principalement l’exercice dans les pays baltes et en Pologne. D’après le Général Cavoli, Commandant des forces suprêmes alliées en Europe, l’objectif est de dissuader toute attaque d’un État tiers contre un membre de l’alliance en montrant son organisation, sa rapidité et son efficacité. Les forces s’entraîneront dans un cadre de haute intensité rassemblant toutes les composantes des armées des États membres : Terre, Mer et Air sans oublier le cyber et le domaine spatial. En plus des exercices qu’elle réalise, l’OTAN participe à l’effort de guerre ukrainien. Au cours des six derniers mois et l’instauration du Defence Production Action plan de juillet 2023, l’agence de soutien et d’approvisionnement de l’OTAN a signé l’équivalent de 10 milliards de dollars de munitions permettant d’assurer ses stocks et de fournir l’Ukraine sans craindre une rupture.

La Russie a rapidement réagi dénonçant à travers son vice-ministre des Affaires étrangères, Verchinine Sergueï Vassilievitch, « la guerre hybride déclenchée par l’Occident contre la Russie ». Si l’exercice Steadfast Defender peut rassurer sur les capacités d’action de l’OTAN, il illustre néanmoins le scénario du pire avec la Russie.

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