De la Gironde à la province d’Ávila, en Espagne, l’été 2026 a été marqué par une succession de mégafeux qui ont ravagé des centaines de milliers d’hectares dans plusieurs pays européen. À travers tout le continent, les feux de forêt se sont multipliés, gagnant en intensité et devenant toujours plus difficiles à maîtriser. Face à cette situation, les Etats-membres se sont entraidés, mobilisant des moyens humains et matériels, symbole d’une solidarité européenne plus que nécessaire face aux conséquences du changement climatique. Une question se pose alors : comment l’Europe parvient-elle à organiser une réponse collective face à des incendies toujours plus intenses et plus fréquents ?
14 320 feux ou départs de feu rien qu’en France
Dès la fin du printemps 2026, des conditions favorables au déclenchement et à la propagation des incendies se sont installées en Europe occidentale, les mois de juin et de juillet étant les plus chauds jamais enregistrés depuis le début des relevés du programme Copernicus. À ces températures exceptionnellement élevées s’est ajouté un déficit de précipitations dans une grande partie du continent, entraînant un assèchement progressif des sols et de la végétation. Dès les premières semaines de l’été, ces conditions ont favorisé le déclenchement de nombreux incendies de grande ampleur en France, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie.
En France, ce sont plus de 14 320 feux ou départs de feu qui ont été recensés depuis le début de l’été et 119 000 hectares qui ont déjà brûlé, selon le ministère de l’intérieur qui qualifie cette saison de « totalement inédite et complètement exceptionnelle ». La rapidité avec laquelle les feux se sont propagés a mis à rude épreuve les dispositifs nationaux de lutte contre les incendies et souligné la nécessité d’une réponse coordonnée à l’échelle européenne.
Des renforts venus de toute l’Europe
Dès le début des incendies, des systèmes de solidarité se sont mis en place dans toute l’Europe. Plusieurs pays, pas ou peu touchés par les incendies, sont venus en aide à d’autres États membres qui n’arrivaient plus à contenir les feux par eux-même. Ainsi, fin juillet, lorsque les flammes dévoraient les forêts au sud de Bordeaux, l’Ukraine, en tant qu’État associé, a envoyé des experts des incendies de grandes ampleurs, la Suisse a mobilisé un convoi de pompiers et un groupe de commandement lituanien a rejoint la France pour lutter contre les feux. De même en Sardaigne où des pompiers estoniens ont été déployés pour renforcer les équipes locales, ou encore en Grèce où les opérations de lutte contre les incendies autour d’Athènes et de Thessalonique ont également bénéficié du soutien de forces venues de Tchéquie, de Moldavie et de Roumanie.
Parallèlement, l’Union européenne intervient directement sur le terrain, comme en témoigne son action en Belgique. Alors que le pays est confronté à l’un des incendies de forêt les plus dévastateurs de son histoire, l’UE a mobilisé trois hélicoptères et deux avions bombardiers d’eau venus de divers États membres pour appuyer les secours dans les Hautes Fagnes, en région wallonne. Depuis le début de la saison des feux de forêt en Europe l’Union a déployé un total de 22 avions et cinq hélicoptères ainsi que 777 sapeurs-pompiers issus de quatorze pays. Ces moyens, intégralement financés par l’UE, sont fournis par les Etats membres pour constituer une réserve stratégique à la disposition de la Commission européenne.
Les outils européens à l’épreuve du feu
L’Union européenne a mis en place plusieurs mécanismes d’aide commune pour faire face à ce genre d’événements, notamment le mécanisme européen de protection civile via lequel les États concernés peuvent demander du soutien de manière rapide. Ce mécanisme est coordonné par le Centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC) et compte 27 États membres de l’UE ainsi que 10 États associés parmi lesquels figurent certains États candidats à l’UE comme le Monténégro ou la Turquie. Le système permet aux pays de mutualiser leurs ressources et de se porter assistance, lorsqu’un pays touché demande de l’aide, les autres pays peuvent proposer leurs propres ressources, ou la Commission les mobilise depuis son programme rescEU (la réserve européenne de capacités d’urgence, créée en 2019 et intégrée au Mécanisme de protection civile de l’Union européenne).
Les offres d’assistance des pays participants sont regroupées et coordonnées rapidement afin que les forces d’intervention et le matériel puissent être déployés de manière ciblée là où ils sont urgemment nécessaires. Le pays bénéficiaire peut alors accepter ou refuser les offres, et l’ERCC supervise et cofinance l’assistance. Depuis sa création en 2001, l’ERCC a déployé des ressources dans 880 situations de crise, parmi celles-ci, 19 étaient liées à des incendies, les autres catégories comprennent les inondations, les séismes et les crises humanitaires. Au cours des dernières années, du personnel européen a également été prépositionné dans les pays les plus exposés aux feux de forêt, par exemple en Grèce, où 245 pompiers venant de France, de Tchéquie ou encore de Roumanie ont été déployés tout au long de l’été.
La porte-parole de la Commission européenne, Eva Hrncirova, a expliqué que “Nous avons dû faire face à deux opérations de grande envergure dans deux grands pays, en France et en Espagne en juillet, et nous avons réussi à aider les deux ; c’est l’un de nos déploiements les plus importants", démontrant que le mécanisme de protection civile dispose de ressources suffisantes pour soutenir les États. Cependant, celle-ci alerte également sur l’ampleur des incendies de l’été 2026, avec 400 000 hectares brûlés dans toute l’Europe, mettant en avant le fait que “Une fois l’été terminé, nous devrons discuter de la meilleure façon de nous adapter à ces situations”. L’Union européenne mobilise également le service de gestion des urgences de Copernicus qui fournit des cartes destinées à aider les États à suivre l’évolution des incendies et à organiser les interventions sur le terrain. Entre 2021 et 2027, la Commission européenne a alloué 3,6 milliards d’euros aux situations d’urgence, les projets du prochain budget, dont l’approbation est prévue avant la fin de l’année, suggèrent que ce chiffre pourrait dépasser les 10 milliards d’euros pour la période 2028-2034.
Une solidarité européenne qui a aussi ces défis
Ce système de solidarité européenne n’est toutefois pas sans défis. La coordination entre les différents États peut notamment s’avérer complexe, chaque pays disposant de ses propres moyens, priorités et stratégies de lutte contre les incendies. Lorsque plusieurs régions sont touchées simultanément, se pose également la question de la répartition des renforts. À ces difficultés opérationnelles s’ajoute la question du financement. Renforcer les capacités européennes de prévention et d’intervention nécessite des investissements importants, qu’il s’agisse de moyens aériens, de matériel ou de personnels spécialisés. La solidarité européenne repose donc aussi sur la capacité des États membres à mettre en commun des ressources suffisantes et à s’accorder sur des priorités communes, malgré des stratégies nationales parfois divergentes.
Au-delà de la réponse d’urgence, cette mobilisation témoigne d’une volonté européenne de faire face collectivement à un phénomène qui dépasse les frontières nationales. La solidarité déployée lors des incendies de l’été 2026 illustre ainsi les valeurs que l’Union européenne cherche à véhiculer : face à une menace commune, l’Europe est plus forte quand elle coopère. Cependant, cette solidarité pourrait encore être renforcée et mieux structurée.
Dans une tribune publiée dans Le Monde, Kamel El Hilali, docteur en droit public, et Jean-Pierre Mignard, avocat, défendent ainsi la création d’une instance européenne indépendante réunissant climatologues, météorologues, médecins et sapeurs-pompiers. Son objectif serait d’anticiper davantage les risques et de coordonner les moyens de lutte, aussi bien contre les incendies que face aux inondations. Une telle structure permettrait de passer d’une solidarité principalement fondée sur la réaction à une véritable stratégie européenne d’anticipation et de prévention.

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