L’accord électoral récemment conclu entre le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts (EELV) a été abondamment commenté en ce qui concerne ses positions sur l’énergie nucléaire. Une autre proposition, beaucoup moins remarquée, fait aujourd’hui l’objet d’attaques répétées de la part des opposants politiques à la future coalition : l’attribution d’un siège européen au Conseil de Sécurité de l’ONU. Si cette mesure semble aujourd’hui peu réaliste, elle traduit néanmoins la nécessité de réinventer la place de l’Europe sur la scène internationale.

Le Conseil de sécurité est l’un des organes principaux de l’Organisation des Nations unies. Il comporte quinze États membres, dont dix sont élus par l’Assemblée générale des Nations unies. Les cinq autres membres – Chine, États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni – sont membres de droit de ce Conseil. Ces cinq mêmes membres disposent chacun d’un droit de veto leur permettant de bloquer un processus de décision dès lors qu’une mesure prise au Conseil de sécurité porte préjudice à leurs intérêts.

Le Conseil de sécurité est probablement l’organe le plus puissant du système des Nations unies ; il est, en vertu de la Charte des Nations unies, compétent pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Il dispose à cet effet de moyens particulièrement efficaces. Il peut notamment autoriser l’intervention de forces armées lorsque la paix internationale ou la sécurité de populations civiles sont menacées, le dernier exemple en date étant celui de l’intervention de l’OTAN en Libye.

Les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont aujourd’hui les mêmes qu’il y a cinquante ans, lorsque les Alliés ont mis fin à la Société des Nations en 1946 pour construire un nouvel ordre international, plus efficace et plus légitime. La France, incarnée par des figures de la Résistance et du Comité français de Libération nationale, pouvait encore espérer retrouver un statut de grande puissance.

En 1954, elle lançait son premier programme visant à constituer un arsenal nucléaire ; les Trente Glorieuses donnaient une impulsion décisive à son industrie. De Gaulle était parvenu à faire accepter la France comme l’un des vainqueurs de la seconde guerre mondiale. C’est dans ce contexte que le statut de membre permanent du Conseil de sécurité lui fut accordé in extremis.

Alors que la question de la composition du Conseil de sécurité est fréquemment posée en ce qui concerne la représentativité de régions comme l’Afrique ou l’Asie, la question d’un siège européen unique relevait jusqu’aujourd’hui de l’utopie. Or, l’accord électoral récemment conclu entre le PS et EELV en vue de l’élection présidentielle de 2012 prévoit que « la France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l’ONU afin qu’elle structure un ordre juridique et normatif global ». Parmi ces propositions figure l’attribution, à l’Europe, d’un siège au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le siège français, un héritage illégitime ?

La proposition de l’accord électoral fait face aujourd’hui à une levée de boucliers de la part de nombreux responsables politiques, de droite comme de gauche, qui insistent sur la grandeur et l’indépendance de la nation française. Le souhait d’une réforme de l’ONU a rencontré l’opposition de plusieurs chefs de parti, au premier rang desquels François Bayrou, Jean-François Copé, Jean-Pierre Chevènement.

En effet, l’accord propose un changement radical dans la vision française des relations internationales ; car il semble impossible que la France et la Grande-Bretagne conservent leur statut de membre permanent au Conseil de sécurité, si l’Union européenne venait à acquérir ce statut. Dans une telle hypothèse, il est certain que le Conseil de sécurité reflèterait davantage les rapports de force existant aujourd’hui sur la scène internationale.

Force est d’admettre que la France n’a plus sa grandeur passée. François Bayrou, fédéraliste notoire, a critiqué l’idée d’un siège européen, considérant que le statut de membre permanent est « la seule arme qui permette encore à la France d’être au rang des puissances majeures » ; mais si tel est le cas, et si la France n’a plus les moyens économiques et politiques de peser sur la scène internationale, son statut de membre permanent du Conseil de sécurité est-il encore pleinement justifié ? Quelle est sa légitimité à siéger aux côtés des superpuissances d’aujourd’hui, alors même que l’Allemagne, du fait de son histoire, n’a pas ce privilège ?

Une réforme essentielle pour l’avenir de la diplomatie européenne

Bien évidemment, la procédure de modification des organes de l’ONU est aujourd’hui trop complexe pour envisager une réforme en profondeur du Conseil de sécurité. En outre, l’action européenne aux Nations unies n’aura aucune efficacité tant que la diplomatie de l’Union européenne continue d’être dirigée par des personnalités obscures, choisies pour leur manque d’ambition et leur faible compétence dans les affaires internationales. Il semble donc que les sièges permanents français et britannique ont encore leur importance.

Du reste, l’accord PS-EELV montre désormais qu’une partie de la classe politique est prête à remettre en cause cinquante ans d’orgueil national, et à accepter l’état du monde de demain. La France n’est plus la grande puissance qu’elle fut en 1945 ; elle ne sera en mesure de retrouver une position d’influence qu’à travers une diplomatie européenne efficace et ambitieuse. Seule l’Europe pourra, à terme, occuper la place qui échut par le passé à la France.

Reste donc en suspens une question vitale pour notre diplomatie. Qu’est-ce qui relève de l’utopie : conférer à l’Europe les moyens légitimes de sa puissance, ou cultiver l’espoir nostalgique de voir la France retrouver une place qu’elle a perdue depuis un demi-siècle ?