Fédéralisme : Le retour des non-conformistes ?

, par Luc Landrot

Fédéralisme : Le retour des non-conformistes ?
Montage photo, de gauche à droite : Jean-Louis Borloo (Fondapol - Fondation pour l’innovation politique, CC BY-SA 2.0) | David Lisnard (©Wikipedia - CC0) | Renaud Muselier (Photo de Lolofi13 - CC BY-SA 3.0)

Au début du XXème siècle, un courant peu connu aujourd’hui a pourtant été prolifique et déterminant dans la recherche d’un modèle à la fois alternatif au libéralisme débridé de l’époque et à un communisme émergeant oppressant. Un courant dont les membres ont aussi activement participé à la recherche de la paix et de la prospérité en Europe après la Seconde Guerre mondiale et qui a donné naissance à ce qu’on appelle communément la “démocratie chrétienne”.

Une troisième voie

Les “non-conformistes” des années 30, c’est un ensemble de penseurs se détachant d’une droite historiquement monarchique ou bonapartiste et d’une gauche marxiste pour épouser une vision de la société orientée vers la personne et qu’on appelle le courant “personnaliste”. Fidèle à ce principe de subsidiarité faisant écho aux débuts de la doctrine sociale de l’Eglise (Leon XIII), les penseurs personnalistes défendent une organisation fédérale des Etats et du monde en tant que solution pour pérenniser la démocratie et la paix face aux menaces de leur temps. Alexandre Marc, Emmanuel Mounier ou même Jacques Maritain en sont les figures les plus emblématiques. La revue Esprit, leur porte-voix.

Or, ce courant a eu tendance à se diluer progressivement. Ne pouvant ou ne voulant s’identifier dans le clivage binaire droite/gauche, ce courant a fini par disparaitre du paysage politique. Le MRP est peut-être ce qui s’en rapprochait le plus au centre-droit après la seconde guerre mondiale mais a fini écrasé sur sa droite par la déferlante du gaullisme, une incarnation plus monarchique du pouvoir bien que De Gaulle lui-même avait à coeur une certaine décentralisation de la France avec sa réforme échouée sur la régionalisation. Depuis ces années-là, les années 70, la France est passée par des décennies contradictoires où les lois visant à donner plus d’autonomie aux collectivités locales se succédaient, tandis que l’exercice du pouvoir se centralisait toujours plus autour de la figure présidentielle. Gauche et droite suivant ce même mouvement contradictoire.

100 ans après, le retour d’un courant non-conformiste ?

Or depuis quelques temps, le fédéralisme redevient à la mode dans tous les courants politiques de la société, mais particulièrement dans ceux issus du centre-droit. Jean-Louis Borloo promeut la “France fédérale” sur les médias depuis plusieurs semaines. Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël, historiquement LR et aujourd’hui davantage “divers droite”, a organisé le 4 juillet dernier un colloque pour une France fédérale, avec des personnes renommées.

Gilles Mentré, conseiller indépendant du groupe LR du Grand Paris, déclare aussi publiquement être en faveur d’une France fédérale et plus récemment encore, Renaud Muselier, ancien LR passé Renaissance, président de la Région PACA, propose un “fédéralisme à la française”.

Sans aller jusqu’à employer le mot “France fédérale”, d’autres élus de ces mouvances politiques ont pris des initiatives fortes. La Région Ile-de-France, dirigée par Valérie Pécresse alliée à l’UDI, a demandé fin 2023 le transfert de 45 compétences à l’Etat (dans le social, la santé, l’éducation etc.). Ce dernier n’a jamais daigné répondre malgré son obligation de se prononcer dans l’année qui suit. Mais le rapport rédigé par la Région mentionne à plusieurs reprises l’exemple d’Etats fédéraux comme les Etats-Unis, le Canada ou l’Allemagne. Ou encore David Lisnard, président de l’Association des Maires de France et dont l’autonomie des collectivités est l’une des priorités du parti qu’il a fondé.

Ce qui accompagne souvent la vision des ces élus c’est une division de la France non pas selon les Régions ou Départements actuels mais en entités plutôt appelées “Provinces” et dont les frontières épouseraient davantage une cohérence historique et culturelle. On retrouve là un esprit contre-révolutionnaire se rapprochant des subdivisions de l’Ancien Régime plutôt que celles de la République jacobine. En revanche, institutionnellement, ils semblent attachés à conserver la Vème République, comme si dépasser l’héritage De Gaulle leur semblait inacceptable. En ça, le fédéralisme “de droite” se distingue des appels à des réformes profondes de la Constitution actuelle émanant de partis plus à gauche.

Assiste-t-on à une mode passagère ou à un mouvement de fond durable qui pourra transformer les institutions françaises ? Si l’on en croit le fort soutien des Français à une France fédérale (71%), en forte hausse en quelques années, et à la possibilité pour les régions d’adapter les lois nationales (74%), il est fort probable que cette vague fédéraliste finisse par devenir un sujet médiatique majeur dans les mois ou les années qui viennent. Là où l’Europe fédérale semble émerger davantage dans des partis issus d’un centre-gauche, le fédéralisme français seraient davantage poussé par ceux issus du centre-droit. Il ne manque plus qu’à réunir les deux pour former un tout cohérent incluant des réformes institutionnelles indispensables pour pérenniser les changements et un redécoupage territorial suivant la volonté des populations.

Cet article est issu de la revue « Fédéchoses » de Septembre 2025 (numéro 205).

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