Un concours mettant à l’honneur la Géorgie
Ce concours est organisé depuis 2012 dans le pays. C’est la délégation de l’Union européenne en Géorgie qui a créé, il y a 14 ans, le “EU Prize for Journalism” (“prix européen du journalisme”), récompensant les journalistes géorgiens.
Leur travail est évalué selon différentes catégories : la meilleure histoire, l’investigation, les blogs ou rubriques, l’originalité, les documentaires photo et les projets journalistiques d’étudiants. Comme première étape pour la collaboration entre la Géorgie et l’Union européenne (UE), la délégation a choisi de reprendre les principes de la Charte géorgienne de l’éthique journalistique (The Georgian Charter of Journalistic Ethics) pour départager les participants afin de promouvoir les valeurs géorgiennes à l’échelle européenne. En mettant en avant leurs standards nationaux dans ce secteur, cela montre la convergence des valeurs journalistiques entre la Géorgie et l’UE.
La Géorgie comme pays stratégique
Le choix de la Géorgie pour organiser ce type de concours a une grande importance pour l’UE. Le pays, se situant entre la Russie et la Turquie (autre candidat à l’adhésion de l’UE) avait posé sa candidature pour intégrer l’UE en tant qu’Etat membre en 2022 aux côtés de la Moldavie et de l’Ukraine. Elle obtient le statut de candidat officiel en 2023. Depuis les élections législatives géorgiennes ayant eu lieu en 2024 marquant l’arrivée au pouvoir du premier ministre Irakli Kobakhidzé, le gouvernement dirigé par le “Rêve géorgien” jusqu’en 2021 pro-européen notamment depuis le début de la guerre opposant la Russie à l’Ukraine, a changé radicalement de prise de position en devenant pro-russe et a suspendu les négociations avec l’UE jusqu’en 2028.
Le pays est à présent la cible d’un flagrant recul démocratique constaté depuis l’organisation de ces élections. Depuis 2024, le peuple manifeste quotidiennement pour lutter contre le gouvernement en place et en faveur du retour des libertés qui leur ont été peu à peu enlevées. Le 29 janvier dernier, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a invoqué le mécanisme de Moscou (Moscow Mechanism) permettant de déployer divers moyens pour enquêter en Géorgie suite aux craintes liées à la dégradation des droits humains des citoyens depuis le printemps 2024. Le mécanisme de Vienne (Vienne Mechanism) avait déjà été déclenché en décembre 2024. Il s’agit d’un ensemble de procédures qui permettent de soulever des inquiétudes quant à la restriction des droits humains et libertés fondamentales.
“L’environnement médiatique en Géorgie s’est fortement dégradé ces dernières années”
La Géorgie reste un acteur clé dans l’évolution des conflits géopolitiques mondiaux actuels et sur lequel il est important de mettre la lumière. Le gouvernement de Kobakhidzé arbore une politique de plus en plus favorable à l’expansionnisme russe rendant impossible toute élargissement de l’Union dans les prochaines années. Le maintien de ce concours journalistique reste une victoire pour l’UE qui persiste à défendre tant bien que mal les droits de l’Homme et les libertés fondamentales, particulièrement la liberté de la presse en récompensant ceux qui osent tenir tête aux tentatives de censure des différents régimes opposés à la démocratie et à l’Etat de droit.
Dans son discours, l’ambassadeur de la délégation de l’UE en Géorgie mentionne les difficultés que le pays rencontre mais reste positif et tente d’insuffler de l’espoir géorgien : “L’environnement médiatique en Géorgie s’est fortement dégradé ces dernières années. Mais tant que les journalistes continuent d’exercer leur métier, les gens ne sont pas laissés dans l’obscurité.”
Le journalisme, une profession menacée
Cependant, Reporters sans frontières (RSF) recense chaque année le niveau de liberté que détient la presse selon les pays. En 2025, on constate que la moyenne chute pour de nombreux pays. La Géorgie est passée de la 103ème position en 2024 à la 114ème en 2025. Mais cette réalité touche aussi des pays européens tels que la Hongrie (68ème), la Bulgarie (70ème), Chypre (77ème) ou encore la Grèce (89ème). Cela illustre la vulnérabilité de l’UE et la nécessité de s’armer face à la politique russe qui ne respecte pas le droit d’autodétermination des Etats, ni le droit international de manière plus large.
Les décès de journalistes aussi se sont multipliés l’année passée. RSF déclare que 67 journalistes ont été tués en voulant informer les citoyens et que cette profession est visée par les régimes autoritaires. 43 % de ces journalistes ont été tués à Gaza. Les autres pays les plus meurtriers sont l’Ukraine en raison des frappes russes ainsi que le Soudan, pays en pleine guerre civile depuis 2023.
Les journalistes font aussi face à des tentatives d’intimidation pouvant passer par les “poursuites stratégiques altérant le débat public”, autrement dit “procédures-bâillons” (SLAPP en anglais) consistant à poursuivre en justice une personne, souvent un journaliste, de manière infondée ou avec des procédures judiciaires abusives. Depuis mars 2024, l’UE a adopté des mesures pour lutter contre cette pratique voulant réduire au silence les journalistes et médias.
Cette mesure n’est tout de même pas suffisante face aux menaces russes et américaines qui touchent les pays européens à l’heure actuelle. Les nouvelles mesures toujours plus protectionnistes revendiquées fièrement par Donald Trump ainsi que l’idéologie impérialiste de Vladimir Poutine menacent les journalistes et leur liberté d’expression aujourd’hui plus que jamais en Europe comme dans le reste du monde.

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