Grèce-Turquie : Collision aux portes de l’Europe

, par Timothé Behm

Grèce-Turquie : Collision aux portes de l'Europe
Capture d’écran.

Août 2020, le navire turc de recherche sismique Oruç-Reis embrase la Méditerranée en effectuant une mission d’exploration au large de l’île grecque de Kastellórizo. La violation des eaux territoriales grecques fait ressurgir les discordes sur la souveraineté territoriale en mer Égée.

Une région mouvante

Déploiement de navires armés, hélicoptères d’attaque, avions de combat… la récente escalade militaire entre la Grèce et la Turquie vient rappeler la complexité de la région.

Les précédents entre les deux membres de l’Otan sont nombreux et récurrents. Athènes comme Ankara se disputent régulièrement la propriété de terres en mer Égée comme dernièrement pour les îles inhabitées d’Imia. La question migratoire est également source de tensions, la Turquie menaçant régulièrement de déverser plusieurs millions de réfugiés sur son voisin.

La découverte récente de gisements gaziers en Méditerranée orientale révèle les aspirations hégémoniques des parties en présence. Bien qu’aucun gisement ne soit pour l’instant découvert dans la zone litigieuse, Ankara se presse d’élargir sa zone d’influence comme au large de Chypre ou en signant un accord controversé de délimitation maritime avec le gouvernement libyen.

Se rapprochant de ses alliés européens, la Villa Máximos a conclu un accord similaire avec l’Égypte, provocation suffisante pour qu’Erdoğan s’empresse de contester la zone économique exclusive de l’île, située à 3 kilomètres de ses côtes.

Carte : Timothé Behm

En quête d’une position européenne unifiée

Bousculée à l’Est par les évènements en Biélorussie, touchée par une épidémie de coronavirus qui n’en finit pas, l’Union européenne peine à agir dans le Sud. Dénonçant au mois de juin les ‘‘provocations’’ turques, Athènes avait exhorté Bruxelles à prendre la mesure du conflit territorial en Méditerranée orientale, sans succès.

En effet, les 27 ont peine à prendre position et à condamner clairement l’agression subi par un État membre. Vendredi 14 août, les ministres des Affaires étrangères se sont contentés d’afficher leur solidarité à l’égard de la Grèce, plaidant pour une ‘‘solution négociée’’ en réitérant leur attachement au ‘‘respect du droit souverain des États’’. Josep Borrell a, pour sa part, appelé à ‘‘une désescalade immédiate et un réengagement du dialogue’’ se disant prêt à proposer des ‘‘mesures’’ si la tension de diminuait pas.

La question grecque met sous tensions le couple franco-allemand. Alors que la France énonce ‘‘sa volonté de faire respecter le droit international’’ par l’envoi de navires dans la zone, l’Allemagne se limite à ‘‘prend[re] acte’’ de la position française. La Chancellerie allemande, qui pourtant préside le Conseil de l’Union européenne, tente l’apaisement en se positionnant comme médiateur dans le conflit. Les relations particulières entretenues avec la Turquie et ses antécédents vis-à-vis de la Grèce mettent Berlin dans une position plus que délicate.

Une poudrière à ciel ouvert

Le regain de tensions en Méditerranée orientale s’élargit au-delà des seules parties prenantes.

Face aux ‘‘provocations’’, le premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis a annoncé mercredi dernier avoir ‘‘mis les forces armées en alerte’’, mobilisant sa marine et les corps réservistes. La diplomatie s’active également, multipliant les discussions avec Israël (en conflit avec la Turquie) ou l’administration américaine de Donald Trump.

Pour sa part, Ankara oscille entre les appels au calme et le maintien de ses recherches en hydrocarbures. La Turquie a précisé que ce bateau devait repartir le 23 août mais que de nouvelles explorations auraient lieu dans la zone. Ces interventions en Syrie, en Libye et dans les eaux territoriales grecques sont l’occasion pour Erdoğan de s’appuyer sur la fibre nationaliste pour tenter de faire oublier la crise économique en cours.

La France, premier pays européen à se mobiliser aux côtés de la Grèce, a renforcé ‘‘temporairement’’ sa présence militaire par l’envoi de chasseurs Rafale et de navires de guerre. Cette prise de position n’est pas anodine. Le gouvernement français cherche à contenir depuis plusieurs mois les visées expansionnistes turques. Cette posture a conduit Paris à dénoncer des « exactions » turques en Libye ou plus récemment en Irak. Les manœuvres d’intimidation de la marine turque sur un navire français en juin participent à un climat délétère.

Alors que l’Europe cherche à mettre sa souveraineté et la solidarité de ses États membres en avant, la Grèce apparait en bonne position pour symboliser le projet de relance européen.

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