Interview de Philippe Juvin

, par Solène Bennet

Interview de Philippe Juvin

Les Jeunes Européens-France ont eu la chance de rencontrer Monsieur Philippe Juvin, eurodéputé PPE et Maire de La Garenne-Colombes, le vendredi 20 décembre 2013.

Cette rencontre s’est déroulée grâce à l’action de lobbying organisée par "Europe Avenir" et regroupant 14 associations pro-européennes. Dans ce cadre, Monsieur Juvin a accepté de répondre aux nombreuses questions des JE-France à propos des élections européennes.

Quand aurons-nous les listes des candidats UMP aux élections européennes ?

Philippe Juvin : La durabilité d’un parlementaire européen dans ses fonctions est fondamentale pour nourrir l’influence de son pays d’origine. C’est d’ailleurs la posture adoptée depuis un moment par les eurodéputés allemands qui s’engagent pour des mandats très longs. Dans cette optique, il faut éviter le « parachutage » et bien comprendre que le Parlement européen n’est pas une salle d’attente. C’est pourquoi l’UMP souhaite déconnecter les élections européennes des élections municipales, afin d’investir des noms légitimes. Pour être légitimes, je considère que les candidats devraient parler au moins l’anglais, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les eurodéputés français. Concernant les candidats de l’UMP, les têtes de listes seront désignées le 21 janvier puis l’ensemble des listes sera déterminé lors du Conseil National de l’UMP qui aura lieu le 25 janvier.

Quelles initiatives destinées aux grand public souhaitez-vous mettre en place en amont des élections européennes ? La défense face aux eurosceptiques a actuellement du plomb dans l’aile. Comment trouver des idées et des thèmes de campagne phares pour lutter contre les eurosceptiques ?

PJ : Le problème principal est la pédagogie. Il y a un tel vacarme dans l’arène politique qu’on devient rapidement inaudible. Par ailleurs, en affirmant être européen aujourd’hui, on court le risque d’être accusé de tous les maux. Il faut donc tenir un discours clair et simplifié qui encourage à voter en connaissance de cause pour un parti qui ne trompe pas l’électeur. L’UMP, le PS ou le Modem ne disent pas que l’Europe est la cause de tous les maux, tandis que le FN et le Front de Gauche l’affirment à tort. Il faut donc aller voter en prenant cette réalité en considération.

Après les déclarations de Mme Merkel, comment comptez-vous vous assurer que les votes des citoyens soient bel et bien pris en compte pour la composition de la Commission ?

PJ : Le Parlement européen a d’ores et déjà rappelé au Conseil européen son obligation de nommer le Président de la Commission en prenant en compte le résultat des élections européennes de mai 2014. Néanmoins, il ne faut pas s’attendre à un changement brutal de ce côté-là. En effet, les Etats membres restent prudents quand il s’agit d’installer une légitimité qui leur sera supérieure. J’ai du mal à croire qu’une réforme institutionnelle permettra par exemple l’élection du Président de la Commission au suffrage universel. En réalité, il faut une évolution progressive avec un Président de la Commission européenne capable de dire « non » à des dirigeants nationaux qui ont souvent des tempéraments forts. Pour ce faire, il s’agit de trouver la "perle rare", c’est-à-dire une personnalité qui ait la légitimité pour s’opposer, au nom de l’intérêt général, aux chefs d’Etat des grands pays de l’Union. Cependant, une telle personnalité devrait vraisemblablement accepter l’idée de ne faire qu’un seul mandat. Le plus important est donc de nommer quelqu’un de dévoué avec un fort caractère.

S’agissant plus particulièrement du candidat français, Michel Barnier fait clairement figure de favori. A mon avis, il a les qualités de ténacité et de hauteur pour s’opposer à bon escient aux exécutifs nationaux. Il pourrait être soutenu par François Hollande, mais ce dernier étudie encore les pistes menant à Pierre Moscovici, Ségolène Royale ou encore Martine Aubry. En tout état de cause, le PPE, mon parti, ne nommera pas son candidat à la présidence de la Commission avant les 7 et 8 mars prochains ; une annonce qui, je l’espère, ne passera pas au second plan en France durant les élections municipales.

Comment mettre en valeur, depuis le Parlement européen, le travail du Parlement européen ? Nos concitoyens ignorent tout de son travail, comment vous, eurodéputés, pouvez travailler à améliorer cette image ?

PJ : Le Parlement européen est aujourd’hui perçu comme une machine technocratique produisant des lois difficiles à comprendre. Il s’agit d’une structure très complexe qu’il faut apprivoiser. Pour accroitre sa visibilité, il nous faut des eurodéputés avec un éclairage national, identifiés dans le débat public, qui œuvrent en complément de députés moins connus, mais très actifs au niveau législatif. Selon moi, le cumul du mandat d’eurodéputé avec une fonction locale n’est pas seulement possible, il est fondamental. En effet, cette double casquette permet d’assurer une proximité réelle avec ses concitoyens. Dans le cas d’une grande circonscription comme celle du Nord-Ouest, qui s’étend de Lille quasiment jusqu’à Saint-Malo, il est impossible de se faire connaitre des électeurs, et donc de communiquer convenablement sur son travail d’eurodéputé, sans une fonction locale.

Par ailleurs, pour permettre une meilleure identification des eurodéputés et accroitre la légitimité de l’Europe, on pourrait imaginer la mise en place de circonscriptions identiques à celles utilisées lors des élections législatives. Or, pour des raisons historiques, les traités européens exigent des scrutins par listes et proscrivent les candidatures uninominales. Face à cette problématique, l’idéal serait des listes transnationales et communes à tous les Etats membres, afin que les Français puissent voter non seulement pour des candidats français, mais aussi pour des Allemands ou des Espagnols …

Pensez-vous qu’il est nécessaire d’avoir un débat clivant gauche / droite lors des élections européennes pour intéresser nos concitoyens ?

PJ : Oui ce clivage est très important, mais il faut l’encadrer de façon à ce qu’il porte sur des questions européennes et pas uniquement franco-françaises. La question de frontières par exemple, doit être abordée sous l’angle de l’espace Schengen et de la coopération européenne en matière d’immigration. Les débats clivant ont une importance fondamentale pour rendre l’Europe plus politique, mais ils doivent être complémentés par des actions pédagogiques visant à expliquer l’Union européenne aux citoyens.

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