Islande : 52e État américain ou 28e État européen ?

, par Alice Heurtin

Islande : 52e État américain ou 28e État européen ?
Photo de Dati Bendo - EC - Audiovisual Service (©European Union, 2026)

Le 25 février dernier, la première ministre islandaise, Kristrún Frostadóttir, a annoncé l’avancement, dans les prochains mois, du référendum sur la reprise des négociations en vue d’une entrée dans l’Union européenne. Initialement prévu pour 2027, ce choix s’explique par le désordre mondial croissant et les velléités affichées de Donald Trump au Groenland comme dans le reste de l’espace arctique. Un virage à 180° pour cet État insulaire, très intégré aux programmes européens mais qui n’a jamais franchi le pas

Pourquoi l’Islande n’a-t-elle jamais rejoint l’UE ?

Historiquement, l’Islande, pays insulaire de 390 000 habitants situé dans l’Atlantique Nord, se positionne comme Atlantico-centré.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, à la demande du gouvernement de Reykjavik, les Américains viennent remplacer les Britanniques en 1941, ces derniers supervisant depuis le début du conflit l’ancrage des Alliés dans l’Atlantique Nord. En 1946, les deux États signent un accord permettant aux Américains d’exploiter la base aéronavale de Keflavik, auquel s’ajoute, en 1951, la signature de l’accord bilatéral de défense. Cet accord prévoyait que l’armée américaine assurerait notamment la défense aérienne et la surveillance maritime de l’île. Le point d’orgue de cette coopération survient en 1949, lorsque, seulement quatre ans après la proclamation de la République islandaise, le pays participe à la création de l’OTAN. Malgré la réduction des effectifs militaires américains au fil des années et la fermeture de la base aéronavale en 2006, l’Islande demeure aujourd’hui le seul pays membre de l’OTAN à ne pas disposer d’une armée permanente. Une source évidente de préoccupation, alors que les relations outre-Atlantique se tendent irrémédiablement entre Américains et Européens.

D’un autre côté, l’Islande a un ancrage européen et est très intégrée dans la majorité des programmes européens, comme l’espace Schengen, l’Espace économique européen ou encore Erasmus+… Pourtant, elle n’a jamais franchi l’ultime étape : rejoindre l’Union européenne.

Elle y était pourtant proche. En 2009, l’Islande dépose sa candidature et se voit accorder le statut de pays candidat en 2010. À l’époque, cette adhésion paraissait simple en comparaison avec les pays des Balkans occidentaux, candidats eux aussi, car le pays avait déjà intégré près de 70 % de la législation européenne en étant membre de l’Espace économique européen pour accéder au marché intérieur de l’UE. Mais les législatives de 2013 rebattent les cartes : l’arrivée au pouvoir d’une coalition eurosceptique gèle aussitôt les négociations, qui conduit au retrait de la candidature islandaise en 2015. Les enjeux relatifs à la pêche, dont dépend fortement l’économie islandaise, deviennent un point majeur de divergence avec l’UE. Ils ont aussi pesé dans le retrait de la candidature.

L’Amérique déçoit, l’Europe rassure

Près d’une décennie plus tard, le climat géopolitique mondial remet à l’agenda une éventuelle adhésion islandaise à l’Union européenne. Le président américain, Donald Trump, a déclaré à maintes reprises vouloir mettre la main sur le Groenland, province autonome du Royaume du Danemark. Les menaces répétées, l’évocation d’un envoi de troupes ou encore la volonté de s’approprier les ressources du sous-sol inquiètent le voisin Islandais. Une situation d’autant plus préoccupante que les menaces des Américains vont plus loin en visant également le Canada, autre pays de l’espace arctique, qui deviendrait le futur « 51e État » des États-Unis.

Et l’Islande serait-elle le « 52e » ? C’est en tout cas, l’idée de Billy Long, le candidat désigné de Donald Trump au poste d’ambassadeur états-unien en Islande selon des propos rapportés par Politico en janvier dernier. Présentée comme une plaisanterie, la remarque a néanmoins jeté un froid dans le pays. Cependant, il est vrai que sans armée et historiquement dépendant des Etats-Unis, le pays est vulnérable. Pour la première fois, ce sont donc des raisons sécuritaires et d’intégrité territoriale qui amènent le pays à remettre à l’agenda l’adhésion à l’Union européenne. Promesse de campagne, le référendum sur le sujet, initialement programmé pour 2027 est donc avancé, a annoncé la première ministre Kristrun Frostadottir le 25 février dernier. La ministre des Affaires étrangères a confirmé la date du 29 août prochain pour la tenue de ce scrutin.

En cas de victoire du “oui”, un élargissement express ?

Dans quelques mois, si les Islandais disent oui à l’Union européenne, ce sera le début d’un nouveau cycle de négociations. Lors de leur retrait, 11 chapitres de négociations sur 33 avaient été clôturés entre Européens et Islandais, soit autant qu’avec le Monténégro, aujourd’hui le pays le plus avancé dans le processus d’adhésion. Si le pays semble alors en bonne voie, la question de la pêche, qui n’avait pas encore été abordée avant 2015, créera potentiellement de nombreux débats et devra se résoudre par des compromis, sans doute nombreux. Mais avant cela, il faudra un vote favorable… et cela ne semble pas gagné : la population apparaît partagée. Le dernier sondage en date, réalisé par Gallup en 2025, donne que « 44 % des Islandais interrogés se disent favorables à une adhésion de leur pays à l’UE, tandis que 36 % y sont opposés ».

Un référendum bienvenu comme première étape d’un long processus dont l’issue reste très incertaine.

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