Quel effet cela fait-il de représenter votre génération en tant que jeune eurodéputé, et qu’est-ce qui vous manque le plus de votre vie d’avant la politique ?
C’est un sentiment formidable et il est vital que la jeune génération soit représentée, d’autant plus que l’âge moyen d’un eurodéputé est de 55 ans ; nous ne sommes pas nombreux, et le soutien que je reçois de la part des jeunes est impressionnant. C’est aussi un défi, car il faut se battre davantage pour gagner le respect ; il existe un « plafond de verre » pour les jeunes, souvent perçus comme moins expérimentés. Dans l’ensemble, je suis très reconnaissant d’occuper ce poste à un stade aussi précoce de ma vie ; ce qui me manque le plus au quotidien, ce sont tout simplement ma famille, mes amis et ma petite amie.
Votre service militaire volontaire en Allemagne semble avoir été déterminant : comment a-t-il façonné votre vision du devoir civique européen ainsi que votre décision de fonder le Parti du Progrès ?
L’une des principales raisons pour lesquelles je me suis engagé dans l’armée était le sentiment du devoir : je voulais me rendre utile à la société. L’armée m’a également appris la discipline et l’importance de la camaraderie. Je pense que le service volontaire est essentiel pour la défense, car le service militaire obligatoire peut entraîner un manque de motivation.
Mon expérience s’est également révélée utile pour fonder un parti politique qui, d’une certaine manière, est comparable à une armée du fait de ses différents services et sa structure hiérarchique : bon nombre de nos membres les plus fiables sont d’anciens militaires ou policiers. Le Parti du Progrès est né d’une « discussion autour d’un verre » avec deux amis en 2020 : nous avons simplement décidé de nous lancer, et lors des élections européennes, malgré un budget minimal et seulement 20 membres actifs, nous avons obtenu 250 000 voix.
Vous êtes très populaire sur des plateformes comme TikTok : les réseaux sociaux ont-ils influencé votre communication politique, et quel message particulièrement marquant avez-vous reçu ?
Les réseaux sociaux ont sans aucun doute eu un impact réel. Le message le plus émouvant que j’ai reçu est celui d’un abonné qui m’a confié que mon travail au sein de l’intergroupe LGBTQIA+ et mes contenus sur les réseaux sociaux lui avaient donné le courage de faire son coming out auprès de ses parents. Il est vraiment émouvant de pouvoir donner à un jeune la force de franchir une étape aussi importante et souvent difficile de sa vie.
En tant que vice-président de l’intergroupe LGBTI, vous vous êtes fermement prononcé contre les discours de haine et la transphobie. Quelles mesures concrètes l’Europe doit-elle prendre, au-delà des gestes symboliques, pour garantir un véritable soutien politique aux droits des personnes queer ?
À court terme, nous devons ramener la Hongrie dans le rang en recourant aux mécanismes de manquement, afin d’établir clairement que l’interdiction de la Pride et la loi sur la protection de l’enfance sont illégales et contraires aux traités européens. À long terme, nous devons continuer à financer les efforts de la société civile : leur travail est devenu plus difficile en raison des coupes budgétaires et de la vague de répression contre les personnes LGBTQIA+ à l’échelle mondiale ; avec une part modeste de notre budget, nous pouvons accomplir beaucoup. J’ai participé à la Budapest Pride, et je crois que la Commission aurait dû y envoyer un représentant, idéalement le commissaire à l’Égalité, car son absence envoie un message très négatif à la communauté LGBTQIA+.
Vous êtes l’un des eurodéputés les plus actifs, avec plus de 150 interventions à votre actif au cours de votre première année. Quel est le moteur de cet engagement, et quelles sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur ?
Je me bats avant tout pour un droit du commerce international qui soit humanitaire, fiable, durable et favorable à l’économie, car c’est ce que j’ai étudié ; bien sûr, les questions LGBTQIA+ sont également une priorité. Si je prends souvent la parole, c’est parce que j’ai honte de voir un hémicycle trop souvent clairsemé : bien que l’essentiel du travail préparatoire se fasse en amont, la session plénière devrait être l’arène de notre démocratie, visible du public ; or, elle est souvent vide, ce qui constitue une grave erreur.
Vous siégez au sein des commissions du commerce international et des transports : comment œuvrez-vous pour rendre ces domaines plus durables et mieux préparés pour l’avenir ?
En ce qui concerne le commerce international, nous nous concentrons sur deux domaines principaux : la mise à jour des réglementations relatives à la responsabilité sociale des entreprises afin de les rendre plus efficaces, et l’exploration du recours à l’intelligence artificielle pour assurer la conformité car les réglementations actuelles sont trop complexes, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.
Deuxièmement, nous utilisons les tarifs douaniers comme un outil : L’Europe occupe aujourd’hui une position mondiale plus forte que jamais, et nous pouvons faire preuve de plus d’assurance lorsqu’il s’agit de décider quels produits et quels tarifs douaniers nous pouvons autoriser sur notre marché unique.
En ce qui concerne les transports, il est primordial de moderniser notre système et de disposer de transports ferroviaires fiables : prendre un vol de deux heures entre Bruxelles et Berlin, alors que le train met neuf à dix heures, est une aberration. Un système de transport plus performant est essentiel pour lutter contre le changement climatique, soutenir l’économie et favoriser la mobilité sociale, notamment pour les jeunes qui voyagent en Europe ; malheureusement, je ne pense pas que ce soit une priorité pour la Commission actuelle.
En tant que leader de votre parti, vous vous définissez comme un homme politique pragmatique et non idéologique. Qu’est-ce que cela signifie concrètement au sein du Parlement européen ?
En tant qu’eurodéputé non-inscrit, cela signifie que j’ai plus de liberté pour décider de ce que je veux dire, car je n’ai pas à me conformer à une ligne de groupe. Toutes mes interventions sont basées sur le programme de notre parti, mais je dispose d’une plus grande flexibilité. Il a fallu du temps pour prendre confiance, mais nous avons prouvé que les députés non-inscrits peuvent accomplir un travail législatif : par exemple, nous avons récemment déposé 10 amendements au sein de la commission INTA et de l’Assemblée parlementaire Eurolat, 8 d’entre eux ont été adoptés, ce qui est un grand succès.
Qu’est-ce qui distingue le Parti du Progrès des partis politiques plus traditionnels ?
Notre principal atout réside dans notre solide compétence informatique : notre parti fonctionne de manière presque entièrement numérique. Nous utilisons des plateformes comme NextCloud pour le travail d’organisation et Decidim pour définir notre programme et nos positions ; et bon nombre de nos membres sont programmeurs, ce qui nous permet d’être très efficaces et de « frapper fort » malgré un budget restreint.
Quelle est votre vision de l’intégration européenne et du fédéralisme ?
Je suis fermement convaincu que l’ère des États-nations, tels que nous les connaissons, s’estompe progressivement, et que l’Union européenne reprend de plus en plus un bon nombre de leurs fonctions traditionnelles. Ma vision est celle d’une fédération européenne d’ici les 50 prochaines années. J’envisage un avenir où l’UE fonctionnerait davantage comme une entité unique et unifiée, à l’instar des États-Unis. Nous constatons déjà un fort sentiment d’identité européenne chez les jeunes, qui se sentent souvent davantage liés à l’Europe dans son ensemble qu’à leur pays d’origine.
À bien des égards, l’UE fonctionne déjà comme un État, même si elle n’est pas officiellement reconnue comme telle : la Commission européenne fait office de gouvernement, Europol est chargé de l’application des lois, de plus, des discussions et des avancées sont en cours pour la création d’une armée européenne.
À mon avis, cette tendance vers une intégration accrue est inévitable et nécessaire pour que l’Europe demeure compétitive et influente sur la scène mondiale. Une Europe plus unie peut agir de manière plus décisive et efficace pour relever des défis tels que le changement climatique, la stabilité économique et la sécurité internationale ; cela ne signifie pas l’effacement des identités nationales, mais plutôt la création d’un cadre au sein duquel les nations peuvent coopérer et prospérer au sein d’une structure européenne plus large.
Et comment abordez-vous la montée de l’extrême droite en Europe ?
Je ne crois pas que nous soyons en train de perdre la bataille contre l’extrême droite. Il y a toujours plus de progressistes que de populistes ; sans oublier que, historiquement, les forces réactionnaires connaissent des hauts et des bas, mais la tendance générale est progressiste : nous devons contrer leurs discours et démontrer que nos solutions sont les meilleures.
En ce qui concerne la Chine, comment l’Europe devrait-elle concilier ses liens économiques avec les préoccupations relatives aux droits humains, en particulier à propos des Ouïghours ?
Sur le plan moral, nous devrions cesser de commercer avec la Chine en raison de ses violations des droits humains, mais sur le plan économique, nous sommes profondément interdépendants. Pourtant, nous ne devons pas permettre à la Chine de passer ses crimes sous silence : nous devons prendre la parole, soutenir les organisations qui aident les Ouïghours et considérer la Chine comme un concurrent, et non comme un ami ou un partenaire. Il y a un prix à payer pour défendre nos valeurs, mais l’UE, en tant que phare de la liberté et de l’État de droit, doit se soucier du reste du monde.
Selon vous, quelle est la plus grave erreur de l’UE dans sa réponse aux crises internationales actuelles, comme à Gaza ou face à la crise migratoire ?
La plus grave erreur est de ne pas respecter de manière constante notre engagement envers le droit international. Souvent, nous ne respectons le droit international que lorsque cela sert nos intérêts, par exemple en matière de sauvetage en mer, de commerce ou d’environnement, mais nous fléchissons quand il s’agit des droits humains ou de la volonté politique. L’aide tardive apportée à l’Ukraine et la position incohérente sur le mandat d’arrêt émis par la CPI à l’encontre de Netanyahu en sont des exemples : l’UE doit être un exemple pour l’évolution positive du droit international.
À présent, pourriez-vous nous faire part d’un moment surréaliste ou amusant de votre mandat de député européen ?
Eh bien, c’est surréaliste de voir et d’interagir avec des personnalités politiques célèbres comme Ursula von der Leyen et les anciens présidents allemands Horst Köhler et Frank-Walter Steinmeier, tout en me rendant compte que je participe activement à la démocratie au plus haut niveau. Un moment drôle a été de dire à Ursula von der Leyen que mon parti avait voté à 83 % contre sa nomination, mais que j’espérais qu’elle nous prouverait le contraire : elle a ri et a répondu qu’elle l’espérait aussi, une réponse plutôt élégante !
Enfin, permettez moi de dire qu’il est crucial pour les députés européens d’interagir avec la jeunesse : il est déplorable que seulement une vingtaine de députés aient été présents à l’EYE. Cela met en évidence un décalage crucial auquel il faut remédier.
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