L’Europe et le porno, une relation d’avenir ?

, par Jérémy Lebourgeois

L'Europe et le porno, une relation d'avenir ?
Source : Wikimedia

Ce n’est plus un secret pour personne, nous consommons tous de la pornographie à un moment ou à un autre de notre vie. Femme comme homme, et ce, de plus en plus jeune. Pourtant, si tous les secteurs de production audiovisuelle ont tendance à se renouveler, ce n’est pas le cas de l’industrie du film pornographique. Est-ce à dire qu’aucune innovation n’existe dans le secteur ? Non. Et les nouvelles normes de l’industrie du sexe filmé pourraient venir d’Europe.

On a tendance à penser, ou plutôt à ne pas penser la pornographie, ce « bon vieux porno », on le consomme sans jamais réellement le remettre en question. L’objectivation des actrices, les scénarios grotesques, on s’y est habitué. Quand on pense au porno, on ne s’attend pas à autre chose. Et si une vidéo ne nous excite pas, ce n’est pas grave. Il y en a des millions d’autres, on trouvera bien son « bonheur » quelque part sur les fameux 12% d’internet consacrés au porno. Mais si l’on reprend la pornographie comme un sujet de réflexion, que peut-on améliorer ? Que peut-on questionner ? Déjà, la pornographie est un discours. Un discours qui a toujours été écrit par des hommes, pour des hommes. Et bien que le rôle des femmes se soit inséré partout comme objet de débat, sur la scène politique, dans l’entreprise, dans les ménages, il n’en est rien dans l’industrie pornographique.

Faire passer les femmes de devant la caméra à derrière la caméra, c’est le projet d’Erika Lust. Cette quadragénaire suédoise essaie depuis 2004 de défendre son modèle de pornographie féministe, où les acteurs et les actrices sont mis sur un même pied d’égalité. Une problématique qui avait déjà émergé avec le mouvement des féministes pro-sexes aux Etats-Unis mais aussi en France derrière l’ancienne actrice-porno Ovidie qui depuis trente ans tentait aussi ce retournement de la focale pornographique et dont Infrarouge a proposé un excellent reportage en 2015. [1]

Mais c’est 2004 qui marque le retour sur le devant de la scène de cet « autre-porno » avec la projection du premier film d’Erika Lust, The Good Girl qui très vite reçoit un accueil élogieux de la critique et gagne de nombreux prix, en Europe mais aussi aux Etats-Unis et au Canada. Ce film comme elle le défend, c’est un indie-porn. Un porno indépendant dans lequel elle a inséré ses propres valeurs, des valeurs féministes et progressistes par rapport à celles de l’industrie pornographique mainstream.

Mais ce n’est pas tout, dans cette nouvelle recette d’un porno plus culturel, plus sensé, plus esthétique aussi, elle veut apporter de l’éducation. Aujourd’hui, la pornographie est le cours d’éducation sexuelle n°1 au monde. Les jeunes y découvrent ce qu’est la sexualité bien avant d’avoir leurs premiers rapports sexuels. Mais ce qu’ils découvrent ce n’est autre que des images sexistes et bien souvent dégradantes pour les femmes, une comédie sans réel plaisir où tout est surjoué. Bien entendu, le porno doit rester cochon mais il doit véhiculer des valeurs saines en terme d’égalité des sexes et de pratiques sexuelles.

Cette nouvelle manière de produire du divertissement pornographique a-t-elle un avenir ? Oui, mais il sera difficile de déloger le porno « classique » et de concurrencer les Américains qui détiennent 90% de la production mondiale. La méthode proposée par Erika Lust rencontre cependant un franc succès, son premier film ayant été téléchargé plus de deux millions de fois dès son premier mois sur internet. De nouveaux réalisateurs ont rejoint ce mouvement d’amélioration de la pornographie augmentant encore la portée de cette entreprise. Certes, ce porno reste loin de pouvoir influencer les poids lourds du secteur, mais si le projet d’Erika Lust et de la française Ovidie d’un porno de qualité s’avère rentable et durable. Qui sait, un pôle de production pornographique repensé verra peut-être le jour en Europe, un porno qui excite d’une manière différente nos appétits primaires et dont la plus-value sexuelle sera l’égalité homme-femme.

Notes

[1Le reportage « À quoi rêvent les jeunes filles ? » d’Infrarouge est disponible dans son intégralité sur Youtube

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