L’Europe verte est-elle l’Europe du futur ?

, par Jeanne Lemasson

L'Europe verte est-elle l'Europe du futur ?
Eoliennes à Peyrelevade-Gentioux. Crédit : Wikimédia Commons

ANALYSE. La transition écologique et le développement durable constituent, notamment depuis ces dix dernières années, un enjeu de taille en Europe. Si les pays scandinaves tels que la Suède, la Finlande ou le Danemark se trouvent à la tête du classement européen en terme d’énergies vertes, d’autres pays comme la Roumanie, la Pologne ou l’Allemagne sont quant à eux, à cause d’une utilisation abondante d’énergies fossiles, de gros pollueurs en Europe. Cette grande différence en terme d’empreinte carbone témoigne d’une réelle dysharmonie entre les pays de l’Union européenne sur l’intérêt réel porté à la transition écologique. Si depuis la révolution industrielle, le bilan en terme d’émissions de gaz à effet de serre n’a fait qu’empirer, des actions européennes et des progrès sont néanmoins apparus dans le but de limiter au maximum le dérèglement climatique.

Un Bilan écologique contrasté depuis ces dernières années

Une dépendance en énergies fossiles trop importante en Europe

La transition écologique et le développement durable, qui prônent le renouvellement de notre modèle économique et social pour le bien de la planète, sont entravés aujourd’hui par de nombreux secteurs de l’économie.

L’un des plus nuisibles est le secteur des transports : sa pollution en terme de gaz à effet de serre est en effet extrêmement importante. 13,41 gigatonnes de CO2 ont par exemple été émis en 2016 dans le monde, prouvant qu’une sérieuse révision des types d’énergies utilisés est nécessaire.

On trouve d’ailleurs en Europe une dépendance en matière énergétique considérable puisque celle-ci importe plus de la moitié de son énergie, notamment les énergies primaires comme le charbon, le pétrole et le gaz. De plus, celle-ci possède une empreinte écologique 2,2 fois supérieure à sa capacité biologique selon le WWF (World Wildlife Fund, la 1ère organisation mondiale de protection de la nature), ce qui signifie que les Européens continuent d’exploiter les ressources du reste du monde pour compenser leur déficit écologique croissant.

Or aujourd’hui, la dépendance que les pays ont pu créer envers les énergies non renouvelables constitue une grande partie du problème énergétique actuel. En effet depuis ces dix dernières années, plus de 95% des énergies du transport sont issus de pétrole. Parmi eux, l’aviation est le transport qui est le plus polluant. Pour de nombreux écologistes ou défenseurs de l’environnement, un des moyens efficaces de réduire ces émissions serait simplement de faire payer davantage de taxes aux compagnies aériennes sur les produits pétroliers, de façon à les rendre moins fréquents et limiter la pollution.

Or il faut savoir que dans le système actuel, l’économie prime presque toujours sur l’écologie et la santé. La menace de suppression d’emplois pourrait ainsi être la réponse proposée par ces compagnies aériennes, ce qui porterait ainsi préjudice au système économique : cela explique donc en partie pourquoi les progrès dans ce domaine peinent à avancer.

Une Union européenne verte qui avance à deux vitesses

Un autre problème auquel a longtemps été confrontée l’Europe est sa tergiversation à relever les défis énergétiques entre les pays de l’Union européenne. En effet, l’Allemagne représentait en 2018 à elle seule près d’un quart des émissions de CO2 en Europe. Elle constitue le pays le plus pollueur de l’Europe en raison de ses centrales à charbon (même si cela doit être provisoire) ; celle-ci est suivie par le Royaume-Uni ainsi que par la Pologne qui ont encore aujourd’hui fortement recours à l’utilisation d’énergies fossiles.

A l’inverse, des pays scandinaves comme le Danemark ou la Suède possèdent une empreinte carbone beaucoup plus basse car ceux-ci favorisent davantage les énergies renouvelables, notamment l’énergie hydraulique pour la Suède et l’énergie éolienne pour le Danemark. De fait, plus de la moitié de l’énergie consommée en Suède est issue de sources renouvelables depuis 2012, quant au Danemark, celui-ci est parvenu à couvrir 75% de sa consommation d’électricité en 2019 grâce à des énergies renouvelables.

C’est pourquoi grâce à ces chiffres, nous pouvons clairement affirmer que tous les États membres ne fournissent pas les mêmes efforts pour une meilleure transition écologique. De plus, les importations d’électricité au sein de l’Union européenne (comme le pratiquent notamment les pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne) obstruent encore davantage cette possibilité de réduction de la pollution en Europe.

Mais il faut savoir que les pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne, considèrent la transition écologique en tant que nouveau concept et nouveau mode de vie très difficile à appréhender. Tout d’abord, on pourrait dire que ceux-ci sont un peu moins sensibilisés aux problèmes écologiques que ne le sont les pays d’Europe de l’Ouest. De plus, le fait que ces pays produisent eux-mêmes du charbon tend à expliquer pourquoi ceux-ci ne l’achètent pas à l’étranger. Si ceux-ci devaient utiliser davantage d’énergies renouvelables, cela passerait par des investissements considérables réalisés surtout auprès d’entreprises étrangères. C’est pourquoi la transition écologique ne représente pas aujourd’hui, aux yeux du président polonais Andrzej Duda, une priorité.

Des progrès réalisés à l’échelle européenne

Des transitions envisagées rencontrant néanmoins certains obstacles

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’économie des pays industrialisés et même aujourd’hui de la planète entière a été fondée presque exclusivement sur les énergies fossiles.

Alors que cette dépendance des pays envers ces énergies non renouvelables ne faisait que s’accroître (en raison de leur grande efficacité énergétique et de l’amélioration des conditions de vie qu’elles ont permis), celle-ci a néanmoins ralenti à partir de l’année 1973. C’est en effet cette année là qu’a eu lieu le choc pétrolier qui s’est révélé terrible pour les pays du monde entier, lors de la guerre du Kippour (qui opposait Israël à une coalition arabe menée par l’Égypte et la Syrie).

Pour pénaliser les pays occidentaux qui soutenaient Israël, les pays arabes de l’O.P.E.P. (organisation des pays exportateurs de pétrole) avaient décidé de restreindre leur production pétrolière, faisant ainsi tripler voire quadrupler les prix du pétrole, ressource dont ne pouvaient se passer les économies occidentales. Pour cette raison, des pays comme la France ou les États-Unis ont décidé de développer la construction de centrales nucléaires lancée à grande échelle (d’autant plus que les réserves de charbon, énergie très polluante, étaient en voie de diminution). On pouvait par exemple compter plus d’une cinquantaine de réacteurs en France, permettant une indépendance énergétique et d’obtenir de l’électricité. Mais même si l’énergie nucléaire ne rejette pas de gaz à effet de serre, elle représente cependant des risques très élevés en cas d’accident, comme on a très bien pu le constater lors des catastrophes nucléaires de Tchernobyl ou de Fukushima.

Or, c’est après le terrible accident nucléaire de Fukushima au Japon, en 2011, que l’Allemagne a redécidé la fermeture des centrales nucléaires présentes sur son territoire, en réouvrant plutôt les centrales à charbon, qui serviront d’intermédiaire avant que ce pays ne réussisse à passer définitivement aux énergies renouvelables. Néanmoins, l’Allemagne se trouve à l’heure actuelle être le pays le plus pollueur d’Europe, d’où la nécessité de trouver rapidement dans les années à venir des sources d’énergies renouvelables qui puissent permettre une production suffisante d’électricité.

En effet, les problèmes souvent rencontrés avec les énergies renouvelables telles que les panneaux solaires ou encore les éoliennes, sont que ces énergies sont intermittentes. Celles-ci dépendent exclusivement des conditions météorologiques, ce qui augmente l’incertitude sur leur capacité de production d’électricité : s’il n’y a pas de vent ou de soleil, la production faite par ces éoliennes et panneaux solaires devient nulle. Voilà pourquoi la production électrique totale en Europe ou dans le monde ne provient pas majoritairement d’énergies renouvelables.

Des énergies et technologies innovantes pour une Europe plus verte

Aujourd’hui les voitures, camions et bus fonctionnent essentiellement au pétrole. L’enjeu rencontré par les pays européens ces dernières années a beaucoup consisté à trouver des modes de propulsion moins néfastes pour la planète, pour les différents types de véhicules. C’est pourquoi, les véhicules électriques ont de plus en plus été développés au niveau européen. En effet en 2019, la Norvège a vu ses parts de marché sur la voiture électrique monter jusqu’à 55,9% de même qu’aux Pays-Bas (15,1 %) et en Suède (11,4 %). D’ailleurs, afin de favoriser l’achat de ces véhicules, plus propices à une transition écologique, le gouvernement français a décidé d’accorder la somme de 7 000 euros pour chaque particulier achetant un véhicule électrique. En effet, le secteur automobile a été gravement touché par la crise de la Covid-19, c’est pourquoi il était important de soutenir cette filière, encore plus en renforçant le bonus écologique.

Or, même si les véhicules électriques n’émettent pas de CO2, la production de leurs batteries pose de grands problèmes environnementaux et sociaux. On peut en effet dire qu’une pression est exercée par le lithium, nécessaire pour la fabrication de batterie mais également pour les équipements informatiques et électroniques. Néanmoins, même si les performances de ces batteries tendent à s’améliorer, la production de lithium a besoin de beaucoup d’eau, ce qui détériore les écosystèmes et la survie des populations locales dans des zones qui connaissent déjà la sécheresse.

C’est pourquoi certains évoquent d’autres possibilités d’énergies comme les véhicules à hydrogène. Il faut savoir que l’hydrogène est l’élément chimique le plus simple que l’on puisse trouver dans l’univers. Certains véhicules fonctionnent déjà à l’hydrogène comme la voiture Toyota Mirai ou encore la Hyundai Nexo, même si celles-ci restent encore très chères (près de 70 000 euros) .

Or, le problème de ce type de propulsion hydrogène concerne la fabrication de celui-ci. La plupart du temps, il est issu de la transformation de gaz ou de pétrole, permettant d’associer les atomes d’hydrogène en quantité suffisante pour alimenter à grande échelle les véhicules et appareils électriques, mais cela ne résout en aucun cas le problème des émissions de CO2. Une autre voie semble ainsi prometteuse, il s’agit de la production d’hydrogène à partir de certaines sortes de bactéries. De nombreux scientifiques ont mené des recherches sur ce sujet tels que la doctorante suédoise en microbiologie Karin Willquist. Celle-ci affirme en effet qu’une bactérie nommée Caldicellulosiruptor saccharolyticus, serait capable de produire deux fois plus d’hydrogène que toutes les autres bactéries : preuve que cette énergie pourrait jouer un rôle déterminant à l’avenir.

D’ailleurs, l’Allemagne a décidé, dans le plan de relance mis en place dans les différents pays européens, de débloquer 7 milliards d’euros sur le plan de recherche hydrogène, énergie qui pourrait devenir également selon elle, l’énergie verte du futur.

La nécessité de réduire la dépendance des pays européens envers les énergies fossiles est donc fondamentale, puisque celles-ci nuisent grandement à l’environnement. Chaque pays devrait au fil des années s’appuyer de plus en plus sur des énergies propres et renouvelables. Or, pour se faire, une cohésion à l’échelle européenne doit se finaliser afin d’augmenter drastiquement les investissements et fonds européens destinés à l’utilisation de nouvelles énergies moins émettrices de CO2 et plus respectueuses de l’environnement, y compris pour les pays de l’Est, qui rencontrent un retard plus élevé concernant la transition écologique en Europe. C’est pourquoi un engagement européen permettrait ainsi d’accroître le développement de ces énergies, mais aussi dans le même temps d’augmenter l’indépendance énergétique des pays membres de l’Union européenne vis à vis des pays producteurs de gaz et de pétrole dans le monde.

Il est d’ailleurs convenu dans le plan de relance européen lié à la crise de la Covid-19 que 30% des 750 milliards d’euros engagés, doivent concerner le changement climatique afin de respecter la neutralité carbone en 2050, comme le désire la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

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