L’intégration des Roms de Bulgarie en 15 ans : « c’est possible » !

, par Aria Ribieras

L'intégration des Roms de Bulgarie en 15 ans : « c'est possible » !
Photo : Tout droit réservé.

La Bulgarie est en déclin démographique, désertée par les jeunes qui émigrent vers les pays d’Europe occidentale, le plus fort taux de natalité dans ce pays est celui de la communauté Rom. Sur une population totale de 7,2 millions d’habitants, les estimations de la population Rom dépassent le million de personnes. [1]

Aria Ribieras, rédactrice au Taurillon, s’est rendue dans les quartiers Roms de Nadejda, à Sliven (premier partie du reportage) et de Fakulteta, à Sofia (seconde partie) et a rencontré deux associations qui luttent pour les droits de ces communautés.

« Les jeunes Roms, de seize à vingt-cinq ans, représentent aujourd’hui vingt pour cent des jeunes arrivant sur le marché du travail bulgare. Et ils ne sont pas qualifiés, ils n’ont pas de compétences. C’est une bombe à retardement pour la Bulgarie si des solutions rapides ne sont pas mises en place. » Elena Kabakchieva, présidente de la Fondation pour la santé et le développement social (HESED). Selon une étude de la Banque Centrale datant de 2010, environ 23 pour cent des nouveaux entrants sur le marché sont en effet issus de la communauté Rom.

L’intégration : un jeu d’enfant ? Une matinée avec la fondation HESED dans le quartier Rom de Fakulteta à Sofia

Le ghetto de Nadejda est un cas très spécifique selon Elena Kabakchieva présidente de la Fondation pour la santé et le développement social (HESED), il y a à Sliven une « concentration extrême de tous les problèmes que rencontrent les minorités en Bulgarie ». Pour Elena, si l’action en matière de santé est nécessaire, elle doit être complétée par une approche de développement intégré, alliant éducation, santé et apprentissage social, pour assurer une intégration réussie des populations roms. Lors de l’entrée de la Bulgarie dans l’UE, de nombreux programmes visant à l’intégration de ces communautés ont été mis en place, répondant à un certain engouement international en faveur des Roms. Ces projets visaient entre autres à la déségrégation des écoles des quartiers roms ou à la mise en place de logements sociaux spécifiques. Souvent, ils isolaient en fait la « question rom » au risque de perpétuer la ségrégation.

Sur les politiques sociales nationales et les directions données par l’UE, Elena se confie : « Je suis très critique envers les mesures d’intégration qui ont été mises en place jusqu’à présent. En fait je suis surtout frustrée car encore aujourd’hui, les modèles et stratégies sont sur la même ligne que celle développée dans les années 1960 [déségrégation, écoles exemplaires sans les ressources humaines nécessaires, présence à l’école obligatoire mais pas d’enseignement de qualité, assistance sociale et éducative…]. Bien sûr, ce sont des mesures utiles pour certaines personnes mais elles provoquent des changements très lents. Et aujourd’hui on ne peut plus attendre que le vrai changement arrive dans cinq ou six générations. »

Elena travaille depuis vingt ans avec certaines communautés Roms à Sofia, notamment dans le quartier de Fakulteta, où vivent plus de 35 000 habitants. Deux centres, employant une quinzaine de personnes chacun et pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes, y ont été ouverts pour la mise en œuvre du Modèle pour un Développement Intégré qu’elle défend, véritable innovation sociale pour l’intégration des minorités.

Selon Elena, la question des tensions entre les traditions Roms, notamment le « vol » des fillettes et les mariages précoces, et la nécessité de protéger les droits des jeunes filles et des femmes, est une question qui devrait se poser de moins en moins avec un modèle d’intégration basé sur le développement personnel (santé, éducation et capacités sociales) dès le plus jeune âge (0-3ans) et le travail en parallèle avec l’environnement immédiat des enfants (famille et amis).

« Avec cet apprentissage dès le plus jeune âge, les jeunes filles ne rêveront plus de se marier. Avoir son diplôme du secondaire sera la nouvelle mode. Mais le travail avec les parents est absolument nécessaire pour un changement rapide des mentalités. »

Même si les stéréotypes ont la vie dure, Elena nous raconte qu’il n’est pas rare d’entendre ce type de remarques : « ce sont encore des enfants, ils sont mignons, mais après ils vont grandir et ils vont devenir des gipsees [Entendez : voyou, voleur] », elle parie sur une intégration en quinze ans si son modèle est généralisé.

Le projet a déjà été présenté à la Commission européenne, l’ancien commissaire à l’emploi, aux affaires sociales et à l’insertion Laszlo Andor a ainsi « été très impressionné » lors de sa visite du premier centre, rapporte Elena. Il n’y a pour l’instant pas de suite, mais en me raccompagnant à la lisière du quartier, elle me glisse à l’oreille « La semaine prochaine, nous allons recevoir une visite du Comité Economique et Social Européen, je vous raconterai la visite ». Une note d’espoir, peut-être pour le financement européen d’un modèle qui a prouvé, depuis vingt ans, son efficacité pour lutter contre la pauvreté et l’isolement des minorités Roms de Bulgarie.

Pour découvrir le premier épisode de ce reportage, lire : Les Roms de Bulgarie : des citoyens européens qui vivent dans des ghettos.

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Notes

[1Il est très difficile d’obtenir des données fiables sur la population rom. Les statistiques officielles ne prennent en compte que les populations qui se déclarent « Rom » et non pas les Roms vivant dans les mêmes quartiers mais qui se déclarent « Turcs » ou « Bulgares ». De plus un pourcentage important refuse de déclarer leurs origines ethniques. Les estimations vont ainsi généralement du simple (recensement) au double (études sociologiques). Ces estimations ont été rapportées par Elena Kabakchieva, présidente de la Fondation HESED, sur la base des chiffres de l’Institut National de Statistiques bulgare.

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