L’interconnexion entre deux Europe : le tunnel entre Helsinki et Tallinn

, par Corentin Vinsonneau

L'interconnexion entre deux Europe : le tunnel entre Helsinki et Tallinn
Golfe de Finlande Source Pixabay

Depuis les débuts de la construction européenne, les pays nordiques sont farouchement favorables à une adhésion. Cependant, hormis le Danemark, les pays du Nord se sentent éloignés du continent européen. Les pays nordiques ont depuis de nombreuses années, eu des relations entre-elles tendant à s’organiser comme un ensemble régional cohérent, partageant des langues nationales proches, structures économiques et sociales comparables. Cet espace, le Norden, est incarné par une coopération ancienne, qui a pu aboutir à certains accords comme l’accord sur l’abolition des permis de travail pour les ressortissants de tous les pays nordiques de 1954.

Afin de rapprocher le Norden du continent européen, a été mis en place des projets d’infrastructures importantes. On se rappelle du pont de l’Øresund, construit en 2000 reliant la Suède et le Danemark marquant le génie civil européen en la matière. Le dernier en date rapprochera la Finlande de l’Estonie. En effet, un nouveau tunnel sous-marin devrait être construit à travers le golfe de Finlande. Il sera ouvert entre 2030 et 2040, et permettra un transport fiable et rapide entre les deux capitales (Helsinki et Tallinn), offrant une connexion vitale entre la Scandinavie et l’Europe centrale.

Un projet d’interconnexion économique, environnementale et politique

Ce projet entre les deux pays est primordial à bien des égards. Le projet est dirigé par le Conseil régional d’Helsinki-Uusimaa en collaboration avec les villes d’Helsinki et de Tallinn, du comté de Harju, de l’Agence finlandaise des transports (FTA) et du Ministère estonien des affaires économiques et des communications.

En effet, il symbolise une connexion entre le Nord de l’Europe et l’Europe de l’Est. Les deux capitales sont déjà reliées par voies maritimes via des ferrys et des bateaux de passagers mettant environ 2h. Ils comptent près de 7,5 millions de voyageurs par an, y compris les services réguliers.

La construction du tunnel sous la mer d’une longueur de 92 km, sera le plus long au monde une fois achevé. Il permettra de réduire le temps de trajet de 2h à 30 minutes. Les deux pays avaient étudié la faisabilité de la construction du tunnel en prévision de l’augmentation du trafic atteignant 30 millions d’ici 2030. Le nouveau tunnel est donc en cours de construction pour desservir le nombre croissant de passagers et de voyageurs d’agrément entre les deux villes.

Cette même étude a également fixé la date d’achèvement du projet à 2040, et non au 24 décembre 2024, comme prévu initialement. Pour certains politiciens, ce projet semblait irréaliste au vu des travaux et du peu de bénéfices générés espérés. Cependant, ce projet augmentera les échanges de capitaux et renforcera les liens commerciaux entre les deux pays. De plus, le projet lui-même met l’accent sur l’emploi des travailleurs locaux et régionaux.

Ce projet est aussi environnemental. L’idée des travaux est de créer deux îles à 15 kilomètres des côtes respectives des deux pays. La plus grande île, au large des côtes finlandaises, sera selon Kustaa Valtonen, partenaire fondateur de FinEst Bay, à Emerging Europe « principalement construite pour des raisons techniques et de sécurité, en fournissant des éléments tels que des issues de secours et une ventilation ». Elle déclare également qu’« une deuxième raison est environnementale, car c’est le meilleur emplacement pour la roche extraite. Troisièmement, les avantages économiques sont considérables. L’île sera une ville à l’épreuve du temps avec un statut énergétique positif et sera entièrement conforme aux objectifs de développement durable. Il n’y aura pas de voitures, mais des passerelles pour faciliter les déplacements, avec des solutions de livraison modernes du dernier kilomètre pour favoriser une vie heureuse. ».

C’est davantage un projet politique qui est mis en avant. Dans la région, la création de ce tunnel est vue comme un avantage pour l’ensemble du continent européen. Anne Berner, ministre finlandaise des transports, a noté en 2018 que le tunnel, avec le projet ferroviaire Rail Baltica et la ligne de chemin de fer arctique « relierait la région arctique au cœur de l’Europe via la Finlande. Le tunnel pourrait donc être un projet important pour toute la Finlande et l’Europe, pas seulement pour Helsinki et Tallinn. ». Cette interconnexion a des enjeux géopolitiques pour l’Union européenne pour intégrer au mieux les pays scandinaves avec le reste du continent européen.

Des millions d’euros sur la table : quels acteurs financiers ?

Une structure comme celle-ci devrait nécessiter environ 14 milliards de dollars. Mais d’où proviennent les fonds ? Le projet est financé par l’Union européenne, mais également des investisseurs privés et publics et les gouvernements finlandais et estonien. En juin 2016, l’Union a accordé 3,1 millions d’euros (3,3 millions de dollars) pour les études de faisabilité du projet de tunnel Helsinki-Tallinn.

Le projet sera financé en partie par le programme de la Baltique centrale, qui relève de la Coopération territoriale européenne et cofinancée par le Fonds européen de développement régional (FEDER). Une autre partie du financement sera versée par des fonds chinois. Pas moins de 15 millions de dollars d’investissement sont prévus. La question des investissements chinois pose la problématique du développement de l’initiative des Nouvelles routes de la Soie qui vise à faciliter l’accès aux investisseurs chinois de marchés mondiaux. Certains ont critiqué l’interventionnisme des Chinois dans le projet. À ce jour, la Chine investit dans pas moins de 152 pays à travers le monde.

Considérant les millions mis en jeu pour le projet, Henrik Hollei, directeur général de la mobilité et des transports à la Commission européenne, a remis en cause la nécessité du tunnel, en déclarant : « Nous parlons d’un investissement de l’ordre de 15 à 20 milliards d’euros, même si aujourd’hui nous avons des liaisons maritimes qui assurent un transit relativement rapide de Tallinn à Helsinki. Je suis absolument certain que si ce tunnel devait se concrétiser, il ne rendra en aucun cas les choses moins chères pour le passager. » Après certaines études de faisabilité, le projet devrait permettre d’injecter de 4 à 6,9 milliards d’euros par an. Ces revenues permettront un niveau de développement au niveau régional, une interconnexion ferroviaire vers les pays de l’Europe de l’Est.

Ce projet est également la concrétisation d’une aspiration de l’Estonie de renforcer son identité nordique et la rapprocher de ses voisins du Nord, notamment de la Finlande qui possède une langue officielle très proche. Ce nouveau « Tunnel sous la Manche » ancre d’autant plus les deux pays européens au continent.

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