Alors que vient d’avoir lieu le 29 août 2026 un référendum en Islande remettant sur la table la reprise des négociations pour une potentielle adhésion à l’Union Européenne, le « Non » l’a finalement emporté, gelant toute évolution. Mais que représente exactement ce « Non » et quelle histoire et rapport entretient exactement l’Islande avec l’Union européenne ?
Un « Non » qui s’impose de justesse
Pour les europhiles, la prospective de ce vote pour la reprise de négociations autour d’une adhésion à l’Union européenne laissait planer les espoirs d’un regain d’intérêt pour l’UE, le « Oui » ayant figuré pendant une longue partie de la campagne en courte tête des sondages. Mais c’est finalement le « Non » qui s’imposa aux résultats finaux avec 52,8% contre 47,2%. Les résultats sont très partagés entre zones urbaines et rurales. Le pays de 400 000 habitants a vu ses résultats dans sa capitale, Reykjavik, tendre vers le oui (57,5%), mais les circonscriptions rurales, elles, ont voté majoritairement pour le non.
Ce résultat s’explique sur plusieurs points : la campagne du référendum était centrée sur les thèmes de l’économie, de la pêche et de l’état actuel des relations qu’entretient l’Islande avec l’UE. Le secteur de la pêche compte particulièrement pour l’économie islandaise, les produits de la mer représentent près de 40% des exportations du pays et 8% de son PIB. Une adhésion à l’UE aurait obligé l’Islande à se conformer à la politique commune de la pêche européenne avec ses quotas entre États membres et une ouverture de son espace maritime, ce que de nombreux pêcheurs locaux n’étaient pas prêts à entendre. Ce secteur a ainsi été décisif dans la victoire du « Non » en particulier dans les zones rurales.
Un refus qui n’empêche pas une forte présence en Europe
En dépit du « Non », l’Islande fait depuis longtemps indirectement partie de nombreux accords européens. Cela place le pays dans une position particulière, il peut bénéficier de certains avantages du marché commun, sans certaines de ses obligations, proche du cas de la Norvège.
Tout d’abord, l’Islande existe en tant qu’État et république pleinement indépendante depuis 1944 après sa séparation avec le Danemark. Cette première étape permit à l’Islande de se développer indépendamment, en particulier sur la pêche tout comme dans l’industrie de l’aluminium.
La pêche, par son importance économique, a toujours été un sujet de grande préoccupation pour le pays, souvent traité comme une « ligne rouge » à ne pas franchir lors de tout accord. Cet enjeu fut particulièrement reflété lors de la « Guerre de la morue », une série de conflits économiques entre l’Islande et le Royaume-Uni sur l’étendue des zones de pêche après que l’Islande eut successivement décidé d’étendre sa zone de pêche en 1952 et 1959. En réponse, le Royaume-Uni avait envoyé sa marine en représailles, sans conflit ni combat direct, mais pour faire pression. Après plusieurs revendications et pour étendre sa zone de pêche à 200 miles nautiques, l’Islande a réussi à faire plier l’UE et le Royaume-Uni pour qu’ils acceptent cette délimitation en 1976, une distance similaire à celle de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer et les zones maritimes. C’est en partie dû à ce conflit que l’Islande reste aujourd’hui réticente à une intégration européenne qui inclurait une révision dans le contrôle qu’elle exerce sur son espace de pêche.
Ces conflits n’ont pas empêché l’Islande de s’intégrer progressivement dans certains programmes européens. Le pays a rejoint en 1970 l’Association européenne de libre-échange (AELE) qui comprend la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, permettant ainsi d’établir une zone de libre-échange en Europe. En 1992, l’Islande signe l’accord sur l’Espace économique européen, lui permettant ainsi de prendre part au marché unique européen. Elle intègre aussi l’espace Schengen en 2001, ce qui facilite à son tour la libre circulation des personnes.
C’est ainsi par une série de plusieurs accords au fil des décennies que l’Islande, bien que non membre de l’UE, parvient à bénéficier de ses espaces d’échanges, sans toutefois avoir une « voix » dans les décisions majeures de l’UE puisqu’elle n’est pas représentée dans ses instances législatives (Parlement européen et Conseil de l’UE). La souveraineté, au cœur de la campagne du « Non » reste donc partiel : une grande partie décision prise par les 27 Etats membres concernant le marché intérieur doit être appliquée par Reykjavik selon les règles de l’accord de l’Espace Économique Européen..
D’une série de va-et-vient sur la question de l’intégration européenne
Cela fait maintenant presque deux décennies que la question de l’intégration européenne est sur la table. Une première série de négociations en vue d’une adhésion avait été mise en place en 2009 sous l’impulsion d’une alliance des sociaux-démocrates, menée par la Première ministre de l’époque, Jóhanna Sigurðardóttir. Du fait de la crise financière de 2008, la valeur de la couronne islandaise, sa monnaie, avait considérablement chuté. Une adhésion à l’UE et à l’euro aurait pu jouer comme argument d’une meilleure stabilité économique. Cependant, à la suite de l’élection de 2013, cette alliance a perdu sa majorité, au profit de deux partis de centre-droit plus eurosceptiques, qui mirent en pause les négociations, pour finalement les abandonner en 2015. Entre-temps, l’économie se portait mieux, et l’intérêt d’une adhésion à l’Union européenne diminua.
Il fallut attendre 2024, à la suite des élections parlementaires, pour observer des évolutions. Les sociaux-démocrates ont retrouvé le pouvoir, avec le gouvernement de Kristrún Mjöll Frostadóttir, composé d’une alliance entre trois partis. Une de leurs promesses électorales consistait à proposer un nouveau référendum d’ici 2027 pour une potentielle relance des négociations avec l’UE. Une question qui n’entend pas demander une adhésion complète et formelle, mais bien juste une reprise des négociations.
Le regain d’intérêt pour l’UE
Cette volonté d’intégrer l’UE peut s’expliquer aux yeux des Islandais pour plusieurs raisons. Bien que l’économie européenne ne soit pas la plus dynamique, elle offre tout de même une stabilité monétaire et un marché unique. L’Islande, très dépendante de ses exportations, dont une large part se dirige en Europe, en bénéficie déjà mais pourrait peser plus en s’offrant une voix lors des décisions européennes sur lesquelles elle ne peut placer un mot pour l’instant.
L’UE offre, dans une certaine mesure, un sentiment de sécurité. Entre menace de guerre commerciale avec les États-Unis, prise d’intérêt autour du Groenland et remise en question de l’avenir de l’OTAN, l’UE a de quoi attirer en tant que partenaire plus prévisible pour sa sécurité. L’Islande ne dispose d’aucune armée et dépend entièrement de l’OTAN. Un retrait des États-Unis pourrait menacer l’île si aucune défense ou solidarité n’est là pour prendre la relève.
Enfin, une adhésion à l’UE offre des garanties en termes de soutiens financiers pour des projets de développement, face auxquels se pose toujours le débat de la contribution à accorder en échange. Des estimations indiquent qu’une adhésion de l’Islande signifierait que le pays contribuerait annuellement entre 70 millions et 105 millions d’euros à l’UE, soit potentiellement jusqu’à 9% du budget de l’État, sans précision des retours en direction de l’Islande.
Après le « Non », quelles perspectives à venir ?
Ainsi, la victoire au référendum du « Non » laisse sous-entendre la victoire d’une préservation des accords préexistants sur la pêche, le refus d’une « potentielle » intégration européenne, comme sur la question de la sécurité. Ce n’est en soi pas un « non » complet à l’UE, mais un désir d’en rester au « statu quo » des accords existants. Ce « Non » laisse tout de même planer un doute sur la valeur et la perception de l’UE pour des États externes, où la contrainte semble toujours primer face aux avantages d’une adhésion. À l’UE de se pencher dessus pour réfléchir à sa puissance d’attractivité, dans un contexte où l’Islande n’était pas le seul pays envisageant d’intégrer l’UE.
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