L’Italie aux urnes… pour le meilleur et pour le pire

, par Emma Giraud

L'Italie aux urnes… pour le meilleur et pour le pire
Tout droit réservé

A quelques jours du scrutin en Italie, l’issue reste toujours incertaine, pour plusieurs raisons. Difficile de dire quel gouvernement - parlons plutôt d’options à ce stade - sortira des urnes, tant les partis protagonistes - y compris ceux membres d’une coalition - sont susceptibles de se repositionner après le 4 mars en vue d’une éventuelle coalition gouvernementale. Après un premier article sur le fond et la position des partis au début de la campagne, il est temps d’en dresser un bilan et de se pencher sur les scénarios envisageables au lendemain du 4 mars.

CQFRetenir de la campagne…

…au final assez peu passionnante. Au-delà des programmes élaborés par chaque parti, la campagne s’est concentrée sur quelques grandes thématiques : l’immigration, le marché du travail (Jobs Act, salaire minimum, etc.) et plus largement la situation économique du pays, le coût de l’accès à l’éducation, ainsi que toutes sortes de mesures fiscales et sociales (flat tax, augmentation des pensions, etc.). Des propositions impliquant souvent des dépenses ou des baisses de recettes se comptant en milliards d’euros pour le pays, alors que ce dernier reste toujours lourdement endetté - mais quand on aime, on ne compte pas… Beaucoup donc de déclarations, sans que l’on ne comprenne toujours très bien les modalités de mise en œuvre. Par ailleurs, à l’image de précédentes campagnes dans d’autres pays européens, l’Europe aura été un facteur clivant dans le positionnement des partis, notamment sur des sujets tels que l’économie et l’immigration, le débat sur celle-ci ayant été exacerbé par des tirs d’un proche de la Lega Nord sur un groupe de migrants à Macerata début février, qui ont suscité en retour des manifestations antiracistes non seulement dans la ville mais aussi à travers le pays.

Défendre son programme… et décrédibiliser ses adversaires. Un phénomène à la mode, en tout cas amplifié ces dernières années probablement par les intenses campagnes médiatiques accompagnant de facto la campagne politique, consiste à détruire le programme de ses adversaires autant qu’à défendre le sien. L’Italie n’aura pas échappé à cette logique en 2018, ceci d’autant plus que les candidats n’ont pas eu de réelles occasions de confronter leurs idées et propositions en face à face. A coup de punchlines et de tweets, les candidats se sont donc attachés à décrédibiliser autant que possible leur droite et/ou leur gauche, sur la base d’arguments aussi variés que l’hypocrisie, les affaires judiciaires, la malhonnêteté financière, l’inefficacité en tant que parti de gouvernement, etc.

Plus d’un électeur sur trois ne sait toujours pas pour qui voter. A quelques heures du scrutin, des millions d’Italiens sont toujours indécis quant au bulletin à glisser dans l’urne. Il faut dire que la dispersion des acteurs sur la scène politique - où la coalition de droite n’aura finalement été qu’une façade - n’aide pas beaucoup. Il faut également savoir que le système de vote italien n’offre pas la possibilité aux Italiens résidant dans une commune, mais toujours inscrit sur la liste électorale de leur commune d’origine, de donner procuration à une personne tierce. Des milliers d’Italiens, qui n’ont pas forcément la possibilité de traverser le pays en un week-end, se verront donc privés de la possibilité de voter. A noter également la relative brièveté de la campagne qui s’est limitée à quelques semaines (pas un seul débat rassemblant tous les partis, mais de simples interviews individuelles superposées...), suite à l’annonce de la dissolution du Parlement par le Président de la République italienne, Sergio Mattarella, le 28 décembre dernier.

Quels scénarios possibles le 5 mars au matin ?

1. La coalition de droite (Forza Italia, la Lega, Fratelli d’Italia et Noi con l’Italia) pourrait arriver au seuil de 40% des suffrages, un repère (symbolique) pour espérer pouvoir former un gouvernement - mais qui reste mouvant du fait de la complexité de la nouvelle loi électorale, associant proportionnalité et majorité. Toutefois, même dans l’hypothèse d’une avance suffisante - qui est loin d’être garantie - la cohérence de cette coalition sera probablement mise durement à l’épreuve dans la mesure où jusqu’à présent, elle n’a développé ni programme commun - tout au plus quelques idées - ni organisé d’événements significatifs en commun ni désigné… un potentiel candidat Premier commun en cas de victoire. Non, ce dernier sera tout simplement désigné en fonction du parti qui arrivera en tête au sein de la coalition - le match se jouera entre FI et la Lega, sur le principe : Que le meilleur gagne !

2. Le Movimento 5 Stelle (M5S), qui se revendique comme le premier parti d’Italie au vu des estimations de votes (à 28%, effectivement supérieures à celles des autres partis principaux, à savoir le PD, FI et la Lega notamment), demeure réticent à négocier avec d’autres forces politiques sur de grandes orientations. Des discussions avec la Lega Nord, également en relative bonne position (autour de 14% dans les sondages), seraient envisageables même si l’intensité et la radicalité du discours des deux partis varie de manière assez conséquente sur certains sujets. En tout cas, fort de sa position en tant que - très - probable premier parti d’Italie le 5 mars au matin, le M5S sera un acteur majeur en vue d’une éventuelle coalition gouvernementale. Son leader, Luigi di Maio, a déjà dévoilé publiquement une équipe gouvernementale M5S hypothétique…

3. Une alliance Partito democratico (PD) - Forza Italia serait pour beaucoup, surtout hors d’Italie, un compromis tout à fait acceptable, dans la mesure où le PD (autour de 24% des estimations de vote) s’ancre ouvertement sur la dynamique européenne et que FI (autour de 16-17% dans les sondages) s’inscrit aussi dans cette tendance, quoique plus conservateur. Si les deux partis ne s’affichent pas enthousiastes face à cette idée, ils ont déjà expérimenté ce schéma pendant quelques mois après les élections de 2013. Du côté de FI, Antonio Tajani, Président du Parlement européen, a accepté de devenir le candidat Premier du parti à la suite de la proposition de Silvio Berlusconi.

Enfin, en cas d’absence d’accord entre les protagonistes, le Président Mattarella pourrait donner la charge à un Premier « technocratique » de constituer un gouvernement technique, ou bien appeler à de nouvelles élections…

L’issue du scrutin pourrait donc se décider dans les prochaines heures voire le jour J. Par ailleurs, comme dans plusieurs autres pays ces dernières années, l’abstention pourrait faire figure de gagnant, ce qui constitue un défi démocratique peut-être encore plus important que la montée de mouvements populistes. Par ailleurs, l’Italie, même en cas de coalition PD-FI (scénario le plus optimiste d’un point de vue européen), ne sortira probablement pas renforcée de ces élections. Ni au niveau national, étant donné la division sur la scène politique et au sein de la population. Ni au niveau européen, d’une part, car le format de coalition ne devrait pas lui permettre de gagner en poids ni en influence à cette échelle, et d’autre part, car deux des hommes forts italiens dans la sphère européenne aujourd’hui, Antonio Tajani et Gianni Pittella (actuel président du groupe S&D au Parlement européen, candidat au Sénat italien dans la région Basilicate), sont susceptibles de faire leur retour sur la scène nationale, laissant ainsi vacants deux postes d’influence majeure au Parlement européen.

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