L’Union Européenne désarmée face aux crises ?

, par Paul Desplaces

L'Union Européenne désarmée face aux crises ?
Charles Michel en vidéo conférence avec les dirigeants européens. Image : European Union 2020

La Communauté européenne est imaginée par ses pères fondateurs comme un outil au service de la paix et de la stabilité entre les nations du vieux continent. Toutefois, ils sont nombreux à avoir oublié que si les crises peuvent être d’ordre diplomatique, elles peuvent aussi être économique, sanitaires, politiques ou institutionnelles. Ainsi l’UE a bâti un modèle extrêmement performant en temps de prospérité, mais se révèle désarmée en temps de crise, pour le meilleur comme pour le pire.

Comment en est-on arrivé là ?

L’histoire semble se répéter, seuls les prémices changent. En 2008, la bulle spéculative autour de l’immobilier (sub-prime) éclate, engendrant la récession de la zone euro. La Grèce se trouve au bord du précipice, l’intégrité de la zone est menacée. Heureusement les vieilles recettes d’austérité, le « sauvetage » des banques, la mise sous tutelle de la Grèce, permettent de sauver les meubles. Néanmoins aucune réelle solution n’est apportée. Aujourd’hui la crise du coronavirus est non seulement un fléau sanitaire mais est de surcroît devenue une crise économique et financière. Certains spécialistes l’estiment supérieure à celle de 2008, voire comparable à celle de 1929. Si l’Union est d’abord et avant tout une réussite de coopération d’un point de vue économique, c’est aussi son plus grand défaut.

Les crises économiques et financières révèlent les limites de l’UE en matière de solidarité, de coopération et de réponses communes. Elles entraînent des crises politiques, voire institutionnelles. C’était déjà le cas en 2008 lorsque la crise a menacée la pérennité de la zone euro, c’est de nouveau le cas aujourd’hui. Les conséquences économiques et financières des deux crises ont été abordées d’un point de vue national plutôt que communautaire. Les réponses unilatérales permettent certes une grande réactivité face à ce genre d’évènements mais se révèlent être contre productives sur le long terme pour des États aussi intégrés que ceux de l’UE. Si dans leur très grande majorité les 27 ont fait le choix du confinement une poignée d’irréductibles ont préféré scandé « the show must go on ». Si les traités ne prévoient pas de réponses à ces crises, c’est à nous de les trouver.

500 milliards pour sauver l’UE ?

C’est le chiffre annoncé lundi 18 mai lors d’une « visioconférence de presse » commune entre la France et l’Allemagne pour faire face à la crise. L’intérêt de cette déclaration n’est pas la somme annoncée - qui par ailleurs est bien trop faible quand l’on voit que rien que pour la France les pertes se chiffrent à 60 milliards par mois - mais bien la nécessité de l’intervention du couple franco-allemand. Cette déclaration n’est pas vaine, elle montre la véritable volonté d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel d’une « envie d’Europe ». C’est un signe extrêmement fort. Alors que longtemps l’ordo-libéralisme allemand était la pierre angulaire des politiques budgétaires et monétaires de l’UE, elle offre aujourd’hui la possibilité de s’en affranchir. Et pour cause, l’annonce phare est bien la mutualisation de la dette, une première en Europe ! C’est aussi une aide directe aux pays les plus touchés qui est envisagée. Nos deux dirigeants connaissent l’importance que revêt le couple franco-allemand à travers notre histoire et celle de l’accomplissement de l’UE.

C’est d’abord les mains tendues de De Gaulle et Adenauer, puis Pompidou et Brandt face à la Guerre froide suivi de la grande entente entre Giscard d’Estaing et Schmidt, et bien entendu l’apogée de ce couple avec Kohl et Mitterrand « main dans la main ». Comme dans chaque couple il peut arriver que le mariage batte de l’aile comme Schröder et Chirac, mais cela ne fait que renforcer ces relations en cas de crise comme l’ont montré Merkel et Sarkozy en faisant face à la tempête en 2008. Les 500 milliards sont donc bien plus qu’une aide, c’est avant tout l’annonce d’un nouveau « projet commun » pour reprendre l’expression consacrée d’Hubert Védrine. La modification des institutions et leur évolution nécessite l’aval des États membres.

Qui de mieux que le couple franco-allemand pour se porter garant de ce projet ? Si parfois la bureaucratie européenne peut faire peur, la pragmatisme allemand et le flegme français rassurent. Toutes les grandes avancées de l’Union européenne en vigueur aujourd’hui sont nées de ce couple, l’élection du Parlement européen au suffrage universel, le marché unique, l’espace Schengen, la monnaie commune et la citoyenneté européenne. L’Union européenne ne se réforme pas d’un coup d’un seul, elle requiert la majorité qualifiée, voire l’unanimité de ses membres. Quand ses deux premières puissances s’accordent sur de tels sujets de fond et permet à l’UE d’entrevoir un avenir meilleur l’occasion se saisit car elle ne reviendra pas. L’Union européenne trouve dans ses malheurs et dans les crises qu’elle traverse la force de se relever plus forte. Ces crises mettent à l’épreuve sa stabilité, son fonctionnement, ses institutions et sa coopération avec les États membres. L’UE est véritablement désarmée face aux crises, ses institutions ont une très faible marche de manœuvre, tant que l’UE ne sera pas dotée d’un vrai budget à la hauteur de ses espérances le problème restera le même. Il est néanmoins à noter que ces crises permettent à l’UE de perfectionner son fonctionnement et apporter des solutions là où il en manque, et pourquoi pas de se réinventer.

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