La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

, par Valéry-Xavier Lentz

La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

La crise politique Belge se prolonge. Le point de vue francophone étant mieux connu, le Taurillon a voulu offrir un autre point de vue à ses lecteurs en interrogeant Olivier Hinnekens, engagé à la fois en faveur de la construction européenne et au sein du parti démocrate-chrétien flamand du premier ministre de la Belgique, Yves Leterme.

Le Taurillon : La nomination d’un gouvernement sous la direction de Yves Leterme, plusieurs mois après les élections, devait marquer la fin de la crise politique en Belgique. Il semble que ce ne soit pas le cas. Le pays s’oriente-t-il vers une scission ?

Olivier Hinnekens : La nomination d’un gouvernement de transition « Verhofstadt III », le 21 décembre 2007 avait plusieurs buts :

- régler quelques problèmes urgents, pour lequel un gouvernement en affaires courantes n’est pas compétent tel que faire un budget, certains décisions économiques
- essayer de trouver une sortie du blocus total en ce qui concerne les négociations communautaires
- arrêter le compteur des jours sans gouvernement

Le gouvernement « Leterme I » a débuté avec un budget, un accord réduit sur une première phase de réforme institutionnel (« les miettes ») et un accord sur une procédure pour élaborer une deuxième phase pour le 15 juillet ; sans accord sur le contenu de cette deuxième phase.

Le dossier BHV ne faisait pas partie de cet accord, vu qu’il était en suspens à cause de différentes procédures qui permettaient de repousser un vote pour longtemps. Cela étant dit, il n’y aura pas d’accord sur le fond le 15 juillet sans un accord sur BHV. Leterme I a reçu du côté néerlandophone un mandat conditionnel, qui dépend d’une obligation de résultat le 15 juillet. En résumé, les politiques se sont accordés un délais supplémentaires mais la dispute n’était pas vraiment réglée.

Si le gouvernement ne produit pas un compromis honorable le 15 juillet, il est possible qu’il perde sa majorité parlementaire et que la Belgique se retrouves en pleine crise. De là à une scission du pays, il reste encore un grand pas à franchir et la majorité de la population aussi bien en Flandres, à Bruxelles, qu’en Wallonie ne sont pas demandeur d’une séparation. Cela étant dit, la radicalisation des esprits est très réelle des deux côtés de la frontière linguistique et si on n’arrive vraiment plus à se mettre d’accord sur un projet pour le pays…

Le Taurillon : Les positions des partis flamands sont perçues comme radicales à l’extérieur de la Belgique. La Flandre a mauvaise presse hors de ses frontières. Est-ce mérité ?

Olivier Hinnekens

Olivier Hinnekens : Les problèmes belgo-belges sont très souvent fort complexes — et très Belges — ce qui fait qu’ils semblent souvent surréalistes pour des observateurs externes. Le fait que la presse étrangère et les fonctionnaires étrangers parlent, logiquement, beaucoup plus souvent le français que le néerlandais, a pour conséquence qu’ils sont beaucoup plus familiers avec un seul point de vue et qu’ils regardent très souvent les discussions à travers des lunettes francophones. À cela s’ajoute l’image de certains partis politiques flamands qui sont en effet extrémistes.

Le Taurillon : Certaines affaires récentes sont mal comprises hors de la Belgique. Est-il légitime qu’un maire élu soit recalé pour s’être adressé à ses concitoyens francophones dans leur langue ?

Olivier Hinnekens : En Belgique on ne connais pas le système du maire élu directement par la population. Le maire est en effet proposé par une majorité dans le conseil communal et nommé par le gouvernement, sur base d’une recommandation du gouverneur. Le maire n’est pas seulement le président du collège communal, il a aussi des fonctions propres comme représentant du gouvernement et est responsable pour le maintien des lois et décrets sur son territoire. Quand un individu déclare qu’il refuse obstinément d’observer la loi et les règlements et qu’il commet des infractions à plusieurs reprises par la suite, cette personne se déclare soi-même incompétent pour être considéré comme celui qui va être le responsable pour faire respecter la loi dans sa ville. Ce qu’on oublie de dire très souvent, c’est que plusieurs maires francophones élu en BHV ont bel et bien été nommé par le gouvernement flamand. Il y a d’ailleurs aussi des maires à Bruxelles et en Wallonie qui n’ont pas été nommé par leur gouvernement pour des infractions mineurs, qui les disqualifiaient

Le Taurillon : En ce qui concerne l’arrondissement BHV, en quoi le bilinguisme de ces communes à population majoritairement francophones serait-il inacceptable ?

Olivier Hinnekens : Le bilinguisme est le statut de Bruxelles. Dans certains communes autour de Bruxelles il y a des facilités qui ont été introduites pour aider la transition des habitants qui devenaient à ce moment Flamands. Toutes les communes étaient à ce moment en grande partie néerlandophones avec une minorité significative de francophones. Cela n’est en effet plus le cas dans certaines de ces communes ou maintenant un majorité des gens, qui y ont déménagé sont maintenant francophones. Mais si on suit la logique que pour cette raison là on doit changer le régime linguistique que l’administration communale autorise, il y aura certaines communes de Bruxelles ou la langue à utiliser par les autorités communales devrait devenir l’arabe ou l’anglais. Un bilinguisme actif d’une administration communale veut aussi dire que tout fonctionnaire doit maitriser les deux langues. Cela est en effet le cas dans les communes à facilités, mais pas du tout dans tout les 19 communes de Bruxelles, qui sont de statut bilingue et ou cela devrait être une évidence. Le problème de beaucoup de flamands est que bilinguisme veut dire pour certains qu’on doit pouvoir parler le français partout, pas que les autorités et toute l’administration devrait être bilingue.

Le Taurillon : Tu parles d’habitants qui deviennent Flamands, pourtant il ne s’agit pas d’une nationalité. Par ailleurs le français est une des trois langues ayant un statut officiel en Belgique. Pourquoi l’assimiler à des langues étrangères ?

Olivier Hinnekens : En effet, je me suis mal exprimé. Les gens ne sont pas devenus Flamands ou Wallons à cause de la décision sur le régime linguistique qui s’appliquerait à leur commune, quand un accord a été trouvé sur la frontière linguistique. On s’est tout simplement mis d’accord sur la question de savoir dans quelle langue les autorités publique s’adresseraient aux citoyens. À Bruxelles on a décidé que l’administration serait bilingue et que chaque citoyen pourrait s’adresser soit en néerlandais soit en français à sa commune et aux autorités régionales de Bruxelles. En Wallonie, il s’agit du français, en Flandres du néerlandais et dans les communes germanophones de l’allemand et du français. Pour aider les minorités linguistiques relativement importantes dans certains communes (dont six dans le « Rand », la périphérie de Bruxelles) on a instauré un système de facilités linguistiques où, à la demande du citoyen concerné, il peut recevoir un document de sa commune dans la langue à facilité, qui dans le Rand est le français. Mais cela ne change en rien le régime linguistique de la commune.

Le français et le néerlandais (et en moindre mesure l’allemand) sont les langues officiels de la Belgique, ce qui fait que chaque loi ou règlement qui est d’application dans tout le pays (donc fédérale) doit être publié dans les deux langues. C’est aussi le cas pour Bruxelles qui est officiellement bilingue, mais pas pour les décrets ou décisions qui ne sont d’application qu’en Flandre ou en Wallonie. Le néerlandais n’a aucun statut priviligié en Wallonie ni le français en Flandre. Le fait que néerlandais, français et l’allemand sont des langues officiels pour la fédération belge est aussi peu pertinent pour le régime linguistique dans une commune ou dans une région que le fait que l’estonien, le finlandais, le bulgare ou le portugais sont des langues officielless de l’Union européenne. Ou aussi peu pertinent que le fait que le néerlandais est une des langues officielles de l’Union européenne l’est pour une commune dans la France profonde ou dans la ruralité roumaine.

Le Taurillon : Yves Leterme et son parti sont-ils nationalistes ?

Olivier Hinnekens : Le CD&V n’est pas plus nationaliste qu’un autre parti flamand ou francophone. La nouvelle présidente du parti vient de réaffirmer qu’il est nullement l’ambition du parti d’écrire les derniers pages de l’histoire de la Belgique. Ce qui fait la différence entre partis démocratiques flamands et francophones est le fait que les Flamands sont plus régionalistes, non pas par nationalisme, mais par conviction qu’on ne peut pas traiter des problèmes totalement différents, sur le marché du travail ou dans l’économie, par la même solution. Il y a une énorme différence entre les problèmes auquels la Flandres doit faire face et les problèmes de Bruxelles et de Wallonie. La Flandre est en pénurie de main d’œuvre et n’a plus de problème de jeunes sans emploi, là ou cette catégorie est au centre des efforts en Wallonie et à Bruxelles. Le taux de chomage à Bruxelles est trois fois celui de la Flandre. En plus, il y a une mobilité de main d’œuvre très réduite entre régions. L’argument pour plus de responsabilités pour les régions n’est pas émotionnel, il est rationnel.

Le Taurillon : Étant donné ta culture politique fédéraliste, quelles sont selon toi les causes de l’échec du fédéralisme belge ? Le pays est-il encore fédéral ou plutôt confédéral ?

Olivier Hinnekens : Il est un peu tôt de parler de l’échec du système belge. Jusqu’à maintenant, la Belgique reste un bel exemple de cohabitation paisible entre les influences latines et germaniques. Le mariage passe par un moment difficile, mais cela ne veut pas dire que l’on va se séparer ou divorcer. Mais pour survivre, il faut faire un new deal. Il est clair que dans un système fédéraliste on n’arrive jamais à une solution définitive. Il y a toujours des choses qui changent. C’est la même chose dans l’Union européenne.

Le Taurillon : Dans quelle mesure un engagement pro-européen et fédéraliste est-il compatible avec l’adhésion aux thèses de Yves Leterme ?

Olivier Hinnekens : La question est du moins curieuse. Yves Leterme est un chrétien-démocrate flamand, comme Eyskens, ou Wilfried Martens ou Jean-Luc Dehaene. Je ne connais pas de thèses de Yves qui serait anti-européenne ou anti-fédéraliste. Bien au contraire, le jour ou sa carrière belge prendrais fin, il retournera probablement à la Commission européenne, dont il est fonctionnaire. La ligne pro-européenne de la Belgique n’est donc pas en danger.

Le Taurillon : Quels sont les scénarios possibles pour la Belgique dans les prochaines années ? Quel est celui qui a ta préférence ?

Olivier Hinnekens : Avec un peu de bon sens on trouveras dans les années à venir un nouveau équilibre institutionnel dans le pays, qui est mieux adapté à repondre aux défis qu’on a devant nous, sans casser la solidarité dans la société ou entre régions. Et qui sait peut-être on aura à nouveau une équipe de foot dont on peu être fier. Mais pour les deux : on y travaille et cela risque de prendre un peu de temps… Mais je suis relativement confiant que l’on y arrivera.

Olivier Hinnekens est vice-président du Mouvement Européen international. Il est membre du parti démocrate-chrétien et Flamand CD&V (PPE).

Illustration : le Palais de la Nation à Bruxelles. Photo sous licence Creative Commons. Source Flickr.

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Vos commentaires

  • Le 12 juin 2008 à 02:43, par Damien Routisseau-Magrou En réponse à : La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

    cher VLK, Olivier,

    une interview tres interessante, evidemment, mais qui a mon avis n’eclaircit pas un certain nombre de problemes. Je me permettrai, Olivier, de vous poser des questions peut-etre plus provocantes : Vous parlez de problemes differents pour les differentes regions, et vous citez la difference dans le taux de chomage entre Bruxelles et la Flandre.

    Mais la solution a ces gouffres economiques n’est elle pas plus simplement la solidarite nationale belge ? Pour utiliser comme vous l’avez fait plusieurs fois, une comparaison avec l’Union Europeenne, en tant qu’habitant de Londres, la region la plus riche de l’UE je suis fort content que l’argent de mes taxes serve indirectement a financer des infrastructures, aides et autres programmes pour la region nord-est de la roumanie (region la plus pauvre de l’UE). La meme chose ne devrait-elle pas etre vraie dans l’etat federal belge, ou la region flamande, plus aisee pourrait ainsi, comme il me semble que c’est le cas actuellement, continuer a aider la wallonie et bruxelles a combattre ce chomage ?

    Certains observateurs internationaux, comme VXL mentionnait, comparent certains partis republicains de flandres avec la Ligua Norda en Italie, dont la raison d’etre est de cesser le transfer de ressources important vers le sud du pays, n’est-ce pas la une comparaison, certes rude, mais valable, etant donne a quel point le sentiment ressort que les flamands en ont assez de financer la solidarite nationale ?

    La mobilite de la main-d’oeuvre entre les regions ne depend pas-elle plus du niveau d’unite entre les regions ? donner plus d’independance a celles-ci ne va-t-il pas justement encore plus limiter cette mobilite ? bien sur, pour augmenter cette mobilite, il serait necessaire d’ameliorer significativement les competences linguistiques (notamment en neerlandais) de la population francophone, mais etant donne les difficultes budgetaires en Wallonie et a Bruxelles, n’est-ce pas la justement une reforme qui devrait etre financee principalement par la region Flandres ?

    Un passage m’a egalement choque au debut, malheureusement l’article n’est plus visible, mais parlant justement des langues. J’ai l’impression que beaucoup de flamands se sentent menaces dans leur identite si on leur demade de parler francais (que ce soit dans une administration ou quoi que ce soit d’autre). Mais surement votre identite porte plus que juste sur la langue ? j’ai le sentiment que tout se focalise sur la langue, qui bien sur est un indicateur temoin des problemes entre les principales communautes belges, mais qui ne montre pas tout. Bruxelles n’est pas en Wallonie et bien que tous deux francophones, la culture n’est pas non plus exactement la meme, alors que trop focaliser tout sur la langue semble perdre cela de vue.

    Finalement, l’identite flamande est bien plus qu’uniquement la langue neerlandaise et je ne pense pas qu’ils doivent se sentir menaces a parler francais, sinon, et pardonnez moi pour la reference biblique, c’est vraiment la tour de Babel ! Si tous les problemes sont centres autour de la langue, c’est vraiment grave, ce qui est pourquoi tout le debat BHV commence a m’agacer...

    Alors je m’excuse de faire autant de rentre-dedans mais ce sont la des questions que je me pose et que j en’ais jamais eu l’occasion de poser a quelqu’un...

    Damien Routisseau-Magrou

    (nb, les commentaires que je fais ici ne sont en aucun cas au nom de l’organisation que je represente, a savoir la JEF UK, dont par ailleurs un certain nombre de flamands composent les rangs ^^).

  • Le 12 juin 2008 à 16:59, par Benjamin Desurmont En réponse à : La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

    Cher Olivier,

    Comme j’habite dans une des communes à facilités, à Linkebeek pour être précis, que j’ai voté aux dernières élections communales et que ma commune n’a plus de bourgmestre depuis Octobre 2006, je ne peux pas rester insensible à tes déclarations, même si je ne suis pas belge.

    J’essaie de comprendre une situation complexe et certains de tes dires ne correspondent pas aux faits tels que je les comprends. Je vais faire de mon mieux pour être le plus factuel possible, même si je ne peux objectivement pas être neutre, étant témoin au quotidien de ce qui se passe et francophone moi-même (mais flamand de naissance, étant né à Lille) :

    - Tu dis que les facilités sont temporaires. Les flamands francophones disent que c’est faux, que ce n’est mentionné nulle part. Peux-tu prouver ce que tu avances ? Est-ce écrit dans un quelconque texte officiel ?

    - Tu dis que les bourgmestres des communes à facilités n’ont pas été nommés car ils n’ont pas respecté la loi. Pourquoi alors les bourgmestres qui ont refusé d’organiser les élections suite à la non-scission de BHV ont-ils été nommés ? En boycottant les élections, ils ont exprimé leur désapprobation de la situation, tout comme certains bourgmestres des communes à facilités ont voulu exprimer la leur face à une circulaire régionale qu’ils considéraient comme une nouvelle interprétation abusive de la loi électorale fédérale (qui elle n’a pas changé…). N’est-il pas beaucoup plus grave de refuser de respecter la démocratie que continuer d’envoyer un bulletin de vote en français à un francophone d’une commune à facilités, ce qui était accepté avant la nouvelle circulaire ? N’y-a-t-il pas une grande disproportion entre la « faute » et la sanction ? N’y-a-t-il pas un but éminemment politique ?

    - Pour ce qui est des réunions du conseil communal, ni le bourgmestre ni aucun des échevins n’ont jamais parlé en français pendant une réunion, malgré ce que j’ai pu lire dans la presse néerlandophone. C’est une règle qui est déjà assez restrictive qui empêche à beaucoup de citoyens de se présenter aux élections communales. Si on interdit en plus aux citoyens de s’exprimer en français pendant ces réunions, n’empêche-t-on pas à 84% de la population de participer à la vie de leur commune, comme la souligné le Conseil de l’Europe à la fin de sa dernière mission d’inspection ?

    - D’après les démographes, la majorité des communes à facilités de la périphérie de Bruxelles (si pas toutes) avaient déjà une majorité de francophones lorsque les facilités ont été mises en place, mais comme des bourgmestres de la périphérie refusaient de faire un nouveau recensement, il a fallu se baser sur un recensement d’avant la seconde guerre mondiale (et ses mouvements de population). Si la création des facilités a attiré encore plus de francophones dans ces communes, il fallait s’y attendre puisque Bruxelles s’est retrouvée enclavée dans un territoire réduit, sans hinterland (sans même un aéroport…), avec une population précaire disproportionnée et des contribuables aisés travaillant à Bruxelles mais résidant et payant leurs impôts dans une Flandre qui rechigne ensuite à reverser ces fonds au gouvernement bruxellois dont la charge en matière d’infrastructures, de transports publics, de santé et d’éducation est démesurée.

    - Peut-on reprocher à une personne de vouloir vivre près de son lieu de travail, la capitale de son pays ? Une solution aux difficultés causées par les « facilités » et par BHV serait bien-sûr d’élargir la Région de Bruxelles-Capitale (en incluant, entre autres, les communes à facilités et, pourquoi pas, des communes du Brabant Wallon)… mais ce n’est pas possible car « la frontière linguistique est une frontière d’Etat » selon Karel De Gucht, l’actuel Ministre fédéral des affaires étrangères et puisque le Ministre Président Flamand, Kris Peeters, déclarait, hier encore, qu’il ne considère pas Bruxelles comme une région à part entière, la messe est dite. Ca a le mérite d’être clair !

    - Je ne vais pas m’étendre sur les vexations vécues dans les communes à facilités car mon message est déjà assez long, mais il y a matière à discussion (logements sociaux réservés aux néerlandophones ou ceux s’engageant à apprendre le néerlandais, la partie francophone des panneaux bilingues recouverte de noir, la serrure de l’école francophone collée, école ou les professeurs ne sont pas nommés car leur niveau de néerlandais n’est pas assez académique, la maison communale murée, Arte subitement en allemand sur le câble, la pression sur les commerçants qui affichent dans les deux langues, les slogans tels que « porcs wallons dehors », « rats francophones, roulez vos tapis », etc., etc., etc.).

    - Les conséquences au quotidien des problèmes linguistiques ne sont pas anodines : il faut par exemple suivre un cours de préparation à la parentalité avant de pouvoir adopter, mais si vous ne comprenez pas les cours, adieu vos projets d’adoption… et avec la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Halle-Vilvoorde, plus question de voter pour un parti francophone ou de se défendre en français lors d’un procès !

    - Pour terminer, une petite réflexion : C’est une très grande richesse pour la Flandre belge d’avoir une minorité linguistique et si un jour ont voit naître la République flamande (ou l’« Ex-région belge de Flandre », si la France se comporte comme la Grèce avec la Macédoine), il faudra bien qu’elle protège sa minorité francophone si elle veut faire partie de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe (en ratifiant, enfin, la Convention-cadre sur la protection des minorités nationales). Et si elle refuse, son discrédit sera-t-il de la faute des journalistes internationaux qui ne lisent que les journaux francophones et ne comprennent pas le légitime problème identitaire des flamands néerlandophones face à la « tâche d’huile » francophone, ou bien accepteront-ils de répondre à la vraie question : « pourquoi percevons-nous à ce point une personne qui parle en français comme une menace pour notre identité ? »

    A bon entendeur,

    Benjamin (Desurmont)

  • Le 12 juin 2008 à 22:46, par ? En réponse à : La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

    Benjamin, Ton message était un peu trop long pour répondre a toutes tes suppositions, mais vu que tu fais plusieurs déclarations peu factuels, je répondrait à certains uns, sans rendre cela une discussion belgo-belge. 1) Le fait que la commune que tu habites n’a pas de maire est un probème qui pourrait être résolu extrémement rapidement. Si les parties en majorité proposeraient un autre candidat (aussi francophone) qui n’est pas en infraction avec la loi, cela ne prendra pas dix jours... 2) Certains maires flamands dans le Rand ont ménacé de boycotter l’organisation des élections, avec comme argument que la Cour constitutionnel Belge a statué que l’organisation des elections en circonscriptions provinciaux sauf en Brabant-Flamand avec BHV constitue une infraction du principe de traitement égal garantie pas la constitution. La Cour a aussi dit que cet anomalie devrait être rectifié pour juillet 2007, faute de quoi toute élection organisé avec cette circonscription serait illégale. Ils ont menacé de ne pas organiser les élections, mais ils les ont organisé malgré leurs sentiments personnels. Ils n’ont donc commis aucune infraction de la loi... Les trois bourgmestres non nommés ont tous les trois à plusieurs reprises fait infraction à une circulaire flamande qu’ils ont contesté devant toutes les instances juridiques du pays et autrui, sans avoir eu gain de cause par aucune instance juridique. Le quatrième bourgemestre qui avait fait infraction à cette directive aussi, mais seulement à une reprise a bel et bien été nommé. 3) Le fait qu’il n’y a plus eu de recensement linguistiques entre 1947 et 1960 est du au fait que en 1947 il y a eu tellement de contestations et de fraude, que les responsables politiques à ce moment ont pensé que cela serait plus judicieux de fixer les frontières linguistiques une fois pour toute, pour éviter les problèmes permanents avant. Le consensus était partagé entre néerlandophones et francophones. Le recensement linguistique de 1947 montre pour les six communes à facilités du Rand une proportion 65/35 Néerlandophone - Francophone. En 1910 c’etait 93,5/6,5. Une belle preuve du fait que Néerlandophones et Francophones considéraient toujours les facilités comme temporaires est le fait que la communauté Française a toujours refusé de payer les écoles Néerlandophones dans les communes à facilités pour les néerlandophones. Le contraire n’est pas vrai : le gouvernement Flamand finance plusieurs écoles francophones dans les communes à facilités en Flandres. 4) La scission de BHV n’a aucune incidence sur le fait que les parties francophones peuvent participer aux élections sur le térritoire flamand. BHV n’est qu’une circonscription pour les élections fédérales. Pour les élections Européennes, pour les élections régionaux, provinciaux ou communales on n’organise pas les élections selon cette circonscription, mais dans des circonscription entièrement « flamands ».Au parlement flamand siège un élu francophone, qui est d’ailleurs chef de file des francophones dans le conseil communal de Tervuren ou j’habite (commune sans facilités) et dans le conseil provincial du Brabant Flamand, il y plusieurs élus francophones...

    Finalement, la conduite d’une petite floppée d’idiots flamingants marginaux qui font des chants de foot est ennuyeux, mais cela n’est pas un acte du gouvernement flamand ou des parties flamands...

    Bien à toi,

    Olivier

  • Le 13 juin 2008 à 02:30, par Pierre Lison En réponse à : Le CD&V, pas nationaliste ? Mon oeil !

    Le CD&V, pas nationaliste ? Allons donc... Alors pourquoi ce parti s’est-il associé en cartel avec la NV&A, parti qui se réclame ouvertement du nationalisme flamand (il suffit pour le vérifier de consulter leurs documents fondateurs sur leur site), et s’en veut d’ailleurs la figure de proue ?

    Il s’agit là d’un fait indéniable : le CD&V s’est associé en cartel avec un parti nationaliste et indépendantiste, et s’est accordé avec lui sur un programme commun. C’est donc être de mauvaise foi que d’affirmer que le CD&V n’est pas proche des mouvances nationalistes...

    Je rappelle quand même qu’Yves Leterme déclarait il y a deux ans au journal Libération que selon lui « la nécessité d’avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre »... Si ce n’est pas du nationalisme (« les intérêts de ma communauté passent avant l’intérêt général »), je ne sais pas ce que c’est.

    De manière plus générale, il en va d’ailleurs de même concernant cette exigence typiquement nationaliste d’une Flandre « ethniquement homogène », et l’utilisation permanente des francophones comme repoussoir et bouc émissaire... autant de manoeuvres populistes que le CD&V (et avant lui le CVP) maîtrise parfaitement.

    Je suggère à tous la lecture du merveilleux article de Mathias De Clerq paru voici un an dans le Morgen : « Het nationalisme is een dodelijk gif ». Le titre a lui seul en dit déjà beaucoup.

    J’aime beaucoup la Flandre, sa culture et ses habitants, et j’enrage de voir celle-ci prise en otage par une droite populiste et nationaliste (VB, LDD, CD&V/NVA, et une partie du VLD) qui s’est accaparée la scène politique et médiatique flamande. La Flandre mérite bien mieux que cela...

    Hartelijke groeten,

    Pierre

  • Le 28 avril 2010 à 14:13, par Georges En réponse à : La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

    Cher Olivier,

    L’histoire montre que les frontières ne sont pas figées...ce sont les peuples qui les font...et non l’inverse......oseriez vous dire que Bruges fait partie de la France ???? non bien entendu....et pourtant, historiquement, cette magnifique ville faisait partie du duché de Bourgogne....

    Sans oublier que la Flandre en tant que telle n’a jamais existé en tant qu’entité territoriale...elle n’est jamais que l’amalgame de villes plus ou moins indépendantes ayant pour seul point commun de parler des idiomes similaires....et n’ayant aucun passé commun avant la naissance du mouvement indépendantiste flamand au début du siècle passé.

    Quant à Bruxelles....nul besoin d’un doctorat en histoire pour savoir que le duché de Brabant a bel bien existé avant toute veléité d’indépendance flamande......Bruxelles, creuset de cultures diverses depuis des siècles, carrefour du monde latin et germain...et qui n’a jamais été et ne sera jamais la capitale d’une Flandre indépendante...ne rêvez pas !

    Votre argumentation repose sur l’éternelle excuse des militants flamingants « c’est la faute des francophones »....

  • Le 28 octobre 2012 à 09:24, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : La Belgique peut-elle sortir de la crise ?

    oseriez vous dire que Bruges fait partie de la France ???? non bien entendu….et pourtant, historiquement, cette magnifique ville faisait partie du duché de Bourgogne

    Ceci dit on peut difficilement considérer le duché de Bourgogne du XVe siècle comme faisant partie de « la France » même si techniquement le duc était vassal du Roi de France il était de facto un État indépendant.

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