En 2011, l’UE adoptait une ambitieuse stratégie de lutte contre les discriminations envers les personnes Roms, néanmoins cette stratégie ne s’attaquait qu’aux symptômes, faisant fi du caractère historique et institutionnel de cette discrimination sur le continent européen. La nouvelle stratégie du Conseil européen du 21 janvier 2026 redonne cependant de l’espoir, les institutions semblant avoir appris de leurs leçons avec des mesures plus radicales.

Les Roms, ou Roma (« homme marié » en romani) représentent la minorité ethnique la plus importante d’Europe, avec une population estimée entre 10 et 12 millions à travers le continent. Au fil de l’histoire, cette communauté a porté différents noms comme Bohémiens, Romanichels, Sintis ou encore Tziganes, mais l’Union romani internationale tranche officiellement pour adopter le nom de Roms en 1974.

Les historiens font remonter l’origine des Roms au nord-est de l’Inde, et les identifient à une population assimilée à la non-caste des Intouchables. Ils datent leur migration vers l’Europe pendant le haut Moyen-Âge. La langue romani découle d’ailleurs du sanskrit et a subi des changements suivant le lieu où les différents groupes se sont installés. Les linguistes distinguent trois groupes selon ces spécificités : les Tziganes, vivant en Europe de l’Est et ayant gardé le romani ; les Sintis ou Manouches, parlant le sintikès et installés en France, Italie, Benelux, Allemagne et Autriche ; enfin les Gitans parlant le calo et installés dans le sud de la France, en Espagne, au Portugal et en Amérique latine.

Une discrimination encore mal comprise par les institutions

Tout au long de leur histoire, les Roms ont été perçus comme l’autre, et placés dans un rapport socio-économique de subordonnés face aux gadjé (tout d’abord désignant les paysans qui les employaient, ce terme s’est élargi pour désigner l’ensemble des non-Roms). Cette subordination s’est toujours traduite par un bafouement de leurs droits, entre réduction en esclavage, génocide sous le IIIe Reich, stérilisation forcée sous l’ère soviétique et encore aujourd’hui des discriminations dans l’accès à l’éducation, aux soins ou encore au logement. En Suède notamment, une réclamation datant de 2023 par Amnesty International fait état d’une discrimination institutionnelle visant les migrants Roms dans l’accès aux soins par rapport aux autres sans-papier : ceux se voient refuser l’accès aux soins, ou alors imposer un paiement intégral de ces-derniers pour les en dissuader. Le Conseil de l’Europe a d’ailleurs reconnu et condamné l’Etat dans une décision du 26 juin 2026, en violation de trois principes de la Charte sociale européenne.

Pour lutter contre cette discrimination, l’Union européenne adopte en 2011 un cadre pour les stratégies nationales d’intégration des Roms, dans l’optique d’améliorer leur intégration socioéconomique et de promouvoir leur traitement égal. D’autres mesures ont suivi, comme une recommandation du Conseil de l’UE de 2013 qui se concentre sur la réduction de la pauvreté et la lutte contre les discriminations, assortie d’un rapport annuel obligatoire pour les Etats membres depuis 2016. Enfin, en 2017, le Parlement adopte une résolution sur les droits et libertés fondamentaux des Roms, avant que le cadre ne prenne fin en 2020. Un nouveau cadre pour 2030 a aussi été adopté par la Commission, suivi d’une recommandation du Conseil sur l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms.

Cependant l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, dans son rapport de 2024 sur la situation des Roms en Europe, démontre que les objectifs du nouveau cadre ne seront pas atteints d’ici 2030. En moyenne, une personne interrogée sur trois estime être discriminée en raison de son origine, les niveaux les plus élevés étant au Portugal, en Irlande et en Italie, où cela monte à 60% . Dans ces pays également, plus de 40% des mêmes personnes interrogées déclarent subir du harcèlement, alors que ces chiffres descendent à moins de 10% en Europe de l’Est.

Par rapport à 2016, des progrès ont été réalisés mais de forts écarts subsistent encore : 70% des Roms vivent dans la pauvreté (cela monte à 90% en Europe occidentale), jusqu’à 82% sont mal logés en Albanie, et 54% ont un emploi rémunéré (même si cela concerne 69% des hommes, il reste que seulement 38% des femmes sont concernées par cette statistique également).

L’antitsiganisme persiste dans les sociétés d’accueil

Selon la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), l’antitsiganisme désigne toute expression, actes individuels, politiques et pratiques institutionnelles qui viseraient à l’exclusion, la marginalisation, la dévalorisation du mode de vie ou de la culture, et enfin la violence physique à l’égard des gens du voyage et des personnes considérées comme Roms.

Les préjugés anti-tsiganes les plus fréquents portent sur leur mode de vie nomade, leur pauvreté, leur manque d’intégration, le grand nombre d’enfants dans leurs familles, et leur pratique de kidnapping d’enfants gadjé. Tout d’abord, 87% des Roms ont adopté un mode de vie sédentaire ; ensuite leur manque d’intégration sociale et leur pauvreté relèvent de politiques de ségrégations adoptées au sein même des pouvoirs publics et reposant sur les idées préconçues qui circulent dans les macrosociétés d’accueil ; ensuite encore, les familles nombreuses sont habituelles chez les Roms mais aussi le traumatisme de la stérilisation forcée dans le bloc soviétique a laissé ses traces. Enfin, le cliché principal sur le kidnapping d’enfants démontre encore la vivacité de cette image des Roms chez les gadjé, car en Île-de-France en 2019, une rumeur racistes sur des kidnappings d’enfants par des Roms en camionnette a circulé et donné lieu à une violente chasse à l’homme dans leurs différents lieux de vie.

La nouvelle stratégie du Conseil de l’Europe : l’espoir d’une meilleure lutte ?

Le 21 janvier 2026, le Conseil de l’Europe publie sa nouvelle stratégie de lutte contre les discriminations anti-tsiganes,%22sort%22 :[%22CoEValidationDate%20Descending%22]} ], prévue sur la période 2026-2030. Cette stratégie se base sur trois axes de priorité. Tout d’abord, elle vise à favoriser l’éducation et la sensibilisation sur les stéréotypes et l’antitsiganisme, tout en favorisant chez les Roms un sentiment de fierté à l’égard de leur identité ; cela passe par une actualisation des programmes scolaires autour de l’Holocauste, de la reconnaissance de leur contribution au patrimoine culturel européen ou encore l’édification de plus de lieux de mémoire. Le deuxième axe vise la garantie de droits égaux et d’une égale dignité via des politiques publiques effectives, par des politiques de genre et d’inclusion dans des secteurs comme l’emploi ou le logement et la protection contre les discours de haine et les attaques de groupes extrémistes. Enfin, le troisième axe cherche à favoriser la participation des Roms et des gens du voyage à la vie publique et politique par la lutte contre l’invisibilisation, la corruption ou l’achat de vote et une promotion d’une éducation citoyenne et politique des Roms.

Ce qui frappe dans cette nouvelle stratégie, c’est la reconnaissance et la prise en compte par le Conseil de l’Europe de défis qui menacent la protection des droits fondamentaux de la communauté Rom : le recul de la démocratie, les politiques d’austérité post-2008 ou encore les politiques de réaction récentes face à l’immigration sont d’autant de facteurs qui demandent à repenser l’approche européenne des discriminations anti-tsiganes. Cette prise en compte démontre une volonté claire de trouver des solutions concrètes face au nouveau monde post-2020, cependant les résultats restent encore à démontrer.