« La communication est un instrument puissant pour la démocratie »

Interview de Juana Lahousse, ex directrice générale de la communication du Parlement européen

, par Anna Ferrari, traduit par Michael Lecoq

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« La communication est un instrument puissant pour la démocratie »
Juana Lahousse (à droite) lors des portes ouvertes du Parlement Européen de 2012 © European Union 2012 - EuropeanParliament/ Flickr/ CC 2.0-Lizenz

Juana Lahousse était la directrice générale de la communication du Parlement Européen de 2007 à 2017. En février de cette année, elle a cédé sa place à Jaume Duch Guillot, le porte-parole du Parlement Européen. Lors de La Rencontre des Jeunes européens en 2016, qui s’est tenue au Parlement Européen à Strasbourg, le Taurillon a eu l’opportunité d’interviewer Juana Lahousse alors qu’elle était encore en poste.

Le Taurillon : Beaucoup de personnes pensent que l’UE est distante des citoyens. Est-ce que vous pensez que cela est dû aux éventuelles pertes d’informations lors de la traduction ?

Juana Lahousse : Avec les informations, c’est comme avec les traductions. Envoyer un message identique en 24 langues dans l’intégralité des pays Européens est un défi particulier, mais cela est notre mission. Vous me demandez ce qui pourrait être perdu en ce qui concerne le message politique ? Sûrement la confiance. Les gens font moins confiance aux hommes politiques ainsi qu’à leurs décisions, comparé il y a cinquante ans, lors du début du projet européen. C’est notamment le cas de nos jeunes concitoyens. La perte de prospérité y contribue aussi, car elle a une grande influence sur l’avenir de la jeunesse, du marché de l’emploi, de la santé ainsi que sur l’éducation. En plus de ça, nous avons également perdu des éléments idéologiques. L’intégration européenne était au début soutenue et représentée par des personnes ayant connu la guerre. Ils avaient pour ambition de créer une Europe pacifique, grandissante, avec un fort développement et sans barrières. Nous devons redéfinir ces éléments et leurs redonner un poids important. On pourrait dire que sur une nouvelle base il faut trouver une autre dynamique, car en ce moment nous sommes encore assis entre deux chaises : tandis que les uns souhaitent continuer l’intégration européenne, les autres s’expriment dans le sens inverse, et veulent faire quelques pas en arrière. Cette évolution déstabilise beaucoup de personnes.

Le Taurillon : Vous voulez évoquer les forces de l’Union européenne et envoyer un message positif. Essayez-vous aussi de reconnaître des développements crisogènes et de les aborder ouvertement ?

J.L. : Il est impossible de nier le fait que la crise est omniprésente. Cependant, lorsqu’on jette un coup d’œil sur les réussites qui ont été réalisées dans le passé ainsi que de nos jours, on peut parfaitement parler d’une Europe positive et dynamique. Il est important de communiquer dans la mesure où les médias se focalisent surtout sur la crise. Les trains retardataires sont souvent évoqués tandis qu’on ne parle pas des trains arrivant à l’heure : c’est exactement ce qu’il se passe en ce moment.

Le Taurillon : Et comment abordez-vous ce problème dans la pratique, en ce qui concerne la communication du Parlement Européen ?

J.L. : La stratégie de communication du Parlement est très dynamique – et je n’affirme pas cela uniquement en raison de ma fonction. Nous distinguons trois groupes cibles pour lesquels nous prévoyons à chaque fois un canal de communication et un contenu différent : les médias, les citoyens et les parties prenantes.

En matière de communication avec les représentants des médias, ce sont surtout les médias sociaux ainsi que le contact direct avec les hommes politiques qui sont ressortis comme moyens efficaces dans l’établissement de relations de confiance. Selon moi, l’organisation de séminaires, notre préparation minutieuse ainsi que la mise à disposition d’informations complètes ont contribué aux bonnes relations entre le Parlement et les médias. S’ajoute à cela le fait que nous proposons aux journalistes à Bruxelles et Strasbourg un équipement technique de très bonne qualité qu’ils peuvent utiliser à leur guise. Ils peuvent brancher leurs appareils et utiliser leurs propres logiciels. Nous nous distinguons par l’ouverture et la transparence. Par exemple, sur notre site internet nous mettons en ligne le streaming de nos réunions et des liens complémentaires dirigeant vers nos membres. L’accès ainsi que l’inscription sont fondamentalement conçus de manière ouverte.

Le contact avec les citoyens est principalement établi grâce à l’utilisation de moyens de communication modernes. Ceux qui s’intéressent explicitement au processus d’unification européenne ainsi qu’aux conflits, ou encore aux réussites de l’UE peuvent obtenir de plus amples informations dans le cadre d’une visite du « Parlamentarium » ou de la Maison de l’Histoire européenne à Bruxelles. Tous les groupes sont les bienvenus chez nous et cela à tout moment. En plus de l’emplacement à Bruxelles, nous avons également ouvert un centre de visite à Berlin, Unter den Linden.Lla création d’une offre équivalente sur Strasbourg est prévue l’année prochaine. Ces centres sont accessibles à tous et organisés de manière très interactive. S’ajoute à cela notre volonté de créer dans chacune de nos capitales des zones de réception afin de rester constamment à jour.

Un troisième groupe important est les parties prenantes : pour eux, nous organisons entre autres des séminaires ainsi que des formations, lors desquels, par exemple, on thématise des points de conflits concernant des actes juridiques. Les jeunes constituent un groupe cible très important pour nous. Des événements adaptés aux adolescents et jeunes adultes, tel que la Rencontre des Jeunes européens, nous permettent de renforcer nos relations avec eux. L’objectif étant de placer les membres au centre de l’action. Nous sommes des médiateurs et non pas des politiciens. Nous leurs mettons juste à disposition nos outils ainsi que notre savoir.

Le Taurillon : Admettons que vous pourriez opérer un changement immédiat dans la communication du Parlement européen, pour lequel opteriez-vous ?

J.L. : Je souhaiterais que les parlementaires participent plus. Ils sont souvent trop occupés car ils sont actifs sur plusieurs postes à Bruxelles et Strasbourg et qu’ils proviennent de toute l’Europe.

Le Taurillon : Comment est-ce que les formes de communication du Parlement européen ont-elles étaient modifiées depuis la crise économique ? J’ai remarqué que les responsables de la page Facebook du Parlement européen sont très réactifs pour répondre aux questions qui sont posées par les internautes. Est-ce la traduction d’une nouvelle stratégie de communication qui s’identifie par une approche proactive ?

J.L. : Oui, de nos jours, nous investissons énormément dans une communication à travers les réseaux sociaux, étant donné que beaucoup de personnes s’intéressent à notre travail. Les réseaux sociaux nous permettent d’augmenter l’accessibilité des informations. La différence par rapport à avant concerne surtout la quantité d’informations transmises : elle est énorme et ne cesse d’augmenter. Les citoyens ne souhaitent pas juste obtenir des informations au sujet des activités et des décisions des politiciens, mais aimeraient aussi être informés à propos des parlementaires.

Le Taurillon : Analysons les processus de la communication sous un autre angle de vue : quelles erreurs de la part des médias sont récurrentes quand ils parlent du Parlement européen ?

J.L. : Il arrive que les rapports soient superficiels. Les processus politiques sont dans la plupart des cas très complexes, et cela ne se limite pas juste à l’Europe. La politique à l’échelle nationale est également compliquée. Souvent des opinions et idées sont transmises sans avoir été soumises à des avis critiques. Cela est dû au fait que les journalistes, suite à des restrictions temporelles et des moyens limités, n’ont pas toujours la possibilité d’opérer des recherches plus approfondies.

Le Taurillon : Pensez-vous que la communication est un moyen de renforcer la démocratie en Europe ?

J.L. : Oui, car elle favorise la transparence et la responsabilisation ; elle est un instrument puissant. Sans la communication il n’existerait pas d’ordre juridique. Sans communication, il n’existerait pas de discussions, pas de débats. La communication est essentielle. Cela a déjà été compris depuis longtemps par les politiciens. Même lors des époques les plus graves, elle a été utilisée comme moyen positif, mais bien évidemment, elle peut aussi avoir des conséquences très néfastes.

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